Mehdi Kassou, l'un des fondateurs de la Plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés. Crédit : InfoMigrants
Mehdi Kassou, l'un des fondateurs de la Plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés. Crédit : InfoMigrants

Mehdi Kassou est l'un des fondateurs de la Plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés, une association qui trouve des hébergements citoyens aux migrants. À l’été 2015, au pic de la crise migratoire en Europe, voyant l’afflux de migrants en Belgique, le jeune homme de 34 ans a très vite quitté son travail et son salaire confortable pour se consacrer exclusivement à son association. Portrait.

"Je suis l’homme le plus heureux du monde quand je vois un migrant sortir de la rue". Mehdi Kassou est l'un des fondateurs de la Plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés, l’association qui organise l’hébergement citoyen des migrants de Bruxelles, en Belgique.

Un soir d’été de 2015, alors qu’il ramène un ami à la gare du nord, Mehdi se rend à quelques mètres de là, au parc Maximilien, "par curiosité". On est alors au plus fort de la crise migratoire, et plus d’un millier de migrants passent leurs journées et leurs nuits dans ce parc. Il ne le sait pas encore mais cette soirée va opérer un tournant dans sa vie. Une rencontre en particulier a provoqué un déclic. "Ce jour-là, je suis tombé sur un enfant qui avait l’âge de mon fils. Il dormait dehors, par terre. Je me suis écroulé au sol et je me suis mis à pleurer", raconte le grand gaillard de 34 ans.

Le lendemain, il achète 150 tentes et les distribue aux migrants du parc. Dans celle du milieu installée depuis quelques jours, des bénévoles se réunissent pour trouver des solutions et des hébergements pour les migrants. "Je suis rentré dedans et je ne suis plus jamais ressorti". C’est là qu’est née la Plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés. L'association compte aujourd'hui un réseau de 10 000 hébergeurs citoyens permettant à environ 250 migrants de dormir au chaud chaque soir. 

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"Mon boulot c’était beaucoup de vent"

À ce moment-là, fin 2015, Mehdi travaille toujours. Le jour, le belgo-marocain, est chargé de communication pour une multinationale : "Mon boulot, c’était beaucoup de vent", juge le jeune homme avec recul. Ce n’est qu’en juin 2017, deux ans après son engagement auprès des migrants, qu’il quitte finalement son entreprise : "Je devenais à moitié schizophrène et n’en dormais plus. L’incohérence entre mon travail et le bénévolat me mettait mal à l’aise", raconte-t-il alors qu’il nous reçoit dans le bureau de l’association au sein du centre humanitaire de Bruxelles.

Aujourd’hui chômeur, il vit grâce aux indemnités perçues lors de la rupture à l’amiable de son contrat. Malgré de nombreuses propositions dans son ancien secteur d’activités, Mehdi ne s’imagine pas un seul instant revenir à son ancienne vie, même pour des questions financières. "Je préfère faire un petit boulot alimentaire et continuer en parallèle le bénévolat que de retourner là où j’étais. Mon avenir est militant".

Un engagement familial

Son engagement trouve sûrement ses origines dans son histoire familiale. Son arrière-grand-père était médecin et soignait les soldats au Maroc "sans distinction de nationalité". Le père de Mehdi n’est pas en reste et a toujours été un "mordu d’humanitaire" : lors de la guerre Iran / Irak, ce dernier s’occupait des réfugiés qui arrivaient en Belgique. "Sûrement une transmission inconsciente", concède Mehdi, en buvant son café d’une main et fumant sa cigarette de l’autre.

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Sa gouaille et sa "grande gueule" ont fait de lui aujourd’hui une figure incontournable de l’aide aux migrants dans la capitale belge. Un statut qui lui vaut d’être courtisé par des partis politiques, et d’être invité au Parlement par l’opposition alors que le gouvernement envisage la promulgation d’une loi qui permettrait d’arrêter les migrants chez les hébergeurs citoyens.

"J’ai lu aux députés la lettre d’une femme de 89 ans dont les parents cachaient des Juifs pendant la guerre et qui accueille des migrants chez elle. La situation d’aujourd’hui est quand même très similaire : cela ressemble à des bruits des bottes. Les Belges ont peur", conclut Mehdi.

 

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