La Vie Active distribue des repas rue des Huttes, à Calais, le 6 mars 2018. Crédits  : Loan Torondel, bénévole pour l'ONG L'Auberge des migrants.
La Vie Active distribue des repas rue des Huttes, à Calais, le 6 mars 2018. Crédits : Loan Torondel, bénévole pour l'ONG L'Auberge des migrants.

Depuis le 6 mars, c’est l’État qui assure les distributions de nourriture à Calais, via l’association La Vie Active. Méfiants, les migrants ont en grande majorité déserté les lieux lors de la journée de lancement du dispositif. Les ONG mettent en cause le choix des sites.

À Calais, les migrants restent sur leurs gardes. Depuis le 6 mars, c’est l’État français qui s’occupe de la distribution des repas. Le préfet du Pas-de-Calais avait annoncé qu’environ 700 repas allaient être distribués quotidiennement (350 rations le matin et le soir). Mais les premiers chiffres communiqués par la préfecture sont éloquents : seuls 218 repas ont été distribués le 6 mars. Lors de cette première journée, les migrants ont préféré de déserter les lieux, quitte à ne pas manger.

"Ça n’a pas été un franc succès. Le matin, il n’y a eu quasiment personne aux points de distribution", atteste Charlotte, bénévole à l’association Utopia 56. Dans l’après-midi, un groupe de 80 à 100 personnes, quasi intégralement composé d’Érythréens, s’est finalement présenté à Virval, "parce qu’ils avaient trop faim".

Mardi, deux sites de distribution avaient été mis en place dans la ville de Calais :  

-         Rue des Huttes : distribution le matin de 9h à 10h, puis le soir de 15h à 16h30

-         Zone d’activité du Virval (près du centre hospitalier) : distribution le matin de 10h à 11h, puis le soir de 16h30 à 18h.

Depuis le mercredi 7 mars, un troisième site est ouvert au nord de la zone industrielle Marcel Doret, à côté d’un terrain de BMX.

>> Sur Infomigrants : À Calais, l'État distribue quelque 700 repas par jour à la place des associations

"L’État donne d’une main et reprend de l’autre"

Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette désertion, le 6 mars. D'abord, la présence en nombre de caméras et de journalistes venus couvrir l’événement mardi matin. Plus structurellement, le choix des sites de distribution est mis en cause par les ONG.

Les sites choisis par la Préfecture sont excentrés, en périphérie de Calais, et le trajet est long pour les personnes qui vivent en centre-ville. Par ailleurs, à la rue des Huttes, le dispositif de sécurité est dissuasif. Entouré de barbelés, "il donne une impression de piège", explique Charlotte. Et la défiance à l’égard de l’État reste très présente parmi les migrants : ils ont peur que les distributions deviennent une occasion pour la police de prendre leurs empreintes ; ils redoutent surtout que les CRS en profitent pour détruire leurs tentes. Selon Utopia 56, la police a procédé à deux démantèlements mardi soir à Calais.

"L’État leur donne à manger d’une main et elle reprend de l’autre", commente Charlotte. "Refuser de manger les repas du gouvernement est une décision politique de la part des migrants. Ils ne veulent rien accepter de la part de ceux qui les harcèlent en permanence".

Le site de distribution de repas par ltat rue des Huttes  Calais est entour de barbels Crdits  Loan Torondel Auberge des migrants Virval, un lieu qui fait peur  

Quant au site de Virval, il reste associé à un événement traumatique : c’est là qu’ont éclaté, le 1er février, deux rixes impliquant une centaine de migrants. Dix-huit personnes avaient été blessées, dont quatre par balle. Selon les associations, des Kurdes et des Afghans s'en étaient pris à des Érythréens.

"Ce site est un très mauvais choix car de nombreux migrants – qu’ils aient été acteurs de ces violences ou victimes – ne veulent plus y retourner", explique Charlotte. Poussés par la faim, un groupe d’Erythréens a fini par se rendre à Virval vers 17h. "Ils se sont déplacés en groupe par sécurité, parce qu’ils ont peur. Et ils nous ont ensuite confié qu’ils n’étaient pas sûrs d’y retourner", ajoute la bénévole. Quelques Afghans ont également été aperçus aux alentours du site, mais eux aussi ont exprimé leurs craintes aux associations.

Interrogée par Infomigrants, la préfecture déclare qu'elle va maintenir les sites de distributions à la rue des Huttes et à Virval, tout en ajoutant celui de "Marcel Doret". Un "signe d’adaptation", salué par les ONG. Du côté de la préfecture, on assure que " le dispositif est ajustable et pourra faire l’objet d’adaptation en fonction des retours et des besoins".

 

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