Deux Camerounaises rescapées et un enfant arrivent à Yaoundé après avoir été rapatriés de Libye, le 21 novembre 2017. Crédit : capture d'écran France 24
Deux Camerounaises rescapées et un enfant arrivent à Yaoundé après avoir été rapatriés de Libye, le 21 novembre 2017. Crédit : capture d'écran France 24

L’Organisation internationale pour les migrants (OIM) a lancé une vaste opération pour le sauvetage d’au moins 850 migrants camerounais victimes de trafics humains en Libye. Quelque 250 d’entre eux ont été rapatriés au Cameroun dans la nuit de mardi à mercredi.

Battus, mal-nourris, humiliés, entassés : après avoir vécu l’horreur en Libye, 250 migrants camerounais victimes de trafics humains ont été rapatriés à Yaoundé, dans la nuit du mardi 21 novembre au mercredi 22 novembre. Parmi ces rescapés figurent principalement de jeunes hommes, mais aussi 58 femmes, dont 9 sont enceintes, 4 bébés et 4 mineurs non accompagnés. Tous ont été placés à bord d’un avion spécial affrété par l’Organisation internationale pour les migrants (OIM).

“Les 250 personnes sont arrivées en toute sécurité mardi soir, leur vol s’est posé à 22h40 et nous étions là pour les accueillir et les accompagner vers leur hôtel”, a indiqué le Dr Boubacar Seybou, chef de mission de l’OIM à Yaoundé, contacté par InfoMigrants. Cette opération s’inscrit dans le cadre d'un projet de l’organisme onusien visant au retour et à la réintégration de centaines de migrants camerounais bloqués en Libye alors qu’ils rêvaient d’Europe.

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Les membres du groupe de rescapés vont petit à petit regagner leurs familles. L'OIM prévoit ensuite de les contacter individuellement “pour l’élaboration d’un plan d’affaires” en vue de leur réintégration économique.

Argent de poche et soutien psychologique

Mais avant de s’atteler à l’aspect réinsertion, les équipes de l’OIM ont fort à faire sur le plan psychologique. “Les migrants sont arrivés fatigués et très affectés par les conditions de vies extrêmement difficiles en Libye [...] Avec l’appui du ministère des Affaires sociales camerounais, nous avons mis en place une équipe d’une vingtaine de psychologues et d’assistants sociaux qui ont passé la nuit et la matinée à fournir une assistance immédiate, incluant le relais vers le centre hospitalier des femmes enceintes et des malades”, explique Boubacar Seybou.

“Notre priorité c’est le soutien psychologique, identifier et fournir une assistance immédiate aux plus vulnérables. Tous les rapatriés ont reçu chacun 65 000 Francs CFA (environ 100 euros) d’argent de poche leur permettant de parer au plus urgent. Les femmes enceintes reçoivent aussi environ 400 euros chacune pour la constitution des kits d’accouchement et pour la layette des futurs nouveaux-nés”, ajoute-t-il.

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Selon l’OIM, on dénombre plus de 450 000 migrants en Libye, dont environ 2 000 Camerounais. Depuis 2015, l’organisme a rapatrié volontairement plus de 13 000 migrants de la Libye vers une trentaine de pays en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie du sud. L’institution est aussi présente le long des routes migratoires : s’inspirant d’un déjà système en place au Niger, l’OIM aidée de l’Union Européenne, est en train d’établir un réseaux de points d’escale au Cameroun et au Sénégal. Son but est de mettre en garde les migrants en chemin des dangers qui les attendent et les dissuader de poursuivre leur route notamment vers la Libye.

“Les Libyens n’ont aucune considération pour les Noirs”

“C'était l'enfer total en Libye. Je ne conseillerais même pas à mon pire ennemi de s'y rendre", raconte à l’AFP Maxime Ndong, l’un des migrants rapatriés au Cameroun par l’OIM. "Les Libyens n'ont aucune considération pour les Noirs. Ils nous traitent comme des animaux. Ils violent les femmes. Nous étions entassés dans des entrepôts. Nous étions bastonnés. Nous ne mangions pas bien. Il n'y avait pas d'eau et nous nous lavions à peine", témoigne-t-il, traumatisé par son expérience. "Il y a le commerce des Noirs là-bas. (Il y a) les gens qui veulent des esclaves comme ça se passait à l'époque de la traite négrière. Ils viennent en acheter. Si vous résistez, ils tirent sur vous. Il y a eu des morts", ajoute l’homme qui affirme avoir tenu huit mois en Libye avec son épouse dont il n’a plus de nouvelles depuis trois mois.

Des témoignages comme celui de Maxime Ndong, la rédaction d’InfoMigrants en a reçu plusieurs depuis la diffusion, la semaine dernière, d’un reportage choc de la chaîne CNN montrant un trafic d’esclaves en Libye. Prince, un migrant camerounais raconte notamment comment ses geôliers en Libye l'ont "marchandé" au plus offrant. "Ils nous vendent comme si vous alliez au marché acheter des tomates". Un autre, Modibo (voir vidéo ci-dessous), raconte avoir été battu quasi-quotidiennement jusqu’à en devenir fou.

Les images de CNN ont provoqué une vague d’émoi à l’international. Une résolution préconisant des mesures plus fermes contre le trafic d'êtres humains et l'esclavage moderne dans le monde a été notamment approuvée à l'unanimité, mardi, par le Conseil de sécurité des Nations unies. Le texte exhorte les pays du monde entier à adopter des lois contre le trafic d'êtres humains, à redoubler d'efforts pour démanteler les réseaux criminels et à soutenir davantage les personnes qui ont réussi à échapper à l'esclavage.

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En France, le président Emmanuel Macron a dénoncé, mercredi, ce qu’il qualifie de “crimes contre l’humanité”. Le pays compte accueillir d’ici janvier 25 réfugiés évacués de Libye par le Haut commissariat aux réfugiés (HCR). Le groupe composé d’Érythréens, d’Éthiopiens et de Soudanais comptera quinze femmes et quatre enfants qui obtiendront tous le statut de réfugié “très rapidement” après leur arrivée en France, a précisé Pascal Brice, directeur général de l'Ofpra (Office français de protection de réfugiés et apatrides). Le HCR espère mener d’autres opération similaires dans les mois à venir.

 

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