Une chercheuse du laboratoire de la Commission internationale pour les personnes disparues à La Haye. Crédits : ICMP/Facebook
Une chercheuse du laboratoire de la Commission internationale pour les personnes disparues à La Haye. Crédits : ICMP/Facebook

Basée à La Haye au Pays-Bas, la Commission Internationale pour les Personnes Disparues veut s’ouvrir sur l’international et désormais lancer des recherches pour les dizaines de milliers de migrants, dont bon nombre d’enfants, qui disparaissent chaque année en chemin vers l’Europe.

Une once d’espoir pour des milliers de familles dans l’incertitude. La Commission internationale pour les personnes disparues (ICMP) commence à se pencher sur les cas des migrants qui ont disparu au cours de leur périple pour tenter de rejoindre l’Europe.

Établie depuis 21 ans à Sarajevo, en Bosnie-Herzégovine, l’organisation avait à l’origine pour mission d’identifier les corps de dizaines de milliers de victimes de la guerre des Balkans. Avec son déménagement depuis le 24 octobre à La Haye, aux Pays-Bas, et son nouveau laboratoire de pointe, l’ICMP s’ouvre à de nouvelles perspectives : celles, entre autres, de rechercher des migrants disparus et d’identifier les milliers de corps de naufragés rejetés sur les côtes – après avoir tenté de traverser la Méditerranée.

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On estime qu’ils sont des dizaines de milliers à avoir disparu en Syrie ou dans les pays d’Afrique sub-saharienne. “Savoir ce qui est arrivé à un proche disparu est fondamental en tant qu’êtres humains. Lorsque vous aimez quelqu’un, ne pas savoir s’il est mort ou vivant est une forme de torture morale, et on a tendance à oublier cela pour les migrants qui disparaissent sur le chemin de l’Europe”, commente Kathryne Bomberger, directrice de la Commission Internationale pour les Personnes Disparues, jointe par InfoMigrants.

Identification grâce à l’ADN d’un membre de la famille

Comment l’ICMP va-t-elle s’y prendre ? L’organisation - qui est notamment parvenue à identifier plus de 70 % des 40 000 personnes portées disparues lors du conflit en ex-Yougoslavie - recourt à une technologie de séquençage ADN nouvelle génération appelée “massively parallel sequencing” (MPS). Elle sert à obtenir un profil ADN précis à partir de prélèvements sur une personne vivante ou sur des restes humains, même très anciens ou abîmés.

De là, les informations recueillies sont comparées à une base de données regroupant les profils génétiques des proches de personnes disparues. Grâce au recoupement des données, il est ainsi possible d'identifier un corps ou une personne disparue.

L’ICMP va même plus loin : si aucun membre de la famille n’est répertorié dans la base de données, l’organisation peut quand même localiser la zone géographique d'origine du disparu à partir de son ADN "et ainsi communiquer auprès des autorités locales ou des associatifs pour tenter de retrouver les proches du disparu”, explique Kathryne Bomberger.

Kathryne Bomberger directrice gnrale de lICMP

L’Italie veut identifier les naufragés de la Méditerranée

Si le projet est encore à son stade préliminaire, certains pays, comme l’Italie, se sont montrés intéressés. La péninsule a demandé à l’ICMP de l’aider à identifier quelque 8 000 corps de migrants repêchés en Méditerranée.

La prise de conscience est venue de Matteo Renzi, alors Président du Conseil en Italie, qui avait promis de “donner une identité à chacune des victimes” après le naufrage d’une embarcation de migrants en avril 2015 au nord-est des côtes libyennes durant lequel 750 personnes avaient disparu. L’épave sera sortie de l’eau un an plus tard, et avec elle plus de 450 corps piégés en son sein.

Pour l’heure, le programme de l’ICMP est sur pause. Les procédures d’identification sont gelées le temps que les fonds soient débloqués. Une fois l’obstacle pécuniaire résolu – ce qui ne saurait tarder -, l’organisme souhaite aussi mettre la priorité sur la recherche des 10 000 enfants migrants disparus ces deux dernières années, selon les chiffres de l’agence policière Europol.

>> À lire sur France 24 : Plus de 10 000 enfants migrants portés disparus, selon Europol

Soumettre une personne disparue à l'ICMP

Bien que l’ICMP ne fasse pas encore de cas par cas – elle traite directement avec les autorités ou des ONG -, les familles peuvent toutefois envoyer des informations via Internet* sur l’état civil (poids, taille, photos…) d’un proche disparu. Si le pays d’origine de ce dernier fait partie de la liste de l’ICMP, sa famille sera appelée à fournir des échantillons ADN.

Pour l’heure, les pays où le programme d’identification est actif sont : les Balkans, l’Irak, le Chili et Chypre. À l’avenir, l’ICMP souhaite aussi travailler avec des pays africains. Si la zone géographique n’est pas encore couverte par l’ICMP, il est tout de même possible de transmettre, en ligne, les informations sur un proche disparu. Les données seront conservées par l’ICMP jusqu’à ce que l’organisme établisse des relations et un programme avec le pays concerné.

Depuis novembre 2001 - lorsque l’ICMP a numérisé son système d’identification - environ 100 000 personnes à travers le monde ont envoyé leur ADN à l’organisation dans l’espoir de retrouver un proche. Les données sont strictement protégées par l’organisme et ne sont pas partagées avec les autorités locales, si la famille le demande. “Nous avons bien conscience que dans certaines régions du globe, les circonstances politiques font que les familles ne seraient pas à l’abri si leur gouvernement apprenait qu’elles tentent de localiser des proches disparus. Mais elles ont aussi le droit de connaître la vérité”, conclut Kathryne Bomberger.

>> *Pour enregistrer une personne disparue auprès de l'ICMP, cliquez ici (en anglais uniquement).

>> Pour rechercher une personne disparue par son nom, cliquez ici (en anglais uniquement).

>> Pour plus d'informations, rendez-vous sur le Centre de renseignements en ligne de l'ICMP (en anglais uniquement).

 

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