Certains réfugiés craignent que leurs portables ne les mettent en danger. Crédit : DPA
Certains réfugiés craignent que leurs portables ne les mettent en danger. Crédit : DPA

Avec la croissance des médias sociaux dans le monde entier, de plus en plus de migrants utilisent leurs smartphones et des applications mobiles pour organiser leurs voyages. Mais ne doivent-ils pas avoir peur de la surveillance et du contrôle de leurs communications ?

Une étude réalisée en septembre 2015 par la Croix-rouge a révélé que la grande majorité des migrants possédaient un smartphone. Vous qui lisez cet article, vous avez sans doute un smartphone. Si vous êtes un migrant, votre portable est sans doute incroyablement important pour vous. Vous l’avez peut-être utilisé pour organiser votre voyage avant de partir, ou pour obtenir des informations en route. Mais vous êtes-vous déjà demandé qui pourrait avoir accès à vos communications, et comment vos données pourraient être utilisées ?

Les smartphones, un "must" pour de nombreux migrants

Selon le Haut commissariat des Nations-Unies pour les réfugiés (HCR), tous les réfugiés n’ont pas un smartphone : ils sont environ deux fois moins nombreux que la population en général à en posséder un. Mais pour beaucoup de ceux qui en ont un, les réseaux sociaux et les applications de messageries constituent une sorte de bouée de sauvetage. Selon le rapport Getting to Europe the ‘WhatsApp’ Way, publié par le Conseil danois pour les réfugiés en 2016, les migrants ont de plus en plus recours à Facebook, Twitter, WhatsApp, Skype et Google Maps.

Des migrants en train de charger leurs portables dans un camp  la frontire grco-macdonienne

Ils utilisent ces applications pour traduire, se diriger, se renseigner sur les itinéraires et les fermetures de frontières, connaître les coûts de la migration, les meilleures destinations, savoir comment éviter la police et les garde-côtes, trouver des passeurs fiables, se renseigner sur les escroqueries, mais aussi pour documenter leur voyage. 


“ En 2015, un groupe de langue arabe sur Facebook intitulé "Passage clandestin en Europe" comptait 23 953 membres et "Comment émigrer en Europe" en comptait 39 304. “
_ Cartographie des déplacements de réfugiés, The Open University, mai 2016.

Une fois la migration accomplie, les smartphones deviennent une partie importante de la vie quotidienne des migrants - ils peuvent les aider à s'intégrer dans le pays d'accueil et, surtout ils leur permettent de maintenir des liens et de soutenir la famille et les amis à l’étranger.

Mais si des organisations humanitaires comme la Croix Rouge ou le HCR peuvent utiliser la surveillance numérique pour aider les migrants, quel est le risque que d’autres puissent l’utiliser pour leur nuire ?

Les rfugis sont moins susceptibles que les autres davoir un smartphone mais pour ceux qui en ont un les applications de messagerie et les mdias sociaux sont presque aussi utiles que la nourriture et le fait davoir un logement

Toutes les applications ne sont pas égales

Parmi les applications, certaines sont sécurisées, d’autres le sont par contre beaucoup moins. Pour l’instant, WhatsApp est entièrement cryptée, ce qui signifie que seules les personnes qui communiquent peuvent lire les messages. Cela fait de cette application un bon choix : elle est très utilisée par les réfugiés interrogés par Carleen Maitland du Collège des sciences et technologies de l’information de la Penn State University.

Facebook Messenger offre également un cryptage de bout en bout, mais pas par défaut. Snapchat et les SMS ne sont pas cryptés de bout en bout, ce qui les rend plus susceptibles d’être surveillés.

Mais même un cryptage de bout en bout ne garantit pas que vos communications resteront privées. Si vous sauvegardez des messages dans le "cloud" ou si votre téléphone est saisi, vos données peuvent être consultées par une tierce personne.

Des traces numériques

Le professeur Marie Gillespie de l’Open University a dirigé une étude à grande échelle sur l'utilisation des smartphones par les réfugiés. Elle explique qu'au cours du voyage d'un migrant, son téléphone peut être saisi par la police, les garde-côtes ou les combattants de l'État islamique, avec des conséquences catastrophiques. "Des images ou des informations sur leurs téléphones peuvent faire mourir des réfugiés s'ils se retrouvent du mauvais côté ", affirme Marie Gillespie.

Étant donnée cette énorme responsabilité, de nombreux migrants tentent de se protéger en s'en tenant aux applications cryptées, en utilisant des pseudonymes et des avatars, en évitant les groupes de médias sociaux ouverts et en changeant le plus souvent possible de cartes SIM.

Surveillance de l’Etat – ce que les autorités européennes peuvent faire

S'il n'y a pas de danger immédiat qu'un smartphone ou ses données soient saisis par les milices, les données d'un migrant peuvent également être surveillées par l'État à différents stades de son voyage, ainsi qu'après son arrivée en Europe. Selon Carleen Maitland, les pays d’accueil surveillent les communautés de réfugiés.  

InfoMigrants a demandé au Bureau des migrations et des affaires intérieures de la Commission européenne si les réfugiés devaient remettre leurs téléphones portables aux autorités. La Commission a répondu que c'était à chaque État membre d’en décider, car le droit européen ne règlemente pas cette question.

En Allemagne, d’après une porte-parole du ministère de l’Intérieur, les autorités ne peuvent consulter les données contenues dans le téléphone d'un migrant que si la personne ne peut ou ne veut pas fournir une preuve de son identité et de sa nationalité, tel qu’un passeport en cours de validité.

La porte-parole Annegret Korff a déclaré à InfoMigrants que seules des métadonnées pouvaient être obtenues, et qu'elles ne pouvaient être utilisées que par l'Office allemand des migrations, le BAMF. Avant, les métadonnées désignaient les informations sur les appels et les messages, mais pas sur le contenu. Aujourd’hui, elles représentent bien davantage, y compris des données telles que des adresses mail, les sites Internet consultés, les fichiers téléchargés et les informations de localisation GPS.

Un prix à payer

De nombreux migrants sont très préoccupés par la surveillance numérique. Les recherches effectuées par Carleen Maitland ont montré que certains ont peur que les autorités de leur pays d’origine ne les recherchent. Ils craignent également d’être renvoyés chez eux par le pays d’accueil. Des réfugiés syriens interrogés par la Open University et France Médias Monde ont déclaré avoir peur des représailles de la part d'organisations ou de gouvernements qui pourraient surveiller les médias sociaux. “Ils craignent non seulement pour leur propre sécurité mais aussi pour celle des membres de leur famille qui sont encore en Syrie”, explique Carleen Maitland. 

Cependant, ajoute-t-elle, certaines personnes ne s'opposent pas à ce que leurs communications soient surveillées - par exemple, celles qui viennent des États qui exercent un contrôle sur leurs habitants. Après tout, dans la population, nombreux sont ceux qui sont prêts à partager leurs données personnelles avec des entreprises privées comme Facebook, qui a déclaré à la fin de l’année dernière avoir 2,2 milliards d'utilisateurs actifs par mois.

Catleen Maitland explique que certains migrants considèrent la surveillance comme "un prix qu’ils sont prêts à payer pour faciliter la communication". Mais si leur smartphone est volé ou saisi, ou s'ils sont traqués à cause d'un message Facebook, ils découvrent trop tard que le prix était trop élevé.

En tout état de cause, il est impossible de savoir exactement quels types et quelle quantité d'informations numériques nous fournissons. Les experts de la cybersécurité et des droits de l'Homme craignent que le droit à la vie privée de chacun d'entre nous, y compris des migrants, ne soit érodée.

 

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