"En attendant la famille" – un reportage en bande dessinée de Elend Sheikhi et Burcu Türker
"En attendant la famille" – un reportage en bande dessinée de Elend Sheikhi et Burcu Türker

En Allemagne, on parle souvent des réfugiés et des migrants, plutôt que de leur laisser la possibilité de raconter eux-mêmes leurs expériences. InfoMigrants est allé à la rencontre des journalistes du Club allemand de bandes dessinées, une nouvelle plateforme en plusieurs langues, qui permet aux migrants et aux réfugiés d’exprimer leurs points de vue à travers des bandes dessinées.

La question de la migration et des réfugiés est souvent discutée dans les milieux politiques et sociaux allemands. "Mais souvent, les migrants n’ont pas voix au chapitre dans la sphère publique. Ce projet vise à leur donner la possibilité de parler d’eux-mêmes", a expliqué à Infomigrants Lillian Pithan, journaliste au Club allemand de bandes dessinées. En coopération avec le directeur du Club, Axel Haling, elle a mis en place une nouvelle plateforme pour que les migrants et les réfugiés puissent s’exprimer eux-mêmes, à travers des bandes dessinées.

Lillian Pithan a beaucoup réfléchi à la promotion du journalisme graphique en Allemagne, produisant des reportages en bande dessinée, d'inspiration française, avec de courts commentaires. Avec le soutien de l’Agence fédérale allemande pour l’Education civique et celui du Club allemand de bandes dessinées, un atelier a été lancé à Hambourg, intitulé "l’Alphabet de l’Arrivée". Les participants étaient des migrants, des réfugiés et des Allemands issus de l'immigration.

Des journalistes et des illustrateurs avec des langues et des origines différentes

La journaliste Lillian Pithan | Crédit: Roser Corella

Pendant l’atelier, Lillian Pithan a formé 24 personnes au reportage en bande dessinée. "En général, nous essayons d’atteindre des journalistes et des illustrateurs d’origines et de langues différentes. Notre objectif est d’avoir 50% de femmes et 50% d’hommes", explique-t-elle.

Certains participants sont de nouveaux arrivants venus de Syrie, tandis que d’autres vivent en Allemagne depuis des années, en tant qu’étudiants en journalisme ou journalistes. Il y a des participants venus d’Europe (France et Italie), des régions arabes et kurdes (Syrie et Tunisie), d’Afrique (Erythrée), ainsi que des immigrants allemands (Turcs ou Polonais). "Nous essayons d’atteindre un équilibre entre les langues, le genre, la féminité, les immigrants et les Allemands”, déclare Lillian Pithan.

Lors d’un week-end d’atelier en mars 2017, les participants ont formé 12 équipes, chacune composée d’un journaliste et d’un illustrateur. Chaque équipe a produit un reportage graphique sur les expériences de la vie en Allemagne des nouveaux arrivants et des immigrants.

Les défis rencontrés par les nouveaux arrivants

L’illustrateur et artiste syrien Mukhtar, qui a été forcé de fuir la guerre, était l’un des participants. Avec son collègue le journaliste syrien Fady Jomer, il a présenté un reportage graphique sur les défis rencontrés par les nouveaux arrivants pour trouver un emploi dans leur domaine de spécialisation. Le texte était en arabe et utilisait l’écriture manuelle plutôt qu’une police informatique.

Un musicien syrien essaie de percer sur la scène musicale allemande

Un autre reportage raconte l’histoire d’un musicien syrien venu d’Alep qui a essayé de percer sur la scène musicale allemande dans la ville de Hambourg. Il joue du qanûn, une sorte de grande cithare. Afin de faire découvrir sa musique au public d'Allemagne, il a eu l’idée de collaborer avec un musicien allemand, mélangeant des styles musicaux européens traditionnels avec des genres musicaux arabes.

Collage de l’

Un réfugié érythréen utilise le système de transports allemand

Un reportage écrit en anglais décrit les expériences et les observations d’un réfugié érythréen sur les rues et les transports en commun en Allemagne, en particulier le métro. Il montre qu’il est inhabituel pour les passagers des trains allemands de se regarder ou d’entamer une conversation.

Le reportage montre également ce que les nouveaux arrivants ont trouvé étrange en Allemagne et indique comment se comporter dans de tels cas. "C’est peut-être une manifestation d’implication sociale que de connaître la meilleure façon de se comporter dans l’espace public, savoir ce qui est normal," explique Lillian Pithan.

De jeunes participants actifs dans les médias arabes et kurdes

Une autre participante était la journaliste tunisienne Asma Al Abidi qui fait actuellement un master Médias et Journalisme à l’université de Bonn. Auparavant, elle a étudié le génie biologique en Tunisie, mais elle a commencé à écrire des articles et à être active sur les réseaux sociaux lors des premiers signes du soulèvement populaire en 2010-2011. Elle a écrit sur les aspects sociaux et sur la jeunesse dans le cadre des transformations démocratiques, sur les libertés sociales et les problèmes des femmes en Tunisie, ainsi que sur les questions de migration, de  migration irrégulière et sur la situation des réfugiés dans les prisons européennes

.Asma Al Abidi

Elle revient sur le défi de produire un travail collaboratif pendant l’atelier : “Parfois les points de vue sont contradictoires. Un journaliste va insister sur la nature philosophique de l’histoire, tandis que l’illustrateur veut mettre l’accent sur les passages intéressants de l’histoire. Cet aspect-là a été plus dur que je ne le pensais avant de commencer l’atelier“, dit-elle.

Le journaliste et éditeur syrien Elend Sheikhi a raconté à InfoMigrants comment il a vécu l’expérience de produire du journalisme graphique. "L'atelier était intéressant en termes de contexte géographique, avec la ville de Hambourg, et plus précisément le quartier de St.Pauli, qui est le cœur de cette cité dynamique et un carrefour de cultures. Mais c'était aussi un défi. Le principal  défi consistait à produire des bandes dessinées qui intéressent les réfugiés et les migrants."  


Elend Sheikhi

"C’était la première fois que je participais à un atelier comme celui-ci. On ne nous a pas enseigné ce type de journalisme, il n’y avait rien de tel dans la presse syrienne et kurde en général", reconnaît Elend Sheikhi.

La famille de Elend Sheikhi vit encore en Syrie, et il ne peut pas la faire venir en Allemagne, comme il l’a confié à InfoMigrants. Son reportage, produit avec les dessins de Burcu Turker, traite de la contradiction inhérente au droit d’asile allemand, et des décisions prises contre les réfugiés auxquels on a refusé le regroupement familial et qu’on empêche de se rendre dans les grandes villes d’Allemagne pour chercher du travail. Les douze reportages traitent des problèmes quotidiens auxquels les immigrants et les réfugiés sont confrontés en Allemagne. Les reportages complets sont à retrouver sur le site du projet.

 

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