Un jeune enfant dans un camp de réfugiés en Grèce. Crédits : InfoMigrants
Un jeune enfant dans un camp de réfugiés en Grèce. Crédits : InfoMigrants

Après le retrait d’un important financement du ministère français de l’Intérieur, InfoMIE a décidé de couper temporairement l’accès à son centre de ressources pourtant essentiel. L’organisme souhaite alerter sur sa situation de plus en plus précaire alors même que les besoins des jeunes migrants, dit-il, sont en forte augmentation.

Depuis plus de 10 ans InfoMIE agit dans l’ombre pour aider les mineurs étrangers isolés à s’en sortir en France. Mais depuis le 15 janvier, l’organisme a décidé de frapper un grand coup en interrompant l’accès à son centre de ressources. Il s’agit d’un site d’information spécialisé sur les migrants mineurs unique en France qui est utilisé par quelque 60 000 visiteurs par mois incluant les jeunes eux-mêmes, mais aussi des membres associatifs, des avocats ou encore des éducateurs, des psychologues et des conseils départementaux.

Cette interruption de service qui doit durer une semaine vise à dénoncer la baisse de financement subi par InfoMIE en 2017. “Au total, on a perdu 40% sur notre budget prévisionnel adopté par l’assemblée générale. On veut à tout prix éviter cela en 2018. D’autant plus que nous avons besoin de plus de ressources car notre activité a considérablement augmenté ces dernières années”, explique Aurélie Guitton, coordinatrice de la plateforme nationale InfoMIE, contactée par InfoMigrants.


Des parcours “de plus en plus difficiles” pour les mineurs

L’organisme est financé à environ 60% par des fonds publics dont les ministères de la Justice, de la Santé et de la Ville, Jeunesse et Sports. Le ministère de l’Intérieur a, quant à lui, supprimé son financement l’année dernière, d’où le manque à gagner dont fait état Aurélie Guitton qui demeure actuellement la seule salariée d’InfoMIE. Ce n’est pourtant pas le travail qui manque : l’organisme a donné 600 consultations juridiques en 2017, contre 400 en moyenne à ses débuts. Quelque 150 autres demandes n’ont pu être traitées faute de ressources suffisantes.

>> À lire sur InfoMigrants : Que se passe-t-il pour les "mineurs non-accompagnés" qui arrivent en Europe ?

“Les parcours des mineurs sont de plus en plus difficile. L’année dernière a été un véritable tournant, avec le durcissement de la situation en Libye mais aussi à l’échelle de la France : l’entrée en protection de l’enfance est plus compliquée, on constate des pertes de temps pour scolariser les jeunes et pour la prise en charge de leur santé. Beaucoup de mauvaises informations sont aussi données par les administrations au sujet du passage à la majorité”, affirme Aurélie Guitton.

Cette question de la gestion du passage à la majorité constitue la majeure partie des dossiers traités par InfoMIE. Viennent ensuite les particuliers ou les associations qui repèrent des mineurs (ou des mineurs eux-mêmes) mais ne savent pas comment les orienter. Il y a aussi les hôpitaux qui demandent de l’aide pour savoir comment gérer la sortie d’hospitalisation d’un jeune migrant ainsi que tous les cas de scolarisation et d’apprentissage refusés.

Associations, médecins et avocats solidaires

Le site web d'InfoMIE momentanément indisponible.

“Notre décision de couper l’accès au centre de ressources produit ses effets. Plusieurs avocats commencent à râler gentiment ainsi que des associations qui ont l’habitude d’utiliser, par exemple, nos modèles de recours et ce genre d’outils disponibles en ligne”, poursuit Aurélie Guitton qui regrette toutefois de devoir imposer les conséquences du manque de financement aux migrants et à leurs aidants pour se faire entendre.

Malgré les désagréments occasionnés, nombre d’associations, d’avocats ou encore de pédopsychiatres ont fait part, sur les réseaux sociaux, de leur soutien à InfoMIE. C’est notamment le cas de UNICEF France, Solidarité Laïque, mais aussi la vice-bâtonnière de Paris et de plusieurs médecins.

InfoMIE doit entrer en négociations prochainement avec ses bailleurs de fonds pour établir le budget 2018. L’organisme compte sur davantage de financement privés pour sortir de cette mauvaise passe sans que les mineurs isolés n’en pâtissent sur le long-terme.

>> À lire sur InfoMigrants : Mineurs isolés : "L’État n’a pas pour mission la protection de l’enfance"

 

Et aussi