Des migrants se réchauffent autour d'un feu dans un campement du nord de Paris, lors de la vague de froid de février 2018. Crédits : InfoMigrants.
Des migrants se réchauffent autour d'un feu dans un campement du nord de Paris, lors de la vague de froid de février 2018. Crédits : InfoMigrants.

Une grande partie des 128 migrants mineurs sans-abri comptabilisés la semaine dernière en pleine vague de froid à Paris aurait plus de 18 ans, selon la Ville qui estime que ces personnes devraient donc être pris en charge par l’État. La mairie de Paris demande l’ouverture de places d’hébergement “pour jeunes majeurs”.

"C'est avant tout un sujet jeunes majeurs" : quelques jours après avoir été interpellée sur le cas de 128 migrants mineurs isolés "en danger" dans les rues de la capitale en proie à une vague de froid, la Ville de Paris a décidé de répondre afin d’en appeler à la responsabilité de l’État. Selon la Ville, "une cinquantaine [des 128 jeunes migrants] signalés la semaine dernière n'étaient pas mineurs".

Pour rappel, si les migrants de moins de 18 ans relèvent du département au titre de la protection de l'enfance, les majeurs dépendent, eux, de l’État. "Il est impératif que [l’État] ouvre des places dédiées aux jeunes majeurs", a expliqué une source à la mairie de Paris interrogée par l’AFP.

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Une liste de noms “inexploitable”, dit Paris

Cette sortie fait suite à la publication d’une lettre adressée au procureur de la République, François Molins, le 8 février, dans laquelle trois avocats ont interpellé sur "la situation très préoccupante" de 128 mineurs isolés "livrés à eux-mêmes dans les rues de la capitale, sans abri, par des températures négatives". Le procureur a immédiatement demandé que les cas soient transmis au conseil départemental - donc à la Ville de Paris - afin que l’âge des jeunes concernés soit évalué.

La mairie affirme que cette liste “n'est pas exploitable” car elle ne contient aucune "pièce d'identité, ni date de naissance permettant de prouver l’âge" des 128 jeunes en question. La Ville remet ainsi en cause "la méthode consistant à signaler ces cas au procureur et à la presse avant de venir nous trouver".

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Des évaluations au faciès?

Pour identifier et recenser un à un les jeunes concernés, les trois avocats se sont appuyés sur des informations d’associations de terrain spécialisées dans la prise en charge des migrants et des mineurs isolés. Ces dernières estiment qu’environ 400 mineurs sont en grande difficulté dans les rues de Paris.

"L'immense majorité des 128 mineurs n'a pas eu la possibilité d'obtenir une évaluation (sur leur âge) parce qu'à l'entrée du dispositif on les a rejetés comme étant majeurs", assure l’un des trois avocats, Me Emmanuel Daoud, membre du conseil de l'Ordre de Paris. De plus "ils n'ont pas bénéficié des cinq jours de mise à l'abri auxquels ils ont droit", a-t-il indiqué à l’AFP.

La Ville de Paris, de son côté, nie ce qui s’apparente à des accusations d'évaluation "au faciès" et affirme que "tous les mineurs ‘primo-arrivants’ pouvaient obtenir un entretien". Ceux qui sont évalués comme étant "majeurs" ont la possibilité de le contester devant la justice. Reste qu’ils peinent bien souvent à trouver un hébergement durant la procédure, car le flou sur leur âge les prive de fait d'accéder aux dispositifs "adultes" comme aux structures "enfants".

 

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