Ces pensionnaires soudanais du centre de la Rochefoucault à Paris partagent la même chambre. Crédits : InfoMigrants.
Ces pensionnaires soudanais du centre de la Rochefoucault à Paris partagent la même chambre. Crédits : InfoMigrants.

Un millier de places d’hébergement dans des centres spécialement conçus pour l’intégration des réfugiés ouvriront dans les prochains mois en région parisienne, a annoncé mardi le préfet Michel Cadot. L’objectif est d’en sortir avec un logement pérenne et un emploi ou une formation professionnelle.

“Il est temps que la France rattrape son retard en matière d’insertion des réfugiés”. Le préfet de Paris et de la région Île-de-France, Michel Cadot, veut amorcer un virage dans la gestion de la crise migratoire. “Jusqu’à présent et depuis 2015 on a traité l’urgence mais pas l’intégration effective des réfugiés. Celle-ci passe impérativement par un emploi et un logement”, a-t-il expliqué mardi 13 février lors d’une visite, destinée à la presse, du centre d’hébergement de la Rochefoucault dans le 14e arrondissement de Paris.

Le lieu n’a pas été choisi au hasard. Planté au bord d’une large avenue, ce grand bloc de béton semblable en apparence à n’importe quel autre centre d’hébergement a la particularité d’être dédié uniquement aux migrants ayant récemment obtenu le statut de réfugié. En plus d’un toit, on y trouve des cours de français, de sport, des activités culturelles mais surtout une aide concrète pour trouver un logement, un emploi ou une formation et commencer ainsi sa nouvelle vie en France. En d’autres termes :  "les fondamentaux nécessaires pour s'intégrer pleinement dans la société française", a souligné le préfet.

Le centre d'hébergement de la Rochefoucault dans le 14e arrondissement est dédié à l'intégration des réfugiés. Crédits : InfoMigrants.

Répliquer le modèle à l'échelle de la France

Géré par l’association Aurore, le centre de la Rochefoucault dispose de 75 places. “On veut être un tremplin vers leur nouvelle vie. Au centre, nous avons 33 réfugiés qui travaillent, 7 qui sont en formation professionnelle et 16 en attente de la signature de leur contrat d'intégration républicaine (CIR)”, détaille Laïd Hadjidj du pôle urgence et hébergement d’Aurore, interrogé par InfoMigrants.

Un véritable exemple d’efficacité pour le préfet Michel Cadot qui confie vouloir “normer le processus d’intégration” mis en place par l’association à l’échelle de toute la région, voire du pays. “L’idée serait de systématiser ces centres afin de ne pas garder les réfugiés statutaires  dans des lieux inadaptés. Cela conduit à les maintenir dans la précarité”, a-t-il commenté. La structure correspond, selon lui, tout à fait à ce que le député de la majorité, Aurélien Taché, pourrait préconiser dans le rapport qu’il remettra prochainement au Premier ministre au sujet de l'intégration des réfugiés.

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Ce type de centre d’intégration s’inscrit également clairement dans la volonté affichée par le président Emmanuel Macron de distinguer et “trier” les différentes catégories d’étrangers en fonction de leur statut en France. Les déboutés du droit d’asile se verront notamment traités avec une plus grande fermeté (donc plus de reconduites à la frontières) qui sera inscrite dans le projet de loi "asile et immigration" présenté le 21 février en conseil des ministres.

Le rapprochement familial sur toutes les lèvres

Pensionnaire du centre de la Rochefoucault depuis quatre mois, Omar partage sa chambre avec deux autres réfugiés. Le confort est spartiate : trois lits simples, trois armoires et peu d’intimité. Le Soudanais de 28 ans a fui la guerre et son pays en 2013, en quête d’un avenir meilleur en Europe. “C’est un peu difficile d’être à trois dans cette toute petite chambre. Mais, je suis quand même content car je travaille dans un restaurant italien du 8e arrondissement 5 jours sur 7. Ce que j’aimerais maintenant c’est trouver un appartement pour faire venir ma femme”, raconte-t-il à InfoMigrants.

Un rêve partagé par bon nombre des pensionnaires du centre qui n’ont pas hésité à interpeller le préfet Michel Cadot sur la question du rapprochement familial. “Monsieur, on est vraiment honorés de votre visite aujourd’hui, merci”, lance l’un d’eux. “Grâce à ce centre on a avancé et on s’est beaucoup améliorés. Mais on ne peut pas laisser notre famille au pays. C’est la guerre là-bas”, poursuit-il nerveusement, dans un français excellent, avant de réclamer un selfie au préfet. Touché par les efforts du jeune homme et par son bagou, ce dernier s’est montré rassurant : “En un an en France, votre niveau est impressionnant. Vous êtes sur la bonne voie et à la bonne place pour votre intégration et celle-ci se fera avec votre famille”.

Ali Haroun n'a pas hésité à interrompre la visite du préfet pour lui parler de sa famille restée au pays. Crédits : InfoMigrants.

Manque de ressources et de personnel

La préfecture d’Ile-de-France a identifié 2000 réfugiés statutaires répartis dans différents types d’hébergement et plus rarement dans la rue. Ils sont déjà quelques centaines à être logés dans l’un des cinq centres spécialisés dans l’intégration des réfugiés, dont celui de la Rochefoucault. Le préfet compte créer 1000 places supplémentaires dans les prochains mois et espère même avoir pu reclasser les 2000 réfugiés statutaires dans ce type de centre d’intégration d’ici la fin de l’année. Il faudra, pour y parvenir, créer de nouveaux centres sur le modèle de celui de la Rochefoucault. Michel Cadot assure que des appels à projet en ce sens vont être lancés.

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Face à l’enthousiasme du préfet, l’association Aurore se montre plus nuancée. Car avant de penser à répliquer le centre de la Rochefoucault, encore faut-il s’assurer de la viabilité du projet. “En théorie, les réfugiés ne devraient rester chez nous qu’un an, puis laisser la place à d’autres. Mais en ce moment on tourne plutôt autour de deux ans. On espère pouvoir ouvrir le dialogue avec le préfet et avec l’Ofii afin de fluidifier l’intégration dans la société de nos pensionnaires. Plein de petites choses peuvent être faites”, assure Laïd Hadjidj, ajoutant que le centre de la Rochefoucault a besoin d’une meilleure reconnaissance auprès des autorités pour fonctionner de façon optimale.

Le manque de moyens et de ressources est également criant. “Aujourd’hui, on compte énormément sur les bénévoles pour aider à faire tourner le centre. Mais on aurait besoin de personnel pour garder les murs et pour un meilleur accompagnement des réfugiés”, enchérit Eric Piez, le directeur d’Aurore. Or, sur ce point, aucune enveloppe budgétaire n’a été évoquée, pour l’heure, par le préfet.

 

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