La start up Meet My Mama valorise le talent culinaire d'immigrées ou réfugiées en France. Crédits : Meet my Mama
La start up Meet My Mama valorise le talent culinaire d'immigrées ou réfugiées en France. Crédits : Meet my Mama

Aidée par l’entreprise sociale et solidaire "Meet my Mama", une trentaine de femmes – réfugiées ou migrantes de première génération – ont pu faire de leur passion un métier et devenir cheffe en France.

Elles s’appellent Entissar, Soraya, ou Nitha. Elles étaient prothésiste dentaire, femme au foyer ou comptable dans leur pays d’origine, respectivement la Syrie, l’Algérie ou le Sri Lanka. Mais toutes avaient en commun une passion : la cuisine. Réfugiées ou immigrées de première génération, ces femmes ont réussi, après leur arrivée en France, à faire de leur passion un métier : elles sont devenues cheffes.

Comme elles, une trentaine d’autres femmes, dont 50% sont des réfugiées, ont bénéficié du coup de pouce de "Meet My Mama", une entreprise sociale et solidaire. Cette start-up fondée en 2016 par trois jeunes diplômés d’école de commerce, Youssef Oudahman, Donia Amamra et Loubna Ksibi, a pour objectif de "détecter et de valoriser les talents culinaires de mamas qui viennent des quatre coins du monde".

Des talents uniques
 
Nul besoin d’être une maman pour être "mama", il suffit juste d’être une femme et (très bonne) cuisinière. "Ces femmes ont un talent unique, et connaissent des recettes uniques, transmises de génération en génération", explique à Infomigrants Loubna Ksibi, l’un des trois fondatrices de Meet My Mama. "On voulait à la fois les valoriser, faire découvrir des cultures autres par la gastronomie et enfin provoquer des rencontres. La cuisine fait tomber des barrières, elle rassemble", poursuit-elle.

La startup repère ces "mamas" grâce à des ONG et des associations d’aide aux migrants - France Terre d’asile ou la Ruche - , grâce au bouche-à-oreille ou aux recommandations. Beaucoup viennent aussi directement frapper à sa porte. Ensuite, Meet My Mama les met en relation avec des entreprises pour qui elles cuisinent des déjeuners, des buffets thématiques  ou des cocktails. Les cuisinières sont rémunérées à la prestation.

"On voulait que ces femmes y trouvent un complément de revenus mais on s’est vite rendu compte que ce qu’elles gagnent avec ces prestations est souvent le revenu principal du foyer", poursuit Loubna Ksibi. "L’idée, c’est de les aider à devenir autonome et qu’elle puisse devenir indépendante". 

La prise de pouvoir des femmes

Plutôt que de l’insertion, les fondateurs de Meet My Mama  préfèrent dire qu’ils font de "l’empowerment féminin" (de la prise de pouvoir des femmes). Ses fondateurs souhaitent enrayer l’autocensure des femmes qui ne travaillaient pas, ou plus, en leur donnant tous les outils qui leurs permettront d’exercer en toute autonomie.

"Beaucoup de femmes avaient envie de faire la cuisine à un niveau professionnel mais elles ne se lançaient pas par manque de confiance ou ne savait pas comment s’y prendre. D’autant plus que la cuisine est un milieu particulièrement dominé par les hommes en France", ajoute Loubna. En effet, selon une étude l’Observatoire de l’hôtellerie-restauration (2011), la gastronomie reste la chasse gardée des hommes et seulement 25 % des cuisiniers professionnels sont des cuisinières.

Au-delà du milieu de la gastronomie, l’insertion professionnelle des migrantes et des réfugiées reste un défi majeur en France, et plus largement en Europe. Selon un rapport publié en décembre 2016 par "Pour la solidarité", un think tank européen, la recherche d’un emploi pérenne pour les réfugiés est un parcours du combattant  – barrière de la langue, information insuffisante sur le marché du travail, problème de la reconnaissance de qualifications étrangères. Pour les femmes, les obstacles sont plus nombreux encore en raison des "stéréotypes négatifs et discriminations".

"La ségrégation de l’emploi a un impact sur le travail des femmes immigrées, qui accèdent principalement à des métiers du secteur des services de proximité alors que les hommes ont des perspectives d’emploi plus variées. Elles subissent une double discrimination", peut-on lire dans le rapport.

"Mama académie"

Pour aider les femmes à prendre leur envol professionnel, Meet my mama a mis en place une  "académie", qui propose des cours de français appliqués à la restauration, des cours de gestion, des cours de sécurité alimentaire, des formations qualifiantes avec des chefs étoilés ou du coaching pour apprendre la prise de parole en public.  Un programme alléchant qui attire de plus en plus de candidates.

"Elles sont nombreuses sur la liste d’attente", confirme Loubna Ksidi, qui rappelle que l’objectif est de les rendre "autonomes pour qu'elles puissent laisser la place aux suivantes".  Et pour les intéressées, elle assure qu’il n’y a pas de conditions d’intégration à l’académie, si ce n’est l’envie.

>> Pour devenir "mama", contacter la start-up via le site Meet My Mama ou via Facebook

 

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