Depuis le début de l'année, 40 enfants ont été enfermés en centre de rétention. Crédit : Pixabay
Depuis le début de l'année, 40 enfants ont été enfermés en centre de rétention. Crédit : Pixabay

Malgré les alertes du Défenseur des droits et les condamnations de la Commission européenne des droits de l’homme, le nombre d’enfants enfermés en centre de rétention ne cesse d’augmenter. Une situation qui inquiète les associations et les psychologues.

Depuis plusieurs mois, la Cimade, une association qui aide les migrants à défendre leurs droits, tente d’alerter sur la situation des enfants enfermés en centre de rétention administrative (CRA), dont le nombre ne cesse d’augmenter. Dans un communiqué publié mardi 6 mars intitulé "Enfants en rétention : le degré zéro de l’humanité", l’ONG qui est présente dans 8 CRA en France estime que "cette pratique traumatisante est marquée par des violations de plus en plus grave des droits fondamentaux, au mépris de l’intérêt supérieur des enfants".

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En 2016, la France a d’ailleurs été condamnée par la Commission européenne des droits de l’homme pour "pratiques dégradantes et inhumaines".

Selon les chiffres du Défenseur des droits, la France (sans compter Mayotte) a enfermé l‘an dernier 275 enfants dont de nombreux nourrissons "soit presque autant que durant les années 2012, 2013, 2014 et 2015 réunies". Depuis le 1er janvier 2018, 40 enfants ont été placés en rétention.

Une personne peut être placée en CRA lorsque sa demande de régularisation a été refusée. La préfecture souhaite ainsi la renvoyer dans son pays d'origine. 

"On considère les migrants comme des criminels"

"La situation est extraordinairement dramatique", signale à InfoMigrants Jean-Claude Mas, secrétaire général de la Cimade. "Le nombre d’enfants enfermés est en constante évolution depuis des années mais on note une nette accélération depuis l’arrivée de Macron. Aujourd’hui, on enferme tout azimut".

Dans un communiqué rendu public mercredi 7 mars, le Défenseur des droits Jacques Toubon estime que "la place d’un enfant n’est pas dans un lieu d’enfermement, même organisé pour ‘accueillir’ des familles, et ce quel que soit le comportement de ses parents ou leur situation administrative".

Les conditions de vie dans les centres de rétention sont en effet très dures et rappellent à certains égards celles d’un régime pénitentiaire. Le lieu est généralement entouré de barbelés, le mobilier est scellé, des policiers en tenue arpentent les couloirs du centre et autorisent les allers et venues des personnes retenues, les portes sont équipées de verrou et les zones communes de caméras… Les individus non coopératifs peuvent être enfermés dans des cellules d’isolement. De plus, rien n’est prévu pour les enfants : pas de zones de jeux ni d’accès à l’école. "Le centre de rétention renvoie clairement à l’univers carcéral. On considère les migrants comme des criminels", s’indigne Jean-Claude Mas.

Dans certains CRA, des dysfonctionnements peuvent également mettre la vie des plus jeunes en danger. Dans la nuit du 28 février au 1er mars, le chauffage ne fonctionnait pas dans le centre du Mesnil-Amelot, au pied des pistes de l’aéroport Roissy Charles-de-Gaulle. Ainsi, dans une chambre où dormait un prématuré, le thermomètre affichait seulement 10 degrés. "Gérard Collomb [ministre de l’Intérieur, NDLR], nous n’oublierons jamais votre inhumanité", a tweeté le 1er mars Nicolas Braun, membre de la Cimade.

"Certains bébés sont couverts d’eczéma lors de la détention"

En outre, l’enfermement peut amener chez un enfant un sentiment d’angoisse et provoquer d’importantes séquelles : strabismes divergents ponctuels, mutisme, repli sur soi, violences, problèmes d’adaptation et d’intégration liés à l’absence d’échanges avec ses semblables… "L’enfant ne comprend pas ce qu’il fait en centre de rétention. Il se demande ce qu’il a fait de mal pour se retrouver là. Il angoisse alors son corps s’exprime sous différentes formes. Certains bébés sont par exemple couverts d’eczéma lors de la détention", explique à InfoMigrants Omar Guerrero, psychologue clinicien et psychanalyste au centre Primo Levi.

Le passage d’un enfant en centre de rétention le confronte de manière brutale au monde des adultes auquel il n’est pas préparé. "Ceux qui sont passés par là perdent leur naïveté, leur pureté et leur imaginaire. Leurs discours peut devenir plus crus et empreints de tristesse", précise encore Omar Guerrero. "On nie leur humanité. On renouvelle la persécution qu’ils ont connue dans leur pays. Cela ne peut avoir que des répercussions négatives", conclut-il.

La Cimade n’a eu de cesse ces dernières années de réclamer la suppression des lieux de privation de liberté, particulièrement pour les enfants. "Même si certaines familles ne restent que 24 ou 48 heures, c’est déjà inacceptable !", juge Jean-Claude Mas.

 

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