Une affiche de campagne de Viktor Orban. Crédit : Reuters
Une affiche de campagne de Viktor Orban. Crédit : Reuters

Le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, a été reconduit à la tête de la Hongrie. Défenseur des "valeurs chrétiennes", anti-immigration, Orban est aussi accusé de détention arbitraire avec les demandeurs d’asile. Focus sur sa politique migratoire.

Viktor Orban, âgé de 54 ans, a été reconduit pour un nouveau - et 3e - mandat à la tête de la Hongrie. L’homme, populiste, est connu pour sa sévérité politique envers les migrants et demandeurs d’asile. Va-t-il en changer ? Il n'en a pas l'intention.

Surfant sur le succès de son parti, Le Fidesz, dans les urnes, Orban va continuer à mettre en œuvre son plan d’action : fermer ses frontières et ainsi empêcher des "milliers de migrants d’Afrique et du Moyen-Orient" - qu’il a qualifiés de "poison" - de s’installer dans le pays.

Petit point sur la politique migratoire de Viktor Orban en Hongrie.

-          Envoyer automatiquement les demandeurs d’asile en centres de détention

Selon la loi en vigueur en Hongrie, tous les migrants qui entrent dans le pays sont automatiquement placés dans des centres de détention, des "zones de transit" installées près de la frontière où les demandes d’asile sont traitées au compte-goutte. Cette mesure est dénoncée par de nombreuses ONG, dont Amnesty international.

>> À relire : "Reportage : les listes opaques qui régissent les passages des migrants de la Serbie à la Hongrie"

Cette détention automatique, sans contrôle judiciaire, concernent également les mineurs non-accompagnés âgés de 14 à 18 ans. 

La détention est effective pendant toute la durée de la procédure d’asile, recours compris. La loi prévoit aussi l’expulsion de tous les migrants en situation irrégulière interpellés sur le territoire hongrois.

-         Ne pas ouvrir ses frontières

Située sur la route des Balkans largement empruntée par les migrants au plus fort de la crise migratoire en 2015, la Hongrie a été un lieu de passage pour des milliers d'entre eux avant que le pays ne décide de fermer ses frontières. 

Le pays a ensuite fait ériger un mur de barbelés à sa frontière méridionale, avec la Serbie et la Croatie pour empêcher la venue de migrants. Et en août 2017, Viktor Orban a demandé à Bruxelles de rembourser à la Hongrie la moitié des 800 millions d’euros que Budapest dit avoir dépensé pour ériger cette barrière. 

Le pays fait également partie du groupe Visegrad (rassemblant aussi la Pologne, la République tchèque et la Slovaquie), tous unis dans leur refus d’accueillir des réfugiés. En accord avec cette politique, la Hongrie a refusé de prendre sa part dans la répartition des réfugiés en Europe (politique des quotas), imposée par l’Union européenne.

-         "Stop Soros" : maintenir la pression sur les ONG d’aide aux migrants

Le gouvernement de Viktor Orban a présenté en début d’année un projet de loi intitulé "Stop Soros". La mesure cible les ONG de défense de demandeurs d’asile - soutenues par la fondation de George Soros Open Society. Soros, ennemi juré d’Orban, est un milliardaire américain d’origine hongroise qui soutient les ONG d’aide aux migrants, de défense des droits de l’homme.

Concrètement, pour travailler, les ONG vont devoir demander une licence au ministère de l’Intérieur hongrois et rendre des rapports d’activité régulièrement. Si elles refusent, elles écoperont d’une amende. Et si l’infraction persiste, elles pourront être interdites d’activité. La loi prévoit aussi d’instaurer une taxe punitive pour les associations percevant plus de fonds de l’étranger que de la Hongrie.

Viktor Orban accuse régulièrement les ONG d’"encourager" l’immigration illégale.

-         Lutter contre le "grand remplacement"

Lors de sa campagne, Orban a réaffirmé à quel point les migrants représentaient une menace pour "le mode de vie" hongrois. "Nous sommes confrontés à une migration de masse, qui menace de balayer notre ordre”, a-t-il déclaré.

Dans cette logique de "menace", Viktor Orban n’hésite pas à évoquer le danger d’un "grand remplacement" qui serait, selon lui, mis en œuvre et encouragé par l’Union européenne et son vieil ennemi, George Soros.

Selon cette théorie délirante, la population chrétienne du continent européen serait sciemment "remplacée" par des immigrés de confession musulmane. "Bruxelles [...] veut diluer la population de l’Europe et la remplacer, pour se débarrasser de notre culture, de notre mode de vie", a déclaré le dirigeant hongrois.

La "Hongrie chrétienne" devait préserver son "homogénéité ethnique". "En Afrique, il y aura dix fois plus de jeunes qu’en Europe. Si l’Europe ne fait rien, ils vont enfoncer la porte et nous écraser", déclarait Viktor Orban dans un discours le 15 mars.

Les demandes d’asile sont passées de 175 000 (en 2015) à 4 000 (en 2017). La Hongrie n’a accordé le statut de réfugié statutaire qu’à 106 personnes, l’année dernière. 


 

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