Reshad souhaite continuer sa carrière de mannequin en France. Crédit : InfoMigrants
Reshad souhaite continuer sa carrière de mannequin en France. Crédit : InfoMigrants

Alors qu’il menait une carrière de comédien et de mannequin en Afghanistan, Reshad Nikzad a été contraint de fuir son pays. Aujourd’hui réfugié en France, il raconte à InfoMigrants les difficultés qu’il rencontre pour exercer son métier.

"Il y a quelques semaines, j’étais prêt à retourner en Afghanistan quitte à risquer ma vie". Ces mots sont ceux de Reshad Nikzad, un réfugié afghan de 27 ans. Arrivé en France fin 2015, celui qui a fui les menaces des Taliban dans son pays d’origine dit souffrir aujourd’hui de dépression.

En quittant son pays, Reshad a tout perdu. Comédien, mannequin pour des grandes marques, responsable d’une société de production de films, présentateur pour des programmes télévisés notamment la version afghane de "Qui veut gagner des millions"... Là-bas, il était sous le feu des projecteurs et menait une vie confortable. Le jeune homme utilisait sa notoriété pour dénoncer les travers et les tabous de la société afghane. "Je luttais contre les extrémistes. J’estimais que c’était ma responsabilité de militer sur place, à l’intérieur de mon pays", explique-t-il aujourd’hui.

"C’était la fuite ou la mort"

Mais face aux menaces insistantes et aux agressions physiques dont il a été victime, sa famille le pousse à s’enfuir. "Moi, je voulais rester mais c’était devenu trop dangereux. C’était la fuite ou la mort", souffle Reshad.

Reshad était mannequin en Afghanistan. Crédit : Reshad NikzadIl décide alors de prendre la route de l’exil, en suivant les conseils d’un passeur. "Il m’avait dit que c’était plus simple au Royaume-Uni, que la vie en France était trop difficile pour les migrants et les réfugiés. Alors en arrivant dans l’Hexagone, j’ai cherché à rejoindre Calais". Son arrivée en France le conforte dans sa décision. En sortant du train à Paris - en provenance d’Allemagne – la police le contrôle et lui demande son visa. "Je suis acteur, je n’ai pas besoin de visa", leur répond naïvement le jeune homme. Il est alors envoyé en centre de rétention où il restera douze jours.

Remis en liberté, Reshad se retrouve livré à lui-même dans un pays où il ne connait personne et dont il ne parle pas la langue. Alors qu’il erre dans la rue, l’Afghan fait la connaissance d’un Français qui le prend sous son aile et l’accueille dans son appartement. "C’était comme un miracle. Avant cette rencontre, je n’aimais pas la France, avoue-t-il un peu gêné. Mais cet homme m’a fait changer d’avis".

"En France, je ne peux pas exercer mon métier"

Reshad décide finalement de déposer une demande d’asile en France et obtient le statut de réfugié six mois plus tard. Mais c’est rapidement la désillusion. "J’ai vite compris qu’avec mon statut de réfugié afghan je ne pouvais pas voyager dans certains pays et que ma carrière était compromise". Certains États refusent en effet de délivrer des visas aux réfugiés. Parmi eux, l’Arabie Saoudite et la Turquie, deux pays où Reshad avait signé des contrats de mannequin et de comédien. "Je suis passé à côté de 70 000 euros de contrats", résume-t-il. "Je suis très déçu car je ne peux pas exercer mon métier. Je tourne en rond. Pour moi, l’année 2017 est une année perdue. Et le temps passe trop vite donc je ne peux pas me permettre de perdre une année".

Reshad, lors du tournage d'un film en 2014. Crédit : Reshad NikzadÀ cela s’ajoutent les difficultés pour trouver un logement et un travail régulier. Reshad ne s’attendait pas à tant d’obstacles et sombre rapidement dans la dépression, au point d’envisager de retourner dans son pays malgré les menaces. "Au moins là-bas, je pourrais continuer à travailler dans mon domaine", explique-t-il.

Ses lacunes en français ne facilitent pas sa situation. "J’ai pensé à demander la nationalité française mais je ne parle pas assez bien la langue et je n’ai pas de contrat de travail en France", soupire-t-il. Avec l’aide de ses amis et d’une association qui le suit depuis son arrivée, il a écrit à la Ministre de la culture pour lui expliquer sa situation. En attendant, il réfléchit à faire autre chose, comme ouvrir un restaurant en France. "L’avenir est à moi", conclut-il, sourire aux lèvres, comme pour se donner du courage.

 

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