Salamah, Érythréen, vit dans le camp du Millénaire depuis 5 mois. Crédit : InfoMigrants
Salamah, Érythréen, vit dans le camp du Millénaire depuis 5 mois. Crédit : InfoMigrants

Le campement illégal du canal Saint-Denis, à Paris, regroupe près de 1 500 personnes, sans papiers ou demandeurs d'asile. Depuis plusieurs semaines, l'ambiance est de plus en plus tendue. Les trafics de drogues ont fait leur apparition.

Vendredi matin, 11h. Le campement de migrants, établi le long du canal Saint-Denis, dans le nord de Paris, est calme. La plupart des occupants des lieux dorment encore - les quelques pieds, dépassant ici et là des tentes installées au bord de l'eau, témoignent de leur présence. Les autres, profitant du soleil, s'adonnent à leurs ablutions du matin. Des joggeurs et des cyclistes se faufilent entre eux. Rien, à ce moment de la journée, ne laisse présager des tensions - devenues fréquentes dans ce camp de plus de 1 500 personnes. Et pourtant, Salamah, l'un des occupants des lieux, d'origine érythréenne, décrit une situation de plus en plus cauchemardesque.

"Il y a des bagarres, des problèmes", explique Salamah. "C'est pour cela que vous voyez des tentes un peu partout. Parce que les gens s'éloignent". En effet, le camp du Millénaire n'est pas unifié. Le long du canal Saint-Denis, on compte une dizaine de mini-campements, séparé par une dizaine de mètres.

"Des gens viennent dans le camp, parfois ils restent la nuit. Ils dealent"

"Depuis quelques temps, il y a des trafics de drogues, ici", continue-t-il. "Il y a des personnes, des Français et des étrangers, je ne sais pas d'où ils viennent, ils restent dans le camp, le soir, parfois aussi la nuit. Ils dealent", continue-t-il, "ils vendent du cannabis, des pilules, de l'alcool..." Salamah explique que la plupart des occupants du campement du Millénaire - surnom donné par les habitants du quartier et les médias - ont peur de ces bandes. "Quand ils viennent, il y a toujours des problèmes." Quid de la police ? "Je ne sais pas, à chaque fois, que c'est tendu, ils sont jamais là".

Les tentes du campement du Millénaire, dans le nord de Paris. crédit : InfoMigrantsLa mairie du 19e arrondissement avait déjà tiré la sonnette d'alarme, il y a quelques semaines. Dans une lettre adressée à ses administrés lundi 26 mars, l'édile a indiqué avoir interpellé le préfet, lui "demandant que des moyens d’ampleur soient dégagés pour prendre en charge et mettre fin à [une] situation d’urgence humanitaire et sanitaire".

Les associations ont également entendu parler de personnes, extérieures au camp, qui viennent à la nuit tombée. Difficile de savoir qui ils sont. "Je ne sais pas d'où ils viennent, ni ce qu'ils font là exactement, mais ça ne m'étonnerait pas qu'ils fassent des trafics", explique de son côté Yann Manzi, de l'association Utopia 56, qui vient en aide aux migrants et demandeurs d'asile depuis plusieurs années. "Des business dans des camps, il y en a toujours eu et il y en aura toujours". Certains membres de son association ont déjà été pris à parti par des "bandes" au campement du Millénaire. Les mêmes que ceux décrits par Salamah ? Difficile à dire. "Quand ils sont dans les parages, nous nous méfions", ajoute Yann Manzi.

Aujourd'hui, Salamah s'inquiète : et si ces bandes effrayaient les ONG ? "On va faire quoi, si les associations ne viennent plus ?" Selon le demandeur d'asile, ces personnes extérieures au camp pousseