credit: Melissa Network
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Lorsque des centaines de réfugiés ont campé dans le centre d’Athènes en 2015, l’organisation pour les femmes Melissa Network à Athènes s’est retrouvée au premier rang de la crise. Ce réseau a grandi progressivement pour devenir un espace florissant pour l’autonomisation des femmes et des filles réfugiées.

Dans un bâtiment sans prétention juste à côté de la place Victoria dans le centre d’Athènes, une leçon est en cours. Les élèves sont avides d’apprendre et concentrés.

Sorayah lit un extrait de son manuel de grec : "beaucoup d’Athéniens préfèrent le métro parce que c’est le mode de transport le plus rapide de la ville."

Son front se plisse. "Ville ? "

Shehar” lancent ses compagnes de classe, le mot en farsi pour ville. Sorayah trace le mot au crayon avec ses autres annotations, le tout en lettres grecques minutieuses et soignées. Les autres élèves sont des réfugiées afghanes comme elle, avec ou sans foulard dans cet environnement exclusivement féminin. Dans le bureau principal, l’interprète, Yiasemi, prend une pause. Les élèves des cours de grec ont tellement progressé qu’elles n’ont plus besoin d’elle.  Des élèves assistent à un cours au Melissa Network à Athènes | Crédit : Melissa Network

Une association de tutelle pour les femmes migrantes

C’est le Melissa Network, une organisation qui a commencé comme un réseau pour les femmes migrantes à Athènes et qui est devenue un lieu de développement personnel, de savoir et de solidarité pour les filles et les femmes réfugiées.

L’organisation tire son nom du mot grec pour « abeille », car elle a toujours été une ruche bourdonnante d’activités. Lors de ses débuts il y a plusieurs années, c’était un lieu qui aidait les femmes migrantes à se construire en réseau et à se responsabiliser. Comme les bureaux de l’organisation sont situés à proximité de la place Victoria dans la capitale grecque, lorsque la crise des réfugiés a éclaté, les femmes migrantes membres de l’initiative se sont retrouvées de manière inattendue au premier plan de cette crise.

Des enfants réfugiés campaient dans le parc

Elles ont commencé par préparer des petits déjeuners pour les centaines d’enfants réfugiés qui campaient dans un parc situé à côté, en attendant de pouvoir franchir la frontière nord. C’était en 2015. Mais cela ne semblait pas suffisant. Ayant perçu le potentiel énorme des femmes migrantes, Melissa Network a décidé de travailler avec elles et de leur offrir davantage. "Les femmes migrantes sont des intégratrices et des multiplicatrices. Peu importe le peu que vous leur donnez, elles le partageront en un rien de temps ", explique Nadina Christopoulou, l'une des cofondatrices de Melissa Network.

L’organisation a donc commencé par offrir des cours, des ateliers, de la thérapie, de la guérison, du développement de compétences, ainsi que la création de réseaux et un soutien stratégique pour aider les femmes dans leur nouvelle vie.

Des œuvres réalisées par les étudiantes du Melissa Network

Dès le début, Melissa Network a fourni un espace pour la garde des enfants, sachant bien que les femmes ayant migré dans un pays étranger ont rarement à proximité des parents qui peuvent s’occuper d’eux.

Répondre aux défis

Aujourd'hui, ce service s'est étendu au rez-de-chaussée du bâtiment. Les enfants les plus âgés sont au seuil de l'adolescence tandis que les plus jeunes sont des nourrissons de quelques semaines seulement, dont les mères sont bien déterminées à ne pas rater leurs leçons.

Nadina explique que ce qui différencie Melissa Network des autres organisations similaires, c'est sa volonté d'être dirigée par les femmes réfugiées. “Dans notre approche du modèle d’intégration, nous plaçons les femmes réfugiées au centre. C’est là que commence le processus d’autonomisation. Nous les considérons comme des agents actifs et des agents de changement. “

Les co-fondatrices Nadina Christopoulo (gauche) et Deborah Carlos-Valencia | Crédit: Omaira Gill

“Ces femmes ont une force extraordinaire. Y compris lors qu’elles font le voyage, elles ne le font pas sans but. Elles ont une stratégie en tête. Elles vont quelque part pour améliorer leur vie“ dit-elle, et ceci est une évidence pour quiconque franchit les portes de l'organisation.

