À Sid, en Serbie, de nombreux migrants attendent de pouvoir passer la frontière croate. Crédit : Reuters
À Sid, en Serbie, de nombreux migrants attendent de pouvoir passer la frontière croate. Crédit : Reuters

Madina, une fillette afghane de six ans, a perdu la vie le mois dernier après avoir été fauchée par un train à la frontière serbo-croate alors qu'elle et sa famille venaient d'être refoulées du territoire croate. Les deux pays se renvoient la balle et nient toute responsabilité. La famille a décidé, elle, de porter plainte contre la Croatie.

Un mois après la mort de Madina, une fillette afghane de six ans fauchée par un train à la frontière serbo-croate, la famille a décidé de porter plainte contre les autorités croates pour abus de pouvoir, acte contre la vie humaine ayant mené à la mort, comportement inhumain contre la dignité humaine, et violation des droits des enfants.

"Personne ne nous a dit qu’un train devait passer"

Le 20 novembre dernier, une mère de famille afghane, Muslima Husseini, et ses cinq enfants âgés de 2 à 15 ans, marchent le long d'une voie ferrée en Croatie. Il fait nuit. La famille, renvoyée vers la Serbie après avoir été expulsée par les autorités croates, ne s'attend pas à ce qu'un train arrive à grande vitesse... Le TGV percute l'un des enfants, une fillette âgée de six ans. L’aîné découvre sa petite sœur en sang, le crâne enfoncé. Le petite fille décédera quelques jours plus tard.  

Que s'est-il passé pour en arriver à un tel drame ? Tout commence avec les rêves d'Angleterre de la famille Husseini : pour atteindre le pays outre-Manche, il faut traverser l'Europe et emprunter la tristement célèbre "route des Balkans" semée d'embûches, de clôtures et de fermetures de frontières. Depuis la Serbie, la famille afghane réussit à s'introduire en Croatie, mais elle est rapidement arrêtée par les autorités. La police croate les exhorte alors à retourner sans délai côté Serbie. Muslima, la mère de famille, fait valoir son droit à l’asile, mais rien n'y fait. Elle supplie alors les forces de sécurité d’attendre le matin pour les renvoyer en Serbie, quand il fera jour et que les enfants seront reposés. 

Mais, selon elle, les policiers les escortent jusqu’à la frontière en pleine nuit, sur cette fameuse voie ferrée à la lueur de simples lampes-torches. Quelques minutes plus tard, Madina sera percutée de plein fouet par un train. 

Sur cette affaire, la Serbie et la Croatie nient toute responsabilité et se renvoient la balle. Où s'est déroulé le drame ? La Serbie n’a pas ouvert d’enquête sur cet accident, estimant qu’il n’avait pas eu lieu en territoire serbe, et accuse son voisin croate. Zagreb, de son côté, insiste sur le fait l'accident a eu lieu en Serbie et "que la mort de l’enfant n'est pas imputable aux actions de la police des frontières croate".

Réunie à Belgrade, la capitale serbe, après le drame, les Husseini apprennent le décès de leur fille deux jours plus tard. Le lendemain à l’aube, la famille est conduite avec un imam à Sid (ville serbe frontalière de la Croatie) où attend la dépouille.

« Nous ne savons pas combien ont perdu la vie dans la région »

Le corps de Madina repose au fond d’un cimetière orthodoxe de Sid, près de trois autres petits tas de terre où les corps de trois autres migrants ont été enterrés en 2015 et 2016. La famille affirme que personne ne leur a donné de certificat de décès qui leur permettra, plus tard, de récupérer la dépouille.

Malgré la fermeture des frontières l’an dernier, la route des Balkans reste empruntée clandestinement par de nombreux migrants. "La mort évitable" de Madina "vient rappeler à l’Union européenne et aux autorités régionales que les gens restent en danger dans les Balkans", a déclaré à l’AFP Andrea Contenta, de Médecins sans frontières Serbie, qui s’indigne que des personnes soient refoulées hors de toute procédure.

Sur les onze premiers mois de 2017, l’ONG a comptabilisé 143 morts entre la Turquie et l’Union européenne : noyades, accidents de voiture, chutes ou électrocutions depuis les toits des trains, suicides… Au-delà des données publiques, "nous ne savons pas combien ont perdu la vie dans la région", poursuit Andrea Contenta.

 

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