REUTERS/Goran Tomasevic | Déplacés de l'Ituri, Bunia, camp de tentes. (Image d'illustration)
REUTERS/Goran Tomasevic | Déplacés de l'Ituri, Bunia, camp de tentes. (Image d'illustration)

En Ituri, alors que les autorités incitent les populations déplacées à rentrer chez elles, après quelques semaines d’accalmie, les habitants disent leur besoin d’explications et de justice après la série de violences et de tueries perpétrées entre décembre et mars dernier, impliquant les communautés Hema et Lendu, et qui ont surpris par leur ampleur, 15 ans après la fin de guerre civile. D'après le gouverneur de la province, les enquêtes sont en cours. Les dossiers de 80 personnes arrêtées au mois de février ont été transférés à l’auditorat militaire.

Deux hommes discutent sur le parvis de l’église de Fataki. L’un est Lendu, l’autre est Hema. Avant d’être obligés de fuir chacun de leur côté, ils vivaient paisiblement en voisins. De retour chez eux, ils veulent comprendre pourquoi un tel regain de violence. « C'est une guère assez particulière. On n'en connaît pas exactement la source... Mais je crois qu'on va reconstituer exactement ce qui s'est passé. Que la justice soit faite. Nous n'avons pas besoin de la guerre », estime l'un d'eux.

De source judiciaire, 80 personnes ont été arrêtées en février-mars par la police et par l’armée, puis transférées à l’auditorat militaire. Parmi eux, une majorité de Lendu mais aussi des Hema et plusieurs mineurs. Très peu d'informations ont filtré sur leur identité. L’enquête avance lentement. La Monusco doit fournir un appui logistique et technique. A l'issue de sa visite à Bunia en Ituri, Leila Zerrougui, nouvelle numéro 1 de la Monusco, a insisté sur la nécessité que justice soit faite après le regain de violences observé depuis janvier 2018 dans le territoire de Djugu.

« J’espère surtout qu’ensemble, on essaie d’aller s’attaquer aux sources du problème parce que ce n’est pas seulement de mettre un pansement sur la blessure mais de la soigner, et permettre que ce qui s’est passé à Djugu ne se propage pas, que les auteurs répondent de leurs actes, soient identifiés non pas comme Lendu ou Hema, mais comme monsieur untel, madame untel, qui a fait un, deux, trois et s’est établi, et on respecte les normes d’un procès équitable et on les juge. Le procureur militaire enquête. On apporte un appui à cette enquête et nous espérons le plus tôt possible, sans qu’on verse dans la justice vengeance, expéditive, mais une justice qui rend justice et qui apaise les cœurs », a déclaré Leila Zerrougui.

« Il ne faut pas seulement qu'on mette la main sur ceux qui ont été pris en flagrant délit, pour ainsi dire, mais il faudrait voir, remonter plus loin le fil, jusqu'à atteindre ceux qui incitent les gens, voir qui est à l'origine de tout ce qui se passe dans la région. Il faudrait balayer le mal à la racine pour que cela finisse une fois pour toutes », estime, pour sa part, l'abbé de Fataki, Jean Lojunga qui attend beaucoup de la procédure.

Le président de la société civile de la province émet des doutes. Pour lui, rien ne justifie le choix d’un tribunal militaire, ni certains délais de détention. Il accuse les autorités d’avoir tardé à réagir. La justice avance à son rythme répond le gouverneur, Abdallah Pene Mbaka, qui promet qu’une audience publique sera organisée dès que possible.

Texte initialement publié sur : RFI

 

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