Des migrants ivoiriens arrivent à l’aéroport international d’Abidjan après avoir été évacués de Libye, le 22 novembre 2017. Crédit photo : Luc Gnago/Reuters
Des migrants ivoiriens arrivent à l’aéroport international d’Abidjan après avoir été évacués de Libye, le 22 novembre 2017. Crédit photo : Luc Gnago/Reuters

De plus en plus de migrants bloqués dans l’enfer libyen sont évacués pour être rapatriés dans leur pays d’origine. Comment le voyage se passe-t-il? Qui s’occupe des rapatriements? Et que se passe-t-il une fois de retour au pays? InfoMigrants fait le point.

“Ce que je préfère dans mon travail, c’est lorsque je planifie les dates de départ des migrants car vous pouvez voir la joie que ça leur apporte de savoir qu’ils rentrent à la maison”. Abdoul est chargé des opérations de l’Organisation pour les migrations (OIM) au Niger. Chaque jour il aide des migrants à rentrer chez eux, après que leur parcours migratoire vers l’Europe s’est brutalement arrêté au désert nigérien ou à l’enfer libyen dont ils ont réussi à s’échapper par miracle.

L’OIM est, à ce jour, le principal acteur des rapatriement volontaires de migrants extirpés de Libye. “Nous appelons cela des évacuations humanitaires. Il s’agit de personnes que l’OIM rencontre dans les centres de rétention tenus par les autorités libyennes. Nous échangeons avec les migrants sur place et ils nous expriment leur souhait de rentrer chez eux”, explique Sara Abbas, directrice de l'OIM France.

De là, l’organisme onusien prend contact avec les ambassades ou consulats des pays d’origine des migrants afin de leur obtenir des documents de voyage. “Toutes les situations sont différentes, les délais d’attente sont variables”, d’après Sara Abbas qui poursuit : “Quand on parvient à avoir assez de monde, on peut affréter un avion. Cela se remplit assez rapidement”.

Habib* a travaillé comme tailleur en Libye pendant cinq ans. Ce guinéen qui tenait un petit atelier avec ses frères a accepté une offre de retour volontaire vers son pays d’origine après avoir été agressé par un officier de police libyen. “Il m’a demandé d’ajuster un uniforme mais il était bien trop grand, je ne pouvais rien faire”. En colère, le policier a alors poignardé Habib et ordonné qu’il soit emprisonné, raconte-t-il à l’OIM. Après cette descente aux enfers, il est aujourd’hui heureux de pouvoir rentrer chez lui.

>> À lire sur InfoMigrants : "Ghetto" d’esclaves : le récit d’un migrant malien passé par l’enfer libyen

Ellsa, 20 ans, a quant à elle presque réussi à traverser la Méditerranée mais son embarcation a été interceptée par des garde-côtes libyens. Retour à la case prison. “J’avais payé 400 000 naira (environ 900 euros) au Nigeria pour aller en Italie, mais je ne veux plus jamais partir. Je n’aurais jamais pu imaginer que la Libye serait pire que chez moi. Je suis heureuse de rentrer”, confiait-elle à l’OIM l’année dernière.

Suivi psychologique et professionnel au pays

Une fois de retour au pays, les migrants continuent d’être encadrés par l’OIM. “Notre priorité c’est le soutien psychologique, identifier et fournir une assistance immédiate aux plus vulnérables”, explique le Dr Boubacar Seybou, chef de mission au Cameroun où 250 migrants ont été rapatriés de Libye la semaine dernière.

“Avec l’appui du ministère des Affaires sociales camerounais, nous avons mis en place une équipe d’une vingtaine de psychologues et d’assistants sociaux qui ont passé la nuit et la matinée [après leur arrivée] à fournir une assistance immédiate, incluant le relais vers le centre hospitalier des femmes enceintes et des malades”, ajoute-t-il. Un peu d’argent de poche a également été distribué pour parer au plus urgent.

>> À lire sur InfoMigrants : Libye: quels sont les centres de rétention qui seront vidés ?

S’ensuit l’aide à la réinsertion lorsque les rescapés commencent à regagner leurs familles. Plan d’affaires pour créer une entreprise, formation professionnelle, soutien médical, assistance pour payer un loyer… cette aide prend plusieurs formes possible”, indique Sara Abbas. Ils sont déjà, dit-elle, plus de 4500 à en avoir bénéficié cette année.

Au total au 2 novembre 2017, l’OIM avait rapatrié 10 602 migrants depuis la Libye vers 24 pays d’origine. Il y a aussi ceux qui sont récupérés au Niger : “On en dénombre 6 000 supplémentaires. Ils ont généralement repassé la frontière depuis la Libye et se trouvent dans notre grand centre à Agadez. On leur apporte de l’aide, un hébergement ou encore de la nourriture”, précise Sara Abbas.

Qui des ghettos et des marchés aux esclaves?

Si l’OIM est fière d’intensifier ses évacuations humanitaires de la Libye, celles-ci ne concernent que des migrants détenus dans des centres de rétention sous giron des autorités. L’OIM et le Haut-commissariat de l'ONU aux réfugiés (HCR) ont promis de vider ces centres qui seraient au nombre de 30 environ. En revanche, les migrants en proie aux ghettos et aux marchés d’esclaves continuent d’être livrés à eux-mêmes, l’OIM n’ayant pas de contact avec les responsables.

“Notre but à partir de maintenant ça va être de toucher plus de migrants [bloqués en Libye], ceux qui sont dans des centres informels”, précise Sara Abbas.

>> À lire sur InfoMigrants : Le HCR va ouvrir un "centre de transit et de départ" en Libye

Outre l’OIM, le HRC aussi organise des évacuations. “On a réussi à faire sortir 1000 personnes des prisons cette année. Ce sont principalement ceux qui ont un besoin de protection”, indique Céline Schmitt, porte-parole du HRC France. Mais elles concernent les réfugiés et demandeurs d’asile que nous dirigeons vers l’Europe.

Accueillis dans l’un des deux centres du HRC en Libye ou au Niger, les migrants peuvent, depuis peu, déposer leur demande d’asile pour la France ou l’Italie. Le HCR demande aux pays Européens d’ouvrir au moins 40 000 places pour les évacués de Libye. La France accueillera ses 25 premiers évacués en janvier prochain.

*prénom modifié

 

Et aussi