Image d'illustration de migrants dans le quartier de la Chapelle, en juillet 2017. Crédit : Mehdi Chebil
Image d'illustration de migrants dans le quartier de la Chapelle, en juillet 2017. Crédit : Mehdi Chebil

Chaque soir, des dizaines de migrants ressortent du centre humanitaire La Chapelle sans solution d’hébergement. Avec l’aide d’autres associations et de particuliers, Utopia 56 met à l’abri chaque jour entre 30 et 70 personnes. Les autres n’ont d’autres solutions que de dormir dans la rue, avec des risques d’hypothermie sévère voire de mort.

"Heureusement que des citoyens s’activent pour les migrants qui sont à la rue en leur apportant de la nourriture, des vêtements chauds ou en les hébergeant quelques nuits sinon on ne s’en sortirait pas", constate le fondateur d’Utopia 56, Yann Manzi, contacté par InfoMigrants.

Depuis quelques semaines, la chute des températures à Paris inquiètent particulièrement les bénévoles et les particuliers qui viennent en aide aux quelque 800 migrants qui errent dans les rues du quartier la Chapelle, dans le nord de la capitale. "C’est l’enfer, la nuit ! Cela fait des mois que je dis qu’il va y avoir des morts. C’est sûr !", s’alarme-t-il.

Un réseau d’une centaine de particuliers

L’enfer, car des dizaines de personnes – demandeurs d’asile ou dublinées – ressortent chaque jour du centre humanitaire la Chapelle sans solution d’hébergement. Les demandeurs d’asile doivent en théorie être réorientés vers des structures d’hébergement (CAO, CAES, CADA…) mais ces dernières sont toutes saturées.

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Au moment de la fermeture du centre La Chapelle, vers 19h30, Utopia 56 prend donc le relais. Avec l’aide d’autres collectifs et d’un réseau citoyens, l’association met en route son système D : chaque soir, les bénévoles contactent des particuliers et parviennent à mettre à l’abri entre 30 et 70 personnes pour une ou plusieurs nuits. "Il y a environ une centaine de parisiens qui acceptent d’accueillir provisoirement des migrants", précise Yann Manzi. La priorité est mise sur les familles, les femmes seules et les mineurs isolés. "Mais les citoyens ne sont pas la solution, estime le fondateur d’Utopia 56. C’est à l’État de prendre ses responsabilités".

"Arracher les sacs de couchage"

Pour ceux qui restent à la rue, l’enfer ne s’arrête pas au froid. Selon Yann Manzi, la nuit, les migrants subissent le harcèlement policier. Les forces de l’ordre n’hésiteraient pas à arracher les sacs de couchage distribués par les associations voire à les gazer afin qu’ils soient inutilisables. « Ce qu’il se passe à Paris a déjà été dénoncé à Calais. Ces méthodes, pour éviter les fameux ’points de fixation’, sont généralisées dans toute la France", déplore-t-il.

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Les collectifs ont recensé entre 28 et 32 points de lieu de rassemblement des migrants dans le quartier de la Chapelle. "Mais ils bougent tous les jours, ils se cachent car sinon la police les disperse. Les migrants sont confrontés à une véritable chasse à l’homme !", s’agace le bénévole.

"On s’émeut de la situation des migrants en Libye mais c’est l’Europe qui fabrique tout cela avec sa politique de non-accueil et les renvois vers la Libye. Il faut arrêter de mentir aux gens", conclut Yann Manzi. 


>> Si vous souhaitez, cet hiver, accueillir pour une ou deux nuits un migrant ou une famille chez vous, contactez Utopia 56hebergementcitoyen@utopia56.com

>> Le comité Wilson distribue des petits déjeuners tous les matins dans les environs du centre humanitaire la Chapelle

>> Les restos du cœur distribuent chaque soir à 19h des repas chauds dans un local aux abords du centre humanitaire la Chapelle.

 

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