Tony Robin/RFI | Malgré le froid presque sibérien à Strasbourg, l’affluence est bonne au chalet du Refugee Food Festival et la soupe aux lentilles d’Hussam Khodary fumante.
Tony Robin/RFI | Malgré le froid presque sibérien à Strasbourg, l’affluence est bonne au chalet du Refugee Food Festival et la soupe aux lentilles d’Hussam Khodary fumante.

Créé par les jeunes réalisateurs Marine Mandrila et Louis Martin, et parrainé par le HCR (Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés), le Refugee Food Festival vise à sensibiliser les citoyens occidentaux sur le destin des réfugiés à travers l’art culinaire. Reportage à Strasbourg, dernière étape de l'édition 2017, où le Syrien Hussam Khodary, l’Afghan Ahmadzai et le Tibétain Dorjee Ringchen régalent les papilles des touristes du marché de Noël.

Le froid glacial et la bruine incessante écrasent Strasbourg en cette période de fêtes. Mais dans un des chalets du village de Noël, place Kléber, les odeurs et les couleurs de la cuisine du chef syrien Hussam Khodary proposent aux badauds alsaciens et aux touristes de voyager par odorat et papilles interposés. Un voyage vers la douceur épicée de Damas, le Damas d’avant la guerre.

C’est au Syrien qu’est revenu l’honneur d’ouvrir la dernière semaine du Refugee Food Festival 2017 avec, entre autres plats traditionnels, son fatayer, sorte de chausson aux épinards, ses brochettes de poulet aux épices, et ses desserts, un keshta, un gâteau à la crème, et le flan syrien aux arômes d’orange et de pistache. L’Afghan Ahmadzai prendra le relais dans la semaine pour faire découvrir son Kabuli Pulao typique - un mélange de riz et d'agneau - puis Dorjee Ringchen fera goûter ses momos, sortes de raviolis tibétains.

Le Refugee Food Festival conclut cette semaine à Strasbourg sa deuxième édition. Fondateurs de l’association Food Sweet Food, Marine Mandrila et Louis Martin sont à l’origine du projet. Réalisateurs d'un tour du monde à la découverte des traditions culinaires, les deux séries documentaires « Very food trip » diffusées sur Canal+ en 2016 puis sur Planète cette année, ils ont voulu à leur retour en France « s’engager concrètement ». Selon la réalisatrice, présente à Strasbourg, le festival vise à « mettre en relation directe réfugiés et citoyens du pays d’accueil par l’art de la cuisine, un art universel qui amène à la transmission et aux rencontres ».

L’association Food Sweet Food met ainsi son expertise à la disposition des relais locaux intéressés par l’organisation d’un événement. Dans un second temps, le Haut-commissariat des réfugiés (HCR) des Nations unies intervient pour mettre en relation dans chaque ville les réfugiés susceptibles de participer au festival avec les organisateurs d’une initiative locale.

« Foodtruck » de plats syriens

En plus de changer le regard des habitants des pays d’accueil sur les réfugiés, l’autre objectif affiché du festival est de « créer un terrain propice à l’embauche », selon Joséphine Lebas-Joly, membre du bureau parisien du HCR et présente elle aussi à Strasbourg pour appuyer le projet.

Et le pari semble gagnant. Ainsi, pour l’ensemble des onze chefs qui avaient participé à la première édition du festival à Paris le 20 juin 2016, tous ont eu des opportunités de travail. « Ils sont maintenant soit directement en poste dans un restaurant parisien, soit travaillent comme traiteurs indépendants et reçoivent un nombre de commandes suffisant pour leur permettre de vivre dignement » précise Joséphine Lebas-Joly.

Tony Robin/RFI | Le chef cuisinier syrien Hussam Khodary révèle certains secrets de ses mets traditionnels à une bénévole strasbourgeoise.
Tony Robin/RFI | Le chef cuisinier syrien Hussam Khodary révèle certains secrets de ses mets traditionnels à une bénévole strasbourgeoise.

Tel est l’objectif de Hussam Khodary, lui qui a dû prendre, comme des millions de Syriens, la route de l’exil en 2014 à cause de la guerre. Après des escales à Marseille puis à Nancy, il se fixe finalement dans la capitale européenne en 2016 quand son épouse, qui a réussi à le rejoindre avec leurs deux filles âgées de 9 et 6 ans, est admise en troisième année de littérature arabe à l’Université de Strasbourg.

Après quelques expériences dans des restaurants strasbourgeois, il souhaiterait maintenant « monter son propre projet, un camion de restauration rapide de plats syriens ».

Partout dans le monde

Reste le plus difficile, trouver les financements. « Nous, les Syriens, explique-t-il, nous ne sommes pas habitués à l’exil comme d’autres peuples du monde peuvent l’être. Alors, nous ne pouvons pas compter, notamment en France, sur une diaspora riche installée depuis longtemps pour nous aider financièrement ».

En attendant une opportunité, Hussam Khodary et les chefs cuisiniers réfugiés peuvent au moins compter sur les bénévoles du Refugee Food Festival et les touristes venus témoigner de leur talent.

Après une première édition 100% française, le Festival est passé cette année à l’échelle européenne, que ce soit en Suisse, en Italie, en Grèce, en Espagne, aux Pays-Bas ou en Belgique. Et il va encore grandir en 2018. « Des associations de citoyens nous font part de leur souhait d’organiser une étape du festival partout dans le monde », explique ainsi Joséphine Lebas-Joly. Des étapes aux Etats-Unis et au Canada sont notamment en train de s’organiser.

Une bonne nouvelle pour les chefs cuisiniers réfugiés outre-Atlantique. Mais une nouvelle qui ne rassure pas forcément sur l’état du monde. On compte en effet à l'heure actuelle 22,5 millions de réfugiés à l'échelle du globe. Au total, 66,5 millions de personnes ont dû quitter leurs foyers à cause des guerres, dont 5,5 millions de Syriens et 2,5 millions d’Afghans, les deux populations les plus touchées.

Texte initialement publié sur : RFI

 

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