La Tour H de la cité du Parc Kallisté doit être démolie "en raison des fortes dégradations constatées par un expert judiciaire dans les parties communes et des risques importants induits pour les habitants", indique la préfecture. Crédits : Google Street View (août 2017)
La Tour H de la cité du Parc Kallisté doit être démolie "en raison des fortes dégradations constatées par un expert judiciaire dans les parties communes et des risques importants induits pour les habitants", indique la préfecture. Crédits : Google Street View (août 2017)

Entre 100 et 200 migrants qui occupaient illicitement un bâtiment décrépi dans une cité du nord de Marseille ont été expulsés lundi à l’aube par la police. Ils ont été pris en charge par des associations et sont temporairement hébergés dans un gymnase.

On la surnommait déjà “la mini-jungle de Calais”. La Tour H de la cité du parc Kallisté dans le 15e arrondissement de Marseille a été évacuée lundi 12 février “sans incident”, a confirmé la préfecture des Bouches-du-Rhône à InfoMigrants. Depuis des mois, quelque 200 migrants principalement du Nigéria, du Soudan et de Côte d’Ivoire y avaient élu domicile.

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Certains ont commencé à quitter les lieux dès dimanche. Les autres ont été délogés au premières heures de la journée, lundi, par deux escadrons de gendarmerie mobile ainsi que les policiers de la division Nord, indique la préfecture. “Une mise à l’abri dans un gymnase mis à disposition par la ville à proximité a été proposée aux occupants licites ou illicites encore présents ce jour dans le bâtiment H du parc Kallisté”, ajoute-t-on.

“Diagnostic social et administratif” pour les migrants

Les évacués ont été acheminés par un bus de la RTM, avant d’être pris en charge par l’association Sara / Logisol et la Croix-Rouge. “Outre l’hébergement et la restauration, ces personnes vont bénéficier d’un diagnostic social et administratif afin d’être rapidement orientées vers une solution adaptée à leur situation et à leurs droits”, assure la préfecture.

Insalubre, la Tour H de la cité Kallisté est promise à la démolition depuis 2009 dans le cadre d’un programme de rénovation urbaine piloté par la mairie. Le bailleur social, Marseille Habitat, a racheté les trois-quarts des appartements de cette copropriété à des prix inférieurs à ceux du marché. Certains habitants refusent donc, depuis des années, de vendre leur logement au tarif proposé ou de céder leur bail. Selon la préfecture, ces quelques familles récalcitrantes ont toutes, avant l’évacuation, été relogées provisoirement à l’hôtel dans l’attente de l’attribution d’un logement.

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Situation “explosive” sur fond de réseau mafieux

La situation entre habitants et migrants était devenue intenable, voire “explosive” à en croire les propos de Samia Ghali, sénatrice des Bouches-du-Rhône. Certains, parmi les premiers, accusaient notamment les seconds de causer des dégradations ou encore de trafiquer les compteurs pour approvisionner les logements squattés en chauffage et en électricité. Dans un reportage de France 3 Provence-Alpes-Côte-D’azur un migrant confirme ces dires affirmant ne pas avoir le choix : “Ma femme est enceinte, on ne peut pas dormir comme ça dans le froid”.

Mais les habitants se plaignaient aussi de vivre dans la peur : “Dès que la nuit tombe, on ne sort plus et on fait en sorte qu’il y ait tout le temps quelqu’un dans l’appartement pour éviter qu’on le squatte”, racontait notamment une jeune femme de la cité, il y a encore peu.

Samia Ghali et la mairie du 15e arrondissement suspectait, en outre, la présence d’un système organisé, d’où l’urgence d’agir. Le bâtiment pourrait notamment, selon des informations de l’AFP rapportées par la sénatrice, avoir abrité plusieurs femmes contraintes de se prostituer pour payer leur passeur.

La date de démolition de la Tour H reste pour l’heure inconnue.

 

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