Le collectif de théâtre Zoukak lors d'une intervention dans la jungle de Calais, en 2015. Crédit : Zoukak
Le collectif de théâtre Zoukak lors d'une intervention dans la jungle de Calais, en 2015. Crédit : Zoukak

Le collectif de théâtre libanais Zoukak, qui propose des ateliers d'art thérapie dans les camps de réfugiés, a reçu le prix culture pour la paix de la Fondation Chirac pour son engagement. Il a développé une technique qui allie psychologie clinique et théâtre expérimental.


Apprendre à se tenir bien droit. Apprendre à se présenter, à se raconter. Et, surtout, apprendre à s’écouter les uns les autres. Tel pourrait être, en résumé, le programme de Zoukak. Cette compagnie de théâtre libanaise - dont le nom signifie "la ruelle"  en arabe – sillonne les camps du Liban, qui accueille des millions de Syriens, pour aider les réfugiés à extérioriser les traumatismes de la guerre grâce à la pratique théâtrale.

Un engagement qui lui vaut une reconnaissance internationale. Le 23 novembre, Zoukak a reçu le "prix culture pour la paix" de la Fondation Chirac, à Paris, en présence du président français Emmanuel Macron. La fondation a récompensé le travail du collectif qui fait de "la création artistique, l’expression théâtrale et l’écriture collec­tive" un  "moyen d’exorciser l’histoire qui ne peut être verbalisée, d’apaiser la souffrance psychique des horreurs vécues, et d’entamer le long et difficile chemin vers la reconstruction.

La ministre française de la culture, Françoise Nyssen a aussitôt félicité la troupe, louant sur Twitter l’utilisation de "l’art et la culture comme vecteurs d’accueil des réfugiés". 

Félicitations au @ZoukakTheatre récompensé par @fondationchirac : #art et #culture comme vecteurs d'accueil des #réfugiés #10ansMNHI

"Dire avec son corps"

Pionnier de l’art thérapie au Liban, le collectif Zoukak, qui regroupe d’anciens camarades de la faculté des beaux-arts de Beyrouth, a été créé en 2006 par le metteur en scène et acteur libanais Omar Abi Azar qui a  développé une méthode personnelle, alliant psychologie clinique et théâtre expérimental.  

Alors que le conflit israélo-libanais a entraîné l’exode de centaines de milliers de per­sonnes, Zoukak a commencé par se rendre au plus près des populations déplacées afin de proposer la pratique théâtrale sous l’angle de l’art thérapie. Ensuite, la troupe est intervenue auprès de publics en difficulté, comme des jeunes marginalisés, des personnes souffrant de handicap ou des femmes victimes de violences conjugales ou sexuelles. Ces dernières années, le collectif a naturellement étendu son travail auprès des réfugiés syriens et irakiens au Liban.

"[Au théâtre] Tu peux exprimer des choses que tu ne peux pas dire ailleurs, comme à la maison par exemple. Tu peux les exprimer par le théâtre en utilisant ton corps. Tu sens que tu peux tout dire avec ton corps", confie à France 24 Ihab Salameh, qui a participé à un atelier de Zoukak au Liban

 Ateliers à Calais

Sollicitée par l’association "Good chance theatre", qui avait monté un petit théâtre dans le camp de Calais avant son démantèlement (en octobre 2016), la troupe libanaise s’est rendue en France en octobre 2015 pour organiser un atelier d’art thérapie auprès des travailleurs humanitaires de la "jungle".  "Nous sommes allés expliquer la différence entre le travail humanitaire et la pratique artistique et surtout le bienfait de la pratique théâtrale pour les réfugiés", explique à InfoMigrants Omar Abi Azar. 

En décembre 2015, la troupe de Zoukak retourne une seconde fois dans le camp de Calais pour travailler directement avec un public de jeunes migrants d’une douzaine de nationalités différentes. Un travail qui a abouti à la représentation d’un spectacle tous les soirs, sous le dôme du "Good chance théâtre", un havre de chaleur, de culture et de rencontre au milieu de la  "jungle".

 "Aujourd’hui,  au-delà de l’aide humanitaire, les réfugiés ont plus que jamais besoin d’une pratique artistique qui leur permette de s’exprimer. À partir du moment où ils mettent des mots sur leur expérience et leurs traumatismes, cela peut les aider à les accepter et leur apprend à vivre avec", poursuit Omar Abi Azar.  

Après avoir sillonné les camps de réfugiés en Liban et ailleurs, Zoukak a inauguré début novembre son propre centre dans le quartier de Carantina, à Beyrouth. "Avant, nous allions vers les participants ; maintenant, nous espérons les faire venir à nous. Cela fait partie du processus de thérapie", explique Omar Abi Azar.  Une démarche inspirante et Françoise Nyssen ne s’y est pas trompée. Lors d’un passage à Beyrouth en novembre, elle s’est rendue dans le centre tout fraichement ouvert pour saluer le travail de Zoukak.

La ministre française de la Culture Françoise Nyssen au nouveau centre de Zoukak, à Beyrouth, en novembre 2015. Crédit : Zoukak


 

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