28 Kurdes iraniens ont entamé une grève de la faim, au Danemark. Crédit : Facebook
28 Kurdes iraniens ont entamé une grève de la faim, au Danemark. Crédit : Facebook

Depuis mi-octobre, 28 Kurdes iraniens détenus dans le centre de rétention danois de Kærshovedgård ont entamé une grève de la faim pour protester contre leurs conditions de vie et demander la réouverture de leur dossier de demande d’asile.

Ouvert depuis 2016, Kærshovedgård est un centre situé à environ 300 kilomètres de Copenhague qui héberge des demandeurs d’asile déboutés. Les 180 résidents – de toutes nationalités - y restent bloqués pendant des semaines voire des mois, car ils sont apatrides ou parce qu’il n’existe aucun accord entre le Danemark et leur pays d’origine.

Une prison

C’est le cas de ces Kurdes iraniens qui ne peuvent être renvoyés en Iran, faute d’accord entre les deux pays. Ils sont donc enfermés dans ce centre, sans savoir quand ils pourront en sortir. Afin d’être entendus par les autorités, ils n’ont trouvé d’autres solutions que d’arrêter de s’alimenter. Les seules denrées qu’ils s’autorisent depuis bientôt un mois sont de l’eau et du sucre.

"Nous faisons la grève de la faim car nous ne savons pas combien de temps nous allons rester ici. Quand un délinquant a commis un crime, il sait quand il va sortir de prison. Mais nous, nous ne savons pas et nous n’avons même rien fait de criminel", souffle un gréviste à une source jointe par InfoMigrants.

Plusieurs organisations ont dénoncé l’existence de ce camp, notamment Amnesty International et l’ONG Danish Helsinki Committee, pour qui les conditions de vie des migrants y sont "intolérables". Certains chercheurs vont même jusqu’à comparer Kærshovedgård à une véritable prison : "les grévistes ne sont pas des criminels mais ils vivent dans des conditions bien pire que ceux qui ont été condamnés pour des crimes", assure Martin Bak Jørgensen, professeur associé au Centre d’études des migrations de l’Université d’Aalborg, au Danemark.

Certains spécialistes comparent le centre à une prison. Crédit : Amalie Gye

Décourager les demandeurs d’asile

Selon plusieurs spécialistes, l’objectif de ces centres est de décourager les migrants afin qu’ils profitent d’une aide au retour dans le pays d’origine et qu’ils quittent le Danemark au plus vite. "La fonction principale du centre est d’imposer des conditions de vie tellement intolérables que les gens se décident à partir. Par conséquent, ces centres n’ont pas été créés dans le but d’offrir une vie normale et saine aux migrants", explique au site d’informations en ligne The Local, Martin Lemberg-Pedersen, professeur au centre d’études des migrations de l’Université d’Aalborg.

Ainsi, aucune activité, aucun cours de langue ne leur est par exemple proposé. Livrés à eux-mêmes, certains migrants développent alors des problèmes mentaux et sont sujets à des dépressions. Quelques personnes ont même tenté de se suicider. "Je me sens comme un animal ici. Je ne peux pas aller à l’école et je n’ai rien à faire toute la journée (…) Je n’ai rien fait de mal au Danemark, je n’ai pas volé. Je suis un humain comme les autres", se plaint un autre gréviste sur la page Facebook de soutien. Selon Mohammadi, lui aussi en grève de la faim, "la police nous demande pourquoi on reste là alors que nous avons aucune chance au Danemark. Cela rend les gens mentalement malades", assure-t-il.

>> À lire sur InfoMigrants : Inger Stojberg, la Dame de fer danoise qui ne voulait pas de migrants dans son pays

Les associations ne cessent de réclamer la fermeture de Kærshovedgård, sans succès. Tout comme le deuxième centre du pays, celui de Sjælsmark réservé, lui, aux familles.

Depuis le début de la crise migratoire, en 2015, le Danemark n’a pas manqué de se faire remarquer pour sa politique anti-immigration. En janvier 2016 par exemple, le Parlement danois a adopté une loi controversée visant à confisquer les objets de valeurs des demandeurs d’asile afin qu’ils financent eux-mêmes leur accueil dans le pays. La ministre de l’Immigration et de l’Intégration, Inger Stojberg, avait quant à elle fait scandale en début d’année, postant sur les réseaux sociaux une photo d’elle, tout sourire, avec un gâteau aux couleurs du pays, célébrant ainsi la 50ème mesure restrictive à l’encontre des migrants.

 

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