En plus de son travail pour la hotline, Ali Can parle de son expérience en tant qu'immigré.
Crédit: Frank Gerhold
En plus de son travail pour la hotline, Ali Can parle de son expérience en tant qu'immigré. Crédit: Frank Gerhold

Ali Can a dû affronter ses souvenirs d'enfance lorsqu'il a été témoin du côté le plus abject de la crise des réfugiés. Avec la montée des sentiments xénophobes, Ali Can a décidé de mettre en place une hotline pour tous ceux qui veulent en savoir plus sur les migrants.

Malgré une forte baisse du nombre de réfugiés en Europe, l'intégration des migrants reste un sujet politique très débattu. En Allemagne, les partis politiques ont fait de la politique migratoire une priorité majeure, tant lors des élections législatives de l'année dernière que dans le cadre des négociations en cours pour former un nouveau gouvernement.

Cette tendance n'a pas empêché les mouvements anti-immigration tels que PEGIDA ou le parti d'extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) de faire campagne contre la migration, allant parfois jusqu' à insister pour que l’on interdise aux sans-papiers d’entrer dans le pays.

Les accents xénophobes de ces mouvements ont poussé Ali Can à lancer sa propre initiative contre la haine et le sectarisme. En 2016, au plus fort de la crise des réfugiés, Can a lancé une "hotline pour les citoyens préoccupés" qui offrait un forum aux gens qui voulaient parler de leurs préoccupations et de leurs inquiétudes concernant les migrants, poser des questions et en apprendre davantage. Son but était de donner un visage humain, ou plutôt une voix, aux histoires qui étaient relatées dans les médias dans leur ensemble.

"Les gens se défont de leurs peurs une fois que des étrangers deviennent des connaissances. C'est à ce moment-là que nous commençons à nous juger les uns les autres sur la base de fondements solides", a-t-il déclaré à l'agence de presse allemande KNA.

La xénophobie est en hausse en Allemagne depuis le début de la crise des réfugiés en 2015

Une expérience de première main

L’étudiant de 24 ans souligne que l’expression ‘citoyens préoccupés’ qui figure dans le nom de son initiative n’est pas à prendre de manière négative. Il souhaite au contraire jeter des ponts entre des communautés qui n'ont que peu ou pas d'échanges, même lorsque certaines personnes avec lesquelles il parle font des "remarques cyniques et de mauvais goût". Il essaie de ne pas prendre de tels commentaires personnellement, bien que cette initiative comporte une dimension personnelle liée à son expérience propre.

Les parents d'Ali sont venus en Allemagne comme demandeurs d'asile dans les années 1990, alors qu'il n'avait que deux ans. Il connaît très bien le genre d’aliénation que vivent certains migrants. Originaire de la minorité kurde de Turquie, sa famille cherchait elle aussi à échapper à la discrimination. C'est pourquoi, sur sa hotline, il se présente comme "le demandeur d'asile en qui on peut avoir confiance".

"Je suis l'exemple vivant que l'intégration peut fonctionner", a déclaré l'homme dans une interview accordée à la chaîne Al Jazeera.

Aux côtés d'Ali Can, il y a deux autres membres de son équipe de bénévoles qui répondent à des personnes venues de tous horizons qui veulent en savoir plus sur les réfugiés. Il s'agit de Matthias, un allemand, et de Joni, un Autrichien.

Can espère que le livre aidera à répondre à certaines questions récurrentes et à dissiper les mythes sur les réfugiés

Les dangers de la xénophobie

Mais si Ali Can insiste sur le fait que les conversations qui ont lieu sur la hotline sont toujours strictement confidentielles, il a compilé les chats les plus intéressants dans un livre paru en Allemagne fin 2017. L’ouvrage, qui porte le même nom que la hotline, détaille par ailleurs l’enchaînement des évènements qui ont conduit à la création de son initiative, qui marche de mieux en mieux.

Le volume de 272 pages permet au lecteur d'avoir un aperçu de la vaste gamme d'émotions suscitées par la crise des réfugiés dans toute l'Allemagne. Ali Can espère que cet aperçu pourra contribuer à informer tous les Allemands.

Se référant au passé de l'Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale, il met en garde contre le fait que les sentiments anti-migrants peuvent alimenter davantage qu'une simple division de la société : "l'histoire nous a montré à quoi peuvent conduire la haine et le racisme", a-t-il déclaré.




 

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