Les demandeurs d’asile peuvent postuler pour un stage chez Telekom même lorsque leur procédure de demande d’asile est encore en cours / Dirk Kaufmann
Les demandeurs d’asile peuvent postuler pour un stage chez Telekom même lorsque leur procédure de demande d’asile est encore en cours / Dirk Kaufmann

Pour que les réfugiés puissent s’intégrer dans la société, il ne suffit pas de leur donner de la nourriture et un appartement. Ils ont aussi besoin d’un emploi et de reconnaissance sociale. L’entreprise Deustche Telekom a décidé de leur venir en aide.

En 2016, plusieurs entreprises allemandes ont mis au point une initiative baptisée "Wir zusammen" (Tous ensemble). Objectif : aider les réfugiés à s’intégrer en leur offrant des stages et si possible, dans la foulée, un emploi. Trente-six entreprises ont participé au lancement du projet. Aujourd’hui elles sont deux fois plus.  

L’une d’elles est la Deutsche Telekom, dont le quartier général est à Bonn. La compagnie de télécommunications emploie environ 218.000 personnes dans le monde entier et est toujours à la recherche de nouveaux talents, en particulier chez les jeunes.

Avant de se décider à former un réfugié, Deutsche Telekom lui offre la possibilité d’effectuer un stage payé d’une durée de six mois L’entreprise a elle-même fixé ses critères de recrutement : ce ne sont pas les preuves de diplômes ou les attestations des expériences professionnelles passées qui sont décisives. Dans la plupart des cas, les demandeurs d’asile ne peuvent de toute façon pas fournir ce genre de documents. Par contre, Telekom regarde de près l’impression personnelle que chaque candidat laisse au moment de l’entretien. Celui-ci se déroule lors d’une journée spécialement dédiée au recrutement de réfugiéss.

Pour plus d'informations sur le programme d'intégration de la Deutsche Telekom

Une bonne impression fait toute la différence

Cette journée, Birgit Klesper la qualifie de ‘Speed dating'. Elle est vice-présidente senior chez Group Corporate Responsibility. C’est ici que Deutsche Telekom a organisé, fin novembre, sa journée de recrutement. Le principe n’est effectivement pas si éloigné du concept du rendez-vous express. Les candidats sont appelés à passer une série d’entretiens avec les employés de différents départements afin de donner une première impression de leurs connaissances en langue allemande, de leur état d’esprit, de leurs exigences, de leurs attentes personnelles et enfin de leur aptitude potentielle à être engagé dans un service ou un autre. Si le candidat réussit à convaincre, il ou elle obtient un stage de six mois.

Badr  le physicien irakien a russi  dcrocher un stage chez Deutsche Telekom

La peur n'a pas disparu 

Dans le hall d’accueil du bâtiment Telekom, Katha Werz, porte-parole de l’entreprise auprès des médias, accueille une poignée de journalistes qu’elle emmène d’abord au centre d’information pour les candidats.

On y retrouve Badr, un Irakien, vêtu d’un t-shirt rouge portant l’inscription Deutsche Telekom. Badr est un stagiaire qui a réussi à passer les premières étapes du processus de candidature. Il explique, en allemand, la culture de l’entreprise aux nouveaux candidats. Si ces derniers n’ont pas toujours le niveau d’allemand pour tout saisir, ils écoutent attentivement.

Badr a étudié les sciences physiques en Irak et travaille désormais au département communication. Il est d’accord pour témoigner à condition que nous changions son nom. Il ne veut pas mettre sa famille et ses amis restés au pays en danger.

Flexibilité linguistique

Les candidats sont réunis dans le hall d’accueil de Deutsche Telekom en attendant leur entretien éclair.

Toujours au centre d’information, on rencontre aussi Majd de Syrie. Elle vient de passer son premier rendez-vous. Son sourire est quelque peu crispé mais elle se veut optimiste. Chez elle, elle travaillait comme secrétaire et elle espère décrocher un emploi similaire ici. Elle répond à nos questions en anglais – mais elle est déjà en train de prendre des cours d’allemand.

Créativité requise

Tandis que les entretiens éclairs se poursuivent, Barbara Costanzo, chef du projet "Telekom hilft" (Telekom aide) présente aux journalistes trois jeunes gens, anciens stagiaires. Tous les trois sont de bons exemples pour comprendre à quel point les réfugiés doivent pouvoir être flexibles. L’un des jeunes Syriens explique qu’il a fait des études de tourisme mais que son stage s’est déroulé au département communication.

C’est une situation assez courante, explique Barbara Costanzo mais qui correspond à la vision de Deutsche Telekom. Alors que les agences pour l’emploi essayent de placer les réfugiés dans un secteur qu’ils connaissent déjà, l’entreprise de télécommunications s’efforce de privilégier la flexibilité et la créativité pour recruter. Si quelqu’un a fait des études de tourisme, c’est que probablement il est bon communicateur, poursuit Barbara Costanzo. L’avantage est aussi que la bureaucratie est beaucoup moins lourde chez Deutsche Telekom.

Bouche à oreille et médias sociaux

De leur côté, les jeunes ont le plus souvent entendu parler de cette journée de recrutement par leurs amis ou sur les réseaux sociaux. Ils ont souvent un profil qui correspond à la mentalité de l’entreprise : ils sont prêts à prendre des initiatives et sont ouverts à de nouvelles expériences.

Difficile pour le moment d’évaluer le véritable succès du projet : les employés de Deutsche Telekom sont avares en chiffre. Barbara Costanzo estime qu’il est trop tôt pour se prononcer mais elle précise que en l’espace d’un an, le nombre de candidats n’a cessé d’augmenter : "cette année, nous avons octroyé 115 stages pour 340 candidatures. En Allemagne, c’est l’un des plus grands projets du genre." Un résultat qui pourrait motiver d’autres entreprises allemandes à emprunter la même voie.

 

Et aussi