À Peyrelevade, petit village de Corrèze, 70 demandeurs d'asile tentent de se reconstruire. Crédit: Corinne Binesti
À Peyrelevade, petit village de Corrèze, 70 demandeurs d'asile tentent de se reconstruire. Crédit: Corinne Binesti

À Peyrelevade, petit village de Corrèze, les demandeurs d’asile sont les bienvenus grâce à une tradition bien ancrée de solidarité et d’entraide.

"À Peyrelevade, je n’ai jamais entendu d’insultes ou ressenti de rejet de la part des habitants", assure Babiker, un Soudanais de 27 ans. Originaire du Darfour, région limitrophe du Tchad où une guerre civile sévit depuis 2003 provoquant l’exode d’au moins un million de personnes, il a demandé en France le statut de réfugié. En attendant, il vit à Peyrelevade, petit village situé sur le plateau de Millevaches, en Corrèze, où il se sent enfin en sécurité.

Du côté des quelque 800 habitants de la bourgade, même sérénité. Ils semblent avoir accueilli sans hostilité l’ouverture du Centre d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA) en avril 2015 et de ses 70 habitants. "Cela se passe plutôt bien, explique Philippe Coutaud, le maire (divers gauches) du village. Tout le monde se dit bonjour et dans l’ensemble les demandeurs d’asile sont plutôt bien acceptés par la population."

Françoise Forest et Jean-luc Grand gèrent une épicerie solidaire à Peyrelevade, où les migrants viennent d'approvisionner. Crédit : Corinne Binesti

Les commerces ont trouvé de nouveaux clients, et les écoles, de nouveaux élèves. D’ailleurs, souligne le maire, "leur arrivée au village a permis de sauver une classe". Sur les 55 enfants (maternelle et primaire) que compte l’établissement scolaire, une dizaine d’entre eux vivent au CADA. "Les enfants s’adaptent vite et sont demandeurs. Ils sont vraiment heureux d’aller en classe", poursuit l’élu.

Cette cohabitation sans heurt apparent n’est pas uniquement le fruit du hasard. Dans les années 1980 Peyrelevade a accueilli, au gré des crises mondiales, des Cambodgiens fuyant l’enfer des Khmers Rouges ou des Kurdes fuyant les conflits au Moyen-Orient. Des événements festifs et des échanges culturels avaient même eu lieu.

Des liens se tissent

Philippe Coutaud, constate toutefois qu’il demeure difficile de construire, sur du long terme, des projets communs entre les habitants et les demandeurs d’asiles "car on sait que les gens du CADA peuvent à tout moment quitter le village", explique-t-il. Malgré cela, aujourd’hui, de nouvelles formes de solidarités s’organisent, comme l’épicerie sociale née en 2014 grâce à l’investissement de ses bénévoles, et qui a installé son local dans les hauteurs du bourg.

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Françoise Forest et Jean-luc Grand, deux de ses chevilles ouvrières, y proposent des produits alimentaires à très bas prix. "Nous dépendons de la banque alimentaire de Brive-la-Gaillarde", explique Françoise Forest, la présidente de l’association Solidarité Millevaches. "Chaque semaine, je dresse une liste de produits et nous sommes fournis. Il y a également des fournisseurs locaux qui nous aident", poursuit-elle. Huile, pâtes, œufs, sucre, café… les demandeurs d’asiles peuvent acheter à moindre frais quelques denrées, "parfois c’est dur de voir des bouts de choux lorgner une tablette de chocolat… Alors j’avoue qu’il m’arrive de donner", sourit Françoise.

Les bénévoles ont aussi remarqué que les résidents du centre d’accueil avaient tendance à acheter les mêmes aliments. "Il y a des produits comme les conserves ou certains légumes qu’ils ne savent pas cuisiner, explique Françoise. En réalité, c’est parce qu’ils ne les connaissent pas. J’aimerais bien leur expliquer des recettes et venir au CADA leur donner des cours de cuisine."

Pour l’heure, les découvertes culinaires se sont parfois faites dans le sens inverse : "Un jour, j’ai apporté des médicaments à une famille de réfugiés", raconte Jacques Farges, le pharmacien du village. Pour me remercier, ils m’ont offert des petites pâtisseries."

Le pharmacien de Peyrelevade. Crédit : Corinne Binesti

Cette attention semble faire partie du décor. Dans l’unique bar du village, l’accueil est toujours chaleureux. Molly, la jeune employée, raconte : "Je me souviens d’un jour où je déchargeais des gros cageots de fleurs. Spontanément, un migrant qui passait en vélo s’est arrêté pour m’aider."

"Je suis tombée amoureuse, je n’y peux rien"

Mais les jours des demandeurs d’asile à Peyrelevade sont par définition comptés. Lucie est femme de pompier. Ses enfants ont pour camarades de classe des fillettes vivant au CADA. "Elles ont tissé des liens très fort avec certaines gamines qui venaient parfois à la maison. Mais elles ont souffert de leur départ. Alors maintenant, elles se protègent davantage car elles savent qu’un jour ces camarades-là partiront".

Au contact de leurs nouveaux voisins, les adultes aussi s'attachent. Une femme, Noëlle, est même tombée amoureuse de l'un d'eux. Il y a encore un an, la jeune maraîchère vivait avec son compagnon etpère de ses enfants. Le couple a souhaité accueillir trois demandeurs d’asiles, déboutés de leur demande, au sein de leur foyer.

Noëlle est tombée amoureuse d'un migrant qu'elle hébergeait. Crédit : Corinne Binesti

"On avait sympathisé avec eux et on a eu envie de leur apporter notre soutien", explique Noëlle. Après trois mois de vie en "communauté", des sentiments sont nés entre la mère de famille et Bedredine, l’un de ses hôtes. "Je suis tombée amoureuse, dit-elle. Je n’y peux rien". La famille se disloque. "Quand mon mari a su ce que je ressentais, il a demandé à Bedredine de quitter la maison", dit-elle. Le demandeur d’asile, à l’époque débouté, a quitté la région et a depuis obtenu la protection subsidiaire.  "Il me manque terriblement", confie-t-elle.

 

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