Façade du futur cinéma des Lumières. Crédit : Lumière à Zaatari.
Façade du futur cinéma des Lumières. Crédit : Lumière à Zaatari.

Dans le camp de Zaatari, en Jordanie, se tassent plus de 80 000 réfugiés, pour beaucoup d’origine syrienne. Pour combattre le désœuvrement des jeunes et moins jeunes qui y vivent depuis bientôt cinq ans, une équipe française de cinéma projette d’y ouvrir un cinéma.

Au nord de la Jordanie se trouve le camp d’al-Zaatari, le plus grand camp de réfugiés du Moyen-Orient. L’Organisation des Nations unies y pourvoit aux besoins en eau, en nourriture, en soins des 80 000 réfugiés majoritairement d’origine syrienne qui y vivent. Le camp voient passer les membres des diverses ONG qui contribuent au fonctionnement du camp, mais aussi, de temps en temps, des équipes de cinéma ayant obtenu l’autorisation d’y filmer quelques scènes.

Ce jour de printemps 2017, quand un groupe de professionnels du cinéma, Français, mettent les pieds dans " la ville de toile et de tôle " qu’est le camp de Zaatari, ce qu’ils voient les a "profondément touchés". Alors, pour " apporter un peu de bonheur " à ces réfugiés qui n’ont même pas accès à internet pour des raisons de sécurité, ils échafaudent le projet de construire dans l’enceinte même du camp un cinéma permanent et gratuit.

De retour en France, ils créent l’association "Lumière à Zaatari" (en référence aux frères Lumières, les inventeurs du cinéma) et se démènent pour faire aboutir le projet. Le projet "Un cinéma à Zaatari" a reçu le soutien d’organisations présentes dans l’enceinte du camp, comme le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) et l’organisations International relief and development (IRD).

La collecte de fonds organisée via le site kisskissbangbang a permis de récolter plus de 47 000€ pour financer sa mise en place. Ce qui rend enthousiaste Philippe Hagege, trésorier de l’association : "On est très contents de l’argent récolté, on va pouvoir acheminer du matériel de qualité, puis l’accompagnement sur la durée sera également meilleur". 

Un cinéma adapté aux réfugiés

Aménagé dans un ancien hangar, le cinéma projettera des films doublés et/ou sous-titrés en arabe et aura une capacité de 150 personnes. Johanna Colboc, membre de l’association, insiste sur le fait que ça sera un vrai cinéma : "On veut leur offrir une vraie salle obscure, avec des rideaux rouges, des tapis, un grand écran, un bon vidéo projecteur, qu’il ait une belle façade… On veut qu’ils aient vraiment l’impression de rentrer dans une salle de cinéma, qu’ils puissent rêver". 

En plus de l’aide des Nations-Unies, l’association s’est également mise d’accord avec la Royal Film Commission de Jordanie, l’équivalant du CNC en France, quant au catalogue de film proposé. Des films qui seront adapté aux spectateurs. " On ne pourra pas projeter de films avec des scènes d’amour ou de nudité de par la pudeur du public. Mais on va leur projeter des films français bien évidemment, puisque c’est ça qui va créer le lien entre notre association et les réfugiés. Notre but, c’est vraiment de leur montrer des films de divertissement, on ne va pas leur faire une programmation sélective, on ne veut pas faire leur éducation cinématographique. Ce cinéma est vraiment pour eux, il faut que ça leur corresponde ", précise Philippe Hagege.

L’inauguration est prévue au début du mois de janvier 2018. Pour permettre au cinéma de perdurer dans le temps, l’association compte engager et former des habitants du camp pour s’occuper de la projection des films et de la maintenance du cinéma. Le début d’une longue aventure, peut-être, puisque si ce projet réussi, l’équipe de bénévoles aimerait beaucoup "construire d’autres cinémas dans d’autres camps de réfugiés ".


 

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