Nitharshini Mathyalagan lors d'une prestation culinaire au siège de Airbnb France. Crédits : Jawad Allazkani
Nitharshini Mathyalagan lors d'une prestation culinaire au siège de Airbnb France. Crédits : Jawad Allazkani

Arrivée en France avec sa fille en 2015 après huit ans en Malaisie, Nitha, reconnue pour ses talents de pâtissière, est devenue cuisinière professionnelle grâce au coup de pouce d’une start-up sociale et solidaire, Meet My Mama. Aujourd’hui, cette réfugiée politique espère pouvoir se lancer en auto-entrepreneur. Entretien avec une femme inspirante.

Son vrai nom est Nitharshini Mathyalagan. Mais, en France, elle se fait appeler "Nitha", c’est plus simple. Originaire du Sri Lanka, cette réfugiée politique tamoule de 35 ans est arrivée à Paris en 2015, avec sa fille Hereshini, 9 ans à l’époque. Son mari, lui, n’a pas pu la suivre à ce moment-là. Après avoir surmonté le parcours du combattant d’un demandeur d’asile en France, Nitha a obtenu le statut de réfugiée, puis elle a réussi à faire de sa passion pour la cuisine un métier : elle est devenue cheffe. Aujourd’hui, elle s’apprête à passer auto-entrepreneur. À terme, son rêve serait d’ouvrir une boulangerie en France. Elle raconte à Infomigrants son parcours et ses envies. 

Comment êtes-vous arrivée en France ?

Je suis Tamoule et ma famille était persécutée au Sri Lanka [de 1983 à 2009, une guerre civile a opposé les Tamouls – hindous – et les Cingalais – bouddhistes] . En 2007, nous sommes partie avec ma famille pour la Malaisie. Là, nous avons vécu dans un camp du HCR où les conditions de vie étaient très dures : on n’avait pas de papier, on n’avait pas le droit de travailler, ma fille ne pouvait pas aller à l’école. Nous avons donc demandé au HCR d’être relocaliser. C’est comme ça que nous sommes arrivées en France en 2015. 

Comment s’est passée votre arrivée en France ?

Là aussi, ça a été difficile au début : mon mari n’a pas pu nous suivre et il était resté coincé à Kuala Lumpur. Il n’a réussi à nous rejoindre que récemment, il y a six mois. Au début, j’étais seule avec ma fille. Nous avons partagé un logement avec deux familles sri-lankaises à Créteil, puis à Aubervilliers. Et pour les papiers, ça a été long mais nous avons obtenu le statut de réfugiées avec ma fille et un permis de séjour de 10 ans.

La cuisine a toujours été une passion pour vous ?

Au Sri Lanka, j’étais comptable et je ne cuisinais pas du tout, même pas chez moi ! C’était ma mère qui faisait la cuisine, ou mon mari qui est un bon cuisinier. Mais je regardais ma mère faire. En Malaisie, il fallait qu’on gagne un peu d’argent alors j’ai commencé à travailler dans une cantine. Alors j’ai appris sur le tas, et mon mari m’a aidée ! Je cuisinais pour les étudiants. Petit à petit, j’ai progressé, j’ai pris des cours pour apprendre à cuisiner des gâteaux. Les gens ont commencé à me complimenter sur ma cuisine. Alors, j’ai commencé une activité de traiteur.

Comment avez-vous rebondi après être arrivée en France ?

En France, j’ai rencontré Youssef [Oudhaman, cofondeur de la start-up Meet My Mama, qui "développe des talents culinaires"] presque par hasard, grâce à une assistante sociale de France Terre d’Asile. On a parlé toute une après-midi et j’ai aimé sa façon de voir les choses : il m’a dit que je pouvais cuisiner ce que je voulais. C’est comme ça que je suis devenue une "mama". Au début, Meet My Mama m’a aidé sur tout : ils m’ont acheté de quoi cuisiner, m’ont trouvé des clients, etc… J’ai commencé à travailler sur des événements, à rencontrer beaucoup de monde de toutes les nationalités. J’aime beaucoup rencontrer tous ces gens.

Quels conseils donneriez-vous à une femme, réfugiée comme vous ou demandeuse d’asile, qui voudrait se lancer ?

Il faut avoir confiance, ne pas hésiter à lancer son affaire, et travailler dur et honnêtement. Après, c'est sur, elles atteindront leur but. C’est très bon pour les femmes de monter un business, même si le statut d’auto-entrepreneur n’est pas facile. Mais maintenant, je peux faire vivre ma mère [également en France], et ma fille. Je suis indépendante. Pour la première fois depuis que je suis arrivée en France, je me sens fière. Et le regard de ma fille a changé aussi.

Aujourd’hui, la cuisine est devenue votre activité principale. Quels sont vos projets ?

Dès que j’aurais passé mon permis de conduire et que je parlerais mieux français [Nitha fait actuellement une pause de 6 mois pour se consacrer à ces deux activités à plein temps], j’envisage de me lancer comme auto-entrepreneur. Et après, mon rêve est d’ouvrir une boulangerie.

 

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