Plus de 1 000 migrants vivent sur les bords du canal Saint-Denis, selon l'association Paris Refugee Ground Support. Crédit : Julia Dumont/ InfoMigrants
Plus de 1 000 migrants vivent sur les bords du canal Saint-Denis, selon l'association Paris Refugee Ground Support. Crédit : Julia Dumont/ InfoMigrants

Des dizaines de tentes sont alignées sur les bords du canal Saint-Denis, à deux pas de la porte de la Villette, dans le nord de Paris. Plus de 1 000 migrants vivent dans ce camp improvisé, selon l'association Paris Refugee Ground Support. Certains aimeraient demander l’asile en France mais la plupart sont des "dublinés ".

Sous le pont du périphérique, au bord du canal Saint-Denis, dans le nord-est de Paris, des dizaines de tentes de toutes les couleurs sont disposées en rangs serrés. Parmi les centaines de migrants qui vivent dans ce camp de fortune, beaucoup sont encore en train de dormir ce mercredi matin. Malgré le soleil qui pointe, les nuits de mars sont froides à Paris et les habitants du camp manquent de couvertures.

Ils manquent aussi d’informations. Ici, la plupart des migrants sont des jeunes hommes originaires d’Érythrée et du Soudan. De temps à autre, une jeune femme traverse discrètement les rangées de tentes. Selon Médecins du monde (MdM), elles seraient une quinzaine à vivre dans le camp.

Certains exilés aimeraient demander l’asile en France mais "près de 70 % d’entre eux sont des ‘dublinés’ ou des déboutés [du droit d’asile]", explique Yann Manzi de l’association Utopia 56. Cela signifie que leurs empreintes digitales ont déjà été prises dans un autre pays européen (bien souvent l’Italie ou la Grèce) et que la France leur refuse la possibilité de demander l’asile sur son sol car ils sont censés faire leur demande dans ce pays.

>> À lire : Asile : ces déboutés qui pensent, à tort, avoir une chance dans un autre pays européen

Dans le camp improvisé au bord du canal, de nombreux "Dublinés" ne savent plus où aller. Crédit : Julia Dumont/ InfoMigrantsPour plusieurs d’entre eux, le règlement de Dublin n’est pas clair. Un jeune homme demande avec insistance où il peut déposer ses empreintes en France mais reconnaît qu’elles ont déjà été prises en Italie. Il a entendu parler de l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides) mais ne sait pas comment y prendre rendez-vous.

Démantèlement à venir ?

Certaines personnes ne sont ici que depuis quelques jours, d’autres depuis le mois de décembre. Tous les migrants rencontrés ce jour s’accordent à dire qu’ils ne bénéficient d’aucune aide. Pourtant, l’association Paris Refugee Ground Support passe souvent distribuer des biens de première nécessité (nourriture, couvertures…), des habitants du quartier viennent apporter de la nourriture et Médecins du monde assure désormais des permanences médicales deux fois par semaine.

"On voit une quarantaine de personnes chaque jour. On fait un état des lieux des problèmes de santé pour prévenir notamment les risques de gale et de tuberculose qui restent cependant très rares", précise Louis Barda, responsable de la prise en charge des migrants à Paris à MdM.

En plus de ces aides mobiles, plusieurs associations, dont Utopia 56, effectuent des distributions de nourriture à la porte de la Chapelle toute proche. Dans le camp du canal Saint-Denis, les migrants sont nombreux à avoir tenté de se rendre dans le centre de premier accueil qui s’y trouve, avant de se décourager. Il fallait attendre des heures pour pouvoir rentrer, disent-ils.

"Avec la fermeture du centre prévue pour la fin du mois de mars, les entrées sont désormais comptées", reconnaît Yann Manzi. Pour lui, ce n’est qu’une question de jours avant que le camp improvisé le long du canal ne soit évacué et les migrants envoyés vers des centre d’accueil et d’examen des situations (CAES). Une solution qu’il déplore : "Ces centres ont été ouverts pour eux mais ils ne veulent pas y aller car ils ne veulent pas être renvoyés de là où ils viennent. Donc ils se regroupent et ils tournent en rond. Avec ces systèmes, on peut imaginer que des Calais bis vont émerger dans beaucoup d’endroits".

En janvier dernier, le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb avait annoncé la création de 200 places en CAES dans chaque région.

 

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