Des migrants secourus en mer ont été débarqués à Malaga, en Espagne, durant ce mois d'août. Crédit : Reuters
Des migrants secourus en mer ont été débarqués à Malaga, en Espagne, durant ce mois d'août. Crédit : Reuters

Près de 500 migrants, dont deux mineurs, ont été envoyés dans un centre pénitentiaire près de Malaga. Une mesure pour parer au manque d’hébergements, selon le ministère espagnol de l’intérieur. Les ONG dénoncent elles une criminalisation injustifiée des migrants.

Faute d’hébergement, des migrants ont été envoyés en prison en Espagne. Pour faire face à une arrivée massive de migrants – Algériens en grande majorité - dans la région côtière de Murcie, dans le sud du pays, le ministère de l’Intérieur n’a visiblement pas trouvé d’autres solutions que de transférer un demi-millier de personnes vers la prison d’Archidona, près de Malaga. Selon l’ONG espagnole Malaga Acoge, au moins deux mineurs se trouveraient parmi eux.  

La décision a été prise par sept juges de sept circonscriptions différentes de la région de Murcie, a précisé le ministère de l'Intérieur, qui précise qu’il s’agit d’une mesure "exceptionnelle et ponctuelle" destinée à répondre à une situation "très spéciale". Par "situation très spéciale", le gouvernement évoque l’arrivée par la mer de 962 personnes depuis le 16 novembre. Parmi elles, environ 500 ont été transférées le 21 novembre dans le centre pénitentiaire d’Archidona.

Depuis le début de l'année, l'Espagne a vu arriver plus de 17 000 migrants sur son sol, contre 5 500 l'année dernière.

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"Nous considérons qu'il est bien mieux que les immigrés soient dans un centre [....] avec des moyens sanitaires, des douches, du chauffage, des lits, des salles de sport, que de les mettre dans des campements comme nous en avons vu dans d'autres pays", s’est justifié mardi le ministre espagnol de l’Intérieur Juan Ignacio Zoido à la radio Onda Cero.

Au moins deux mineurs

Le ministre n’a pas précisé dans quelles conditions sont "hébergés" les migrants. Il a néanmoins assuré qu’ils vont être assistés par différentes ONG, "principalement par la Croix-Rouge". Contacté par InfoMigrants, la Croix Rouge espagnole confirme que trois personnes de l’ONG ont été envoyées dans le centre pénitentiaire pour apporter une "aide médicale". Elle a néanmoins refusé de donner plus de détails.

L’ONG locale Malaga Acoge a pu envoyer deux de ses avocats dans la prison le 21 novembre. Ces derniers ont pu mener des entretiens depuis les parloirs, et ils ont constaté la présence d’au moins deux mineurs. " Nous n’avons pu parler qu’à 10 personnes sur les 500 alors on s’attend à ce qu’il y ait plus de mineurs", a expliqué à Infomigrants Arantxa Triguero, avocate et présidente de l’ONG.

"Pas d'eau potable"

D’après les informations de cette dernière, les migrants, qui sont retenus enfermés à l’intérieur du bâtiment sous surveillance policière, devraient rester entre 40 et 60 jours dans le centre pénitentiaire. Ce nouveau bâtiment, achevé en 2013, était pour l’instant non opérationnel et son ouverture a été retardée plusieurs fois, en raison de problème techniques, notamment celui du traitement de l’eau. "Il n’y a toujours pas d’eau potable", assure Arantxa Triguero qui précise que des bouteilles d’eau sont distribuées.

"Il n’y a pas non plus de ligne téléphonique donc le détenus ne peuvent pas joindre leur famille. Et si on peut d’habitude acheter des petites choses en prison, comme des cigarettes, tous les distributeurs sont vides car la prison n’était pas encore ouverte", ajoute-t-elle.  

Violation des "droits constitutionnels"

Les ONG dénoncent vivement cette mesure du gouvernement espagnol. "La mesure était et est absolument inutile et nous sommes convaincus que le ministère de l'Intérieur n'a pas exploré les moyens dont il dispose pour faire face à cette situation" a déclaré le directeur de l’ONG Malaga Acoge, Alejandro Cortina lors d’une conférence de presse. Le Service jésuite aux migrants a aussi estimé que la décision viole "des droits et garanties constitutionnels" et regretté que la détention "criminalise injustement des personnes qui n'ont commis qu'une infraction administrative".

Les chiffres d’embarcations de fortune quittant l’Algérie pour l’Italie ou l’Espagne sont en augmentation exponentielle ces dernières semaines. Selon le ministère algérien de la Défense, les gardes-côtes ont procédé, entre le 16 et le 18 novembre, à l’interception de 286 Algériens tentant d'émigrer clandestinement vers l'Europe à bord de plusieurs embarcations.

Le ministre de l'Intérieur espagnol, Ignacio Zoido, décrit cette situation comme "une tragédie humaine authentique qui doit être éradiquée par une persécution incessante des mafias et des réseaux de trafic d'êtres humains". Il devait rencontrer cette semaine l’ambassadrice d’Algérie en Espagne pour demander à son voisin du Sud de renforcer les contrôles frontaliers sur les côtes.

 

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