Sifat (au milieu) entouré de quelques habitants de Noirmoutier. Crédit : Odile
Sifat (au milieu) entouré de quelques habitants de Noirmoutier. Crédit : Odile

Malgré une intégration réussie sur l’île de Noirmoutier, dans l’ouest de la France, Sifat a reçu l’ordre de quitter le territoire français. Ce jeune Afghan de 26 ans n’envisage pas de rentrer dans son pays, où il se dit menacé de mort. Un petit groupe d’habitants se mobilise contre son expulsion imminente.

Lors du démantèlement de la "jungle" de Calais, en octobre 2016, il fait partie des premiers volontaires à monter dans les bus. Avec sept autres compagnons d’infortune, Sifat atterrit sur l’île de Noirmoutier, dans l’ouest de la France. Alors que son objectif premier était de rejoindre l’Angleterre où l’attendent plusieurs membres de sa famille, l’Afghan de 26 ans accepte finalement de déposer une demande d’asile en France. "C’était le premier du groupe à le faire", précise à InfoMigrants Bénédicte, mère de deux enfants et libraire à Noirmoutier.

Sa demande est refusée par l’Ofpra, Sifat fait donc appel. Mais la sanction tombe au mois de mars : il est débouté. C’est alors l’incompréhension pour les habitants de l’île, qui se sont rapidement pris d’affection pour le jeune homme : "Il y a peut-être des zones d’ombre dans son dossier mais il est en danger de mort en Afghanistan. Sa famille est directement menacée depuis qu’il est parti en Europe", s’inquiète Bénédicte.

Une intégration réussie

L’aide qu’il percevait en tant que demandeur d’asile ne lui est plus versée et il doit quitter le Centre d'accueil et d'orientation (CAO) qui l’héberge. Grâce à la solidarité de quelques habitants de Noirmoutier, Sifat ne se retrouve pas à la rue et est logé gracieusement chez un couple d’octogénaires. En échange, le jeune homme aide les retraités en cuisine ou dans le jardin de la maison.

À Noirmoutier depuis maintenant un an, Sifat s’est bien intégré à la vie vendéenne. Son français s’est considérablement amélioré et il s’est constitué un petit groupe d’amis. Il fréquente régulièrement le club de badminton et la salle de musculation de la ville. "Il fait partie de la vie de l’île maintenant, admet Odile, une autre habitante proche de Sifat. Les gens l’interpellent dans la rue pour lui demander comment il va. Il a plein de copains ici".

Celui qui était mécanicien en Afghanistan a même obtenu la promesse d’un CDI dans une entreprise locale du bâtiment, un secteur en pénurie de main d’œuvre dans la région. "Vu la vitesse à laquelle il a appris le français et son intégration dans le milieu associatif, je suis convaincu [de l'embaucher]", a assuré à France Bleu Loire Océan Christophe Mathé, le maçon qui désire lui apprendre le métier.

Sifat (qui porte un enfant dans ses bras) entouré de membres du club de badminton. Crédit : Odile

"Je veux rester à Noirmoutier et y construire ma vie"

Le petit groupe d’amis décide d’aider Sifat à déposer un dossier de régularisation par le travail. Mais sa demande est rejetée par la préfecture de Vendée car une obligation de quitter le territoire français (OQTF) lui a déjà été envoyée. Le jeune homme explique n'avoir jamais reçu les deux courriers envoyés cet été lui intimant de partir. Ils ont en effet été adressés à l’association qui l’accompagnait à son arrivée, et ne lui ont pas été transmis. Il doit donc se présenter le 3 novembre à la préfecture pour être placé en centre de rétention et remis aux autorités afghanes. "On a l’impression qu’il est toujours là au mauvais moment, au mauvais endroit", souffle Bénédicte.

Après avoir épuisé tous les recours, les amis de Sifat se disent aujourd’hui désemparés. "Je ne suis pas triste, je suis en colère", avoue Odile. "On ferait mieux d’arrêter cette hypocrisie et dire aux migrants qu’on ne les accueille pas plutôt que de leur faire miroiter des choses", s’agace-t-elle. La nouvelle retraitée insiste : "C’est tellement injuste. Il a un travail, il parle français et a des amis. Pourquoi ne l’accepterions-nous pas en France alors qu’il est parfaitement intégré ?".

Sifat se dit chanceux d’être aussi bien entouré mais ne peut cacher son inquiétude pour l’avenir. "Si je mets un pied en Afghanistan, je suis mort", dit-il à InfoMigrants. "Je suis très content ici, je veux rester à Noirmoutier et y construire ma vie".

Personne ne sait encore ce qu’il va se passer vendredi 3 novembre. Sans solution en France, Sifat réfléchit à retourner à Calais pour tenter de passer en Angleterre. Une idée qui fait frémir ses amis, dont Bénédicte : "Je ne peux pas l’imaginer dans les rues de Calais dans des conditions épouvantables. Cela me fend le cœur".

 

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