Grâce à l'aide du collectif Dessins sans papiers, Hafiz a raconté son histoire à l'aide de dessins. Crédit : Hafiz Adem / Dessins Sans Papiers
Grâce à l'aide du collectif Dessins sans papiers, Hafiz a raconté son histoire à l'aide de dessins. Crédit : Hafiz Adem / Dessins Sans Papiers

Hafiz ne parle pas très bien le français. Alors pour lui permettre de raconter son histoire, le collectif Dessins sans papiers l’a encouragé à la dessiner. Le livre "Le voyage d’Hafiz el sudani" mélange le récit écrit (rédigé avec l’aide du collectif et traduit en trois langues : anglais, français et arabe), et les dessins du jeune soudanais, certes peu élaborés mais expressifs et révélateurs des difficultés qu’il a rencontrées.

C’est par le dessin que Hafiz Adem a décidé de raconter son histoire : celle d’un migrant soudanais de 27 ans arrivé en France en mars 2017. Avec l’aide d’Audrey du collectif Dessins sans papiers - qui organise régulièrement des ateliers de dessins avec les migrants - Hafiz retrace son parcours de son Soudan natal à son arrivée Porte de la Chapelle, à Paris. "Je voulais que les gens sachent que le peuple soudanais souffre", explique-t-il à InfoMigrants.

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Sur 85 pages, le livre "Le voyage d’Hafiz el sudani" - traduit en trois langues (arabe, français et anglais) – mélange le récit écrit et dessiné. Le lecteur est vite happé par les croquis aux couleurs vives et joyeuses d’Hafez qui contrastent avec son témoignage glaçant de détails, tous plus terribles les uns que les autres.

Le dessin est pour lui un bon moyen de faire connaitre son histoire alors qu’il ne parle pas très bien le français. "Les dessins servent de traducteurs pour créer des images que tout le monde peut comprendre, explique Audrey. Ils permettent à ceux qui ne parlent pas notre langue de raconter la situation de leur point de vue".

La couverture du livre d'Hafiz. Crédit : Hafiz Adem / Dessins Sans Papiers

Les dangers de l’exil

Le jeune soudanais commence son récit sobrement : "Je m’appelle Hafiz Adem. Je suis né le 28 août 1990 à Aumkebish au Soudan", puis il présente son pays avant d’expliquer les raisons de son départ en 2014. Accusés à tort d’avoir tué un homme, lui et son frère sont arrêtés et envoyés à la prison d’En Nahud, dans le désert soudanais. Alors que son frère est exécuté, Hafiz parvient à s’évader quelques mois plus tard. "Il n’y a pas de justice au Soudan", résume-t-il simplement.

Le jeune homme déroule ensuite son parcours migratoire : l’enfer du désert et les cadavres le long du trajet, le travail dans une plantation d’oliviers en Libye puis dans un supermarché, l’arrivée à Sabratha – ville côtière en Libye d’où partent les embarcations de canots - en décembre 2016. "Je dormais par terre, sur des couvertures dans un grand hangar. Il faisait très froid, le sol grouillait d’insectes et la nourriture était mauvaise. Si quelqu’un faisait du bruit, tout le monde était frappé", détaille Hafiz.

Sur ce dessin, Hafiz représente des migrants en Libye. Crédit : Hafiz Adem / Dessins Sans Papiers

Vient ensuite la traversée de la Méditerranée, la peur à bord du bateau et le sauvetage par un navire humanitaire.

À côté du témoignage rigoureux, presque froid et abrupt, les dessins aux couleurs parfois criardes apparaissent enfantins de par leur simplicité mais traduisent une expérience tragique. Les croquis seuls permettent de comprendre facilement l’enfer qu’a connu Hafiz. Sur chaque dessin, les migrants semblent apeurés alors que les passeurs s’affichent menaçants, une arme dans la main droite et une grenade dans la gauche. Le rose revient régulièrement : "C’est ma couleur préférée, pour moi c’est signe d’espoir et d’amour", explique-t-il.

L’adaptation en France

La suite de l’ouvrage est consacrée à son arrivée et sa nouvelle vie en France. Le propos est plus personnel, au fil des pages l’auteur, pudique au début, n’hésite pas à livrer ses impressions. Comme lorsqu’ il raconte qu’on l’a forcé à déposer ses empreintes en Italie. "Ils ont commencé à nous frapper avec des matraques électriques. Pendant qu’ils nous tapaient, ils ont attrapé nos mains de force et les ont posées sur la machine qui scanne les doigts (…) J’étais tellement énervé que ça m’a rendu malade", avoue Hafiz. Ou encore son arrivée à Paris, dans le quartier de la Porte de la Chapelle : "Quand j’ai demandé où je pouvais dormir on m’a répondu dehors. Je n’arrivais pas à le croire (…) J’ai eu tellement froid que je n’ai pas fermé l’œil."

Le jeune soudanais fait également part de son étonnement sur les monuments de la ville ou la culture française. Il explique le choc qu’il a eu quand il a vu la Tour Eiffel pour la première fois : "Sur toutes les photos que j’avais vues, la Tour Eiffel était en or, alors que celle que je voyais était en fer. J’ai même appelé un ami pour lui demander si je ne m’étais pas trompé", écrit-il avec dérision.

Hafiz a été étonné à son arrivée quand il a découvert que la Tour Eiffel n'était pas en or. Crédit : Hafiz Adem / Dessins Sans Papiers

Surprise encore lorsqu’il comprend qu’à Paris les gens ne se disent pas bonjour dans la rue : "J’ai essayé plusieurs fois de dire bonjour à d‘autres personnes, mais elles m’ont regardé comme si je leur faisais peur (…). Ici les gens ne se disent pas bonjour quand ils ne se connaissent pas, ce n’est pas comme au Soudan."

Aujourd’hui, Hafiz s’intègre bien dans sa nouvelle vie parisienne. Il est hébergé dans un foyer de la banlieue parisienne, en attendant son entretien avec l’OFPRA. Depuis seulement quelques jours, il n’est plus sous le coup de la procédure de Dublin et ne peut donc plus être renvoyé en Italie. Le jeune homme utilise son temps libre pour apprendre le français à la médiathèque de sa ville ou jouer au foot avec ses camarades. Il n’a pas abandonné le dessin et espère pouvoir un jour intégrer une école.

>> Pour commander le livre "Le voyage de Hafiz el sudani", contactez Dessins sans papiers à l'adresse : dessinssanspapier@gmail.com 

>> Exposition des dessins d'Hafiz à la Médiathèque de Malakoff jusqu'au 29 novembre.

 

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