Delil souleiman / AFP | Des déplacés syriens dans le camp de Aïn Issa, à 50 km de Raqqa, le 21 octobre 2017.
Delil souleiman / AFP | Des déplacés syriens dans le camp de Aïn Issa, à 50 km de Raqqa, le 21 octobre 2017.

Le groupe Etat Islamique a peut-être perdu sa capitale et ses grandes villes en Syrie, mais il contrôle encore des territoires au sud-est du pays. Dans la région de Deir Ezzor, les combats sont encore acharnés. Chaque jour les civils fuient par centaines. Entassés dans des camions, ils cherchent à atteindre un camp de réfugiés situé au nord de Raqqa. La ville est toujours en cours de déminage.

Avec nos envoyés spéciaux en Syrie,

La poussière s’est incrustée dans le moindre pli de son visage. Seuls ses yeux bleus et sa moustache rousse restent encore visibles. Ahmed Hassan, sa femme et leurs trois enfants viennent de passer 48h à l’arrière d’un camion. Les bombardements ont dévasté leur village.

« Regardez dans quel état on se trouve. Nous venons de traverser le désert. Seul Dieu sait ce que nous avons enduré. Notre village, Mahgane, est détruit à 90%. Tous les villages aux alentours ont également été bombardés mais Mahgane est le plus durement touché. »

Plusieurs dizaines de familles sont serrées les unes contre les autres dans la remorque du camion. Ce véhicule de transports de marchandises est garé sur le bord de la route. Hommes, femmes et enfants, aperçoivent le camp de réfugiés de Aïn Issa, situé à une cinquantaine de kilomètres au nord de Raqqa.

Ahmed Hassan, espère pouvoir mettre sa famille à l’abri, dans ce camp. « Je ne sais pas s’ils y a de la place pour nous dans ce camp. Nous avons eu de bons échos… On nous a dit qu’il était bien et qu’il y avait tout ce qu’il fallait en terme d’infrastructures. C’est pour ça que nous avons choisi de venir ici. »

28 000 déplacés à Aïn Issa

Le camion reprend la route en direction du camp de Aïn Issa. Chaque jour, ce sont jusqu’à 500 personnes qui y sont admises. Parmi les 28 000 déplacés qui y vivent déjà, Aïd Khalef, originaire de Raqqa, est venu y trouver refuge avec toute sa famille.

« Nous sommes partis de chez nous à la suite de violents bombardements : 35 frappes consécutives, témoigne-t-il. Je suis ici avec ma famille. Nous sommes sept en tout. Il y a ma femme, mes enfants et mes parents. Nous souhaitons rentrer chez nous. Nous sommes une famille d’agriculteurs. Nous avons abandonné nos cultures de coton, de blé et d’orge pour venir ici. »

S’il se félicite d’avoir trouvé refuge dans ce camp, il déplore en revanche le fait de ne pas pouvoir travailler, ni de reprendre une vie normale. « On dépend de l’aide humanitaire et on ne peut même pas travailler. J’ai essayé une fois mais le problème ici dans la région c’est que les gens savent que nous sommes des déplacés et ils en profitent. C’est de l’esclavagisme. On trime une journée entière et à la fin on n’a même pas de quoi acheter du pain. On est sous payés. »

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Texte initialement publié sur : RFI

 

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