Un espace sûr

Ici, après avoir subi des voyages traumatisants, de la violence et des préjugés, les femmes réfugiées trouvent un espace pour apprendre, rassembler des outils pour la prochaine phase de leur vie, ou simplement se détendre. Certaines viennent assister aux cours d’allemand, d’anglais ou de grec, d’autres pour les cours de programmation informatique, et d’autres encore pour la dramathérapie. Certaines viennent simplement pour trouver un endroit sûr, où les femmes sont les bienvenues, et où elles peuvent faire une pause, s'asseoir sur les canapés ou bavarder dans la petite cour. Certaines enlèvent leurs foulards et refont leur maquillage irréprochable. La vie privée est rare dans les camps, et ces gestes sont un soulagement en soi.

Les sœurs Khadije et Hadell, âgées de 17 et 18 ans, ont fui Damas pour la Turquie il y a cinq ans. Elles sont en Grèce depuis deux ans et tentent de rejoindre leur frère en Allemagne. Melissa Network a donné à ces sœurs un sentiment de stabilité, après qu’elles ont dû changer de camps plusieurs fois en Grèce. Khadije les énumère : elles sont restées un an à Mytilène, deux mois à Kavala et sept mois à Lamia.

Les soeurs Hadell et Khadije étudient ensemble | Crédit : Omaira Gill

“Ici, c’est bien. Je me sens à la maison. J’ai tenté d’aller à l’école grecque mais je n’arrivais pas à me détendre. Je viens donc apprendre ici“, explique Hadell. “On sort d’Athènes, on découvre la Grèce. C’est très beau“, dit Khadije qui veut devenir avocate une fois qu’elle sera en Allemagne. “J’avais une maison en Syrie. Il y avait du travail. Je veux continuer. S’il existe une organisation comme Melissa Network en Allemagne, j’irai ! “, explique-t-elle.

Déplacées de camp en camp pendant des années

Au rez-de-chaussée, Khatireh, 30 ans, et Fatimeh, 21 ans, venues d'Afghanistan, attendent de pouvoir poser des questions sur les leçons. Elles sont toutes les deux en Grèce depuis plus d’un an. Fatimeh était étudiante, elle hésite à dire d'où elle vient en Afghanistan. C'est pour sa propre sécurité. Khatireh, elle, vient de Hérat.

Son mari est en Allemagne et c’est là où elle veut aller. Khatireh a subi une épreuve terrible due aux talibans : elle a perdu son premier et unique bébé à l’âge de sept mois lors d’une attaque à la bombe qui visait son action anti-taliban. Elle n’a plus eu d’enfants après cela. Avec Melissa Network, elle a trouvé un moyen de planifier son avenir.

Les espoirs et les rêves des femmes migrantes | Crédit : Omaria Gill

Loin de la perception commune des femmes réfugiées comme bénéficiaires immobiles et passives, les femmes migrantes qui ont construit Melissa Network ont fait en sorte très vite de travailler avec la nouvelle vague de migrantes plutôt que de leur imposer leur propre structure.

C'est l'heure du déjeuner. Khatireh est au bureau au premier étage et elle a l'air troublé. Il n’y pas cours ! “, s’exclame-t-elle. Le cours d’anglais est plein. L’équipe lui donne une liste d’autres endroits qui offrent les mêmes services mais elle ne jure que par Melissa Network, et elle est prête à patienter. Elle inscrit son nom sur la liste d’attente.

La dernière chose que vous voyez ici, c’est de la passivité. Vous voyez des femmes avec des rêves, des aspirations, des femmes qui ont des compétences, des idées, et qui veulent faire des choses. Nous essayons de travailler avec ce matériel. C'est une ressource énorme. Tout ce que nous faisons, c'est l'encourager et créer un espace pour cela ", conclut Nadina Christopoulou.


 

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