Image d'archives de migrants à Calais, août 2017. Crédit : Reuters
Image d'archives de migrants à Calais, août 2017. Crédit : Reuters

Recenser les personnes présentes dans les centres d’hébergement d’urgence afin de désengorger le dispositif : la proposition du gouvernement crée la polémique, les acteurs associatifs redoutant une logique de "tri".

Tout a commencé vendredi 8 décembre quand plusieurs associations actives sur le plan de l’hébergement d’urgence (Médecins du Monde, la Croix-Rouge, Emmaüs, le Secours catholique…) ont été reçues par le ministre français de l’Intérieur, Gérard Collomb, et celui de la Cohésion des territoires, Jacques Mézard. Les deux ministres leur ont expliqué que des "équipes mobiles" chargées de recueillir des informations sur la situation administrative des personnes hébergées seraient bientôt envoyées dans les centres d’hébergement d’urgence. Stupeur autour de la table : certaines associations ont alors décidé de quitter la réunion pour protester contre une logique de "tri".

"Une vraie politique de reconduite aux frontières"

Pour ces associations humanitaires, le projet "franchit trois lignes rouges : le principe de l’accueil inconditionnel, le non-respect de la loi informatique et libertés si on demande de transmettre des listes, et l’éventualité d’interventions de la police dans les centres", a affirmé à l’issue de la réunion Patrick Doutreligne, le président de l’Uniopss (Union d‘associations sanitaires et sociales). "On ne donnera pas le numéro de la chambre", a même renchéri Louis Gallois, président de la Fédération des acteurs de la solidarité.

Le gouvernement l’assure : "les équipes mobiles ne comprendront pas de forces de l’ordre", ajoutant qu’"il n’y aura pas de prise d’empreintes" non plus.

Pour les pouvoirs publics, l’idée est de savoir qui exactement est hébergé dans ces centres saturés, afin de sortir ceux qui relèvent d’autres structures (notamment les étrangers avec des statuts variés), et libérer des places pour les sans-abri.

Une initiative en droite ligne de la promesse, faite en juillet par le président français, de n’avoir "plus personne" à la rue "d’ici la fin de l’année". Emmanuel Macron avait alors donné la méthode : appliquer, "dès la première minute, un traitement administratif" aux migrants, ainsi qu’une "une vraie politique de reconduite aux frontières".

Inquiétudes pour les déboutés et les "dublinés"

C’est sur cet examen de la situation que les inquiétudes se cristallisent. Les associations refusant catégoriquement d’entrer dans une logique de "recensement, d’étiquetage et de triage" selon les termes de Patrick Doutreligne.

La crainte se concentre particulièrement sur les déboutés et les "dublinés". Les premiers seront orientés vers des centres de préparation au retour - chaque région devraient en avoir un ou plusieurs "dans les prochains mois". Alors que les seconds seront envoyés dans des Prahda créés dans d’anciens hôtels Formule 1.

Interrogé par RFI, le directeur des opérations France de Médecins du Monde (MdM) craint une précarisation des étrangers qui "n’auront plus confiance dans les dispositifs d’accueil, ne viendront plus, se cacheront et resteront invisibles", conclut-il.

À noter qu’une première expérience a débuté à Paris, avec des équipes composée de l’Ofii, de la préfecture de région, d’agents de la Préfecture de police, ainsi que du GIP-HIS,présentes dans des centres d’hébergements.

 

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