Ibrahim, 16 ans, a décidé de filmer son quotidien à Paris pour montrer la réalité de sa situation à ses amis restés en Guinée. Crédit : Julia Dumont
Ibrahim, 16 ans, a décidé de filmer son quotidien à Paris pour montrer la réalité de sa situation à ses amis restés en Guinée. Crédit : Julia Dumont

Ibrahim a 16 ans. Arrivé il y a quelques mois à Paris, il n’a pas encore été reconnu mineur. En venant en France, il ne s’attendait ni aux difficultés administratives, ni à devoir dormir à la rue. Il a décidé de raconter à ses amis restés en Guinée son quotidien dans des vidéos.

Même lorsqu’il évoque ses soucis, Ibrahim ne se départit jamais de son large sourire. Ce Guinéen de 16 ans est arrivé à Paris en janvier 2018 et n’a pas encore été reconnu mineur. Chaque jour, il tente de démêler ses problèmes administratifs, cherche de quoi manger et un endroit où dormir quand il n’est pas hébergé.

Son quotidien ne ressemble en rien à l’image qu’il se faisait de la France avant d’y arriver. Le jeune homme enchaîne déconvenues et frustrations et pourtant, lorsqu’il raconte ses mésaventures à ses amis restés en Guinée, ces derniers ne le croient pas.

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"Mes amis me disent sans cesse qu’ils veulent faire comme moi. Ils me demandent comment j’ai fait pour venir en Europe. Je leur explique que je dors à la rue, que l’administration ne reconnaît même pas mon âge, que je ne vais plus à l’école, mais ils ne me croient pas", explique l’adolescent.

Alors, Ibrahim s’est improvisé reporter. Pour prouver à ses amis que ce qu’il leur racontait était vrai, il a commencé à tourner de petites vidéos sur son quotidien à Paris : les distributions de nourriture, les tentes installées le long du canal Saint Denis où des centaines de personnes vivent dans des conditions désastreuses ou encore le rassemblement organisé par des migrants et des associations après la mort d’un réfugié soudanais en mars.

"Ils disent que j’ai filmé ces images au Maroc"

Malgré cela, et même avec des images à l’appui Ibrahim peine à convaincre. "Mes amis me disent que je leur mens, que je n’ai pas filmé ces images à Paris mais au Maroc et que je fais ça parce que je ne veux pas qu’ils viennent", se désespère le jeune homme. "Je leur donne le nom précis des lieux que je filme pour qu’ils puissent vérifier les informations sur internet. Un jour, je leur ai même passé au téléphone une personne qui était passée en Libye et qui leur a parlé de la situation là-bas, mais ils ne veulent pas y croire."

Dans une autre vidéo tournée plus récemment, Ibrahim s’adresse directement "aux Africains" pour décrire les mauvaises surprises qu’il a eues en arrivant en France.

À la terrasse d’un café, près de la porte de la Chapelle, Ibrahim raconte que la plupart des jeunes Guinéens rêvent d’aller en Europe, et surtout en France, même s’ils savent finalement peu de choses sur le pays. Avant de partir, Ibrahim avait surtout vu la France à la télévision mais il se souvient que les amis de son grand frère "en parlaient tout le temps".

Quand il a quitté la Guinée avec un cousin à l’été 2017, l’adolescent ne savait même pas où ils allaient. Ibrahim avait perdu ses parents dans un accident de voiture quelques mois plus tôt. Ces décès avaient chamboulé l’organisation familiale et sa situation était devenue délicate. "Mon cousin m’a dit que je devais partir et qu’il pouvait m’emmener au Sénégal", raconte l’adolescent.

Emprisonné au Maroc

Ibrahim espérait pouvoir reprendre l’école au Sénégal, lui qui aime particulièrement les mathématiques et l’histoire. Mais après un mois dans le pays, les deux jeunes repartent, direction la Mauritanie puis le Maroc. "J’étais obligé de suivre mon cousin. Il me disait que si je ne le suivais pas, il me laisserait tout seul."

Arrêté par la police marocaine et emprisonné pendant deux mois, Ibrahim a finalement rejoint l’Europe seul. "Mon cousin et moi avons été séparés au moment de notre emprisonnement. Je n’ai plus eu de nouvelles de lui depuis." Le plus grand traumatisme de son voyage reste la traversée de la Méditerranée. "Quoi qu’il arrive, jamais je ne le referai", assure Ibrahim.

À Paris, le jeune homme espérait trouver de l’aide mais il s’est retrouvé à la rue. Aucun document ne prouvait qu’il était mineur et donc susceptible d’être pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance (ASE).

Au début du mois d’avril, il a pu présenter à une juge pour enfants son extrait de naissance que le père d’un camarade de classe a récupéré pour lui dans son village d’origine. Mais il lui faut encore attendre la décision de la juge avant de pouvoir espérer être pris en charge. Encore plusieurs mois à alterner nuits dans la rue et hébergements ponctuels chez des Français.

 

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