Entre 150 et 200 migrants sont actuellement à Ouitreham. Crédit : Paul Chiron
Entre 150 et 200 migrants sont actuellement à Ouitreham. Crédit : Paul Chiron

À l’approche des vacances d’été, les démantèlements de campements de migrants s’intensifient à Ouistreham, en Normandie. Selon les bénévoles, l’objectif est de les rendre invisibles aux touristes.

Depuis quelques semaines, les démantèlements de camps de migrants s’intensifient à Ouistreham - ville stratégique à l’ouest de la France pour les migrants qui espèrent rejoindre l’Angleterre. "En ce moment, les gendarmes viennent évacuer les lieux quatre fois par semaine", explique à InfoMigrants Miguel, membre du collectif d’aide aux migrants à Ouistreham (Camo). Le but : rendre les exilés invisibles à quelques semaines des arrivées de touristes et des commémorations du débarquement de Normandie, le 6 juin.

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"Il faut nettoyer la zone avant la venue des officiels", ajoute Paul Chiron, membre la Cimade, qui est actuellement en mission d’observation dans la ville.

Mardi 24 avril, le campement de migrants situé dans les bois a été démantelé. Crédit : Paul ChironDes tests osseux sans autorisation officielle

La dernière évacuation remonte au mardi 24 avril dans un bois à proximité d’un camping où une quinzaine de migrants avait installé leur tente. À 9h du matin, une vingtaine de policiers, accompagnée d’un interprète en langue arabe, était arrivée sur le camp et avait demandé aux migrants, pour la plupart Soudanais, de partir.

"Ils ont trié les migrants au faciès : une file pour ceux paraissant plus âgés et une autre pour ceux qui semblaient mineurs", précise Paul Chiron.

Selon les bénévoles, sept personnes, "toutes majeures", ont été embarquées par les forces de l’ordre et envoyées au CHU (Centre hospitalier universitaire) de Caen pour procéder à des tests osseux : radio des poignets, des dents et du crâne. Les tests osseux ne peuvent pourtant pas être pratiqués sans l’autorisation d’un juge ou du procureur de la République. "Là, ce n’était pas le cas. Et à ma connaissance, aucun document officiel n’a été montré aux migrants", signale Miguel du Camo.

Sans l'aide des associations, les migrants de Ouistreham n'auraient ni à boire ni à manger. Crédit : Paul ChironSelon les associations, aucune mise à l’abri ne leur a été proposée. Au contraire, les personnes qui n’ont pas été interpellées, c’est-à-dire celles considérées comme mineures, sont restées sur place alors qu’elles auraient dû être prises en charge par le département et l’Aide sociale à l’enfance (ASE).

Les plus âgés ont, après leur passage à l’hôpital, été envoyés à la préfecture de Caen pour faire relever leurs empreintes, puis au commissariat de Ouistreham afin d’être auditionnés en présence d’un interprète. Trois d’entre eux devaient passer jeudi 26 avril devant un juge à Oissel, près de Rouen.

Entre 150 et 200 migrants

"On suppose que ce genre d’opérations permet de ficher les migrants pour que la prochaine fois ils puissent être envoyés plus facilement au CRA (centre de rétention administrative) de Rennes et expulsés du territoire français", explique Paul Chiron de la Cimade.

Selon les bénévoles, ils sont entre 150 et 200 migrants à errer dans Ouistreham, sans avoir accès à des douches, des toilettes, de la nourriture ou encore de l’eau potable. "Sans les associations, les migrants n’auraient ni à boire ni à manger", s’insurge Paul Chiron. En effet, le Camo organise plusieurs fois par semaine des distributions de nourriture et de vêtements.

Les autorités estiment de leur côté qu’un centre d’accueil de jour existe à Caen et qu’il n’est donc pas nécessaire d’en ouvrir un nouveau à Ouistreham. De plus, comme partout en France, l’objectif est d’éviter les fameux "points de fixation", tant redoutés par le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb.

La majorité des migrants de Ouistreham tente chaque jour d’atteindre l’Angleterre en se cachant dans des camions qui empruntent le ferry. La sécurité autour du port a donc été renforcée : constructions de barbelés, détecteur de mouvements et présence policière en permanence. "Aux abords du port, les feux sont tous au orange afin que les camions ne s’arrêtent pas", note encore Paul Chiron.

Contactées par InfoMigrants, ni la mairie de Ouistreham, ni la préfecture du Calvados n’ont répondu à nos sollicitations.La présence policière s'est renforcée à Ouistreham. Crédit : Paul Chiron

 

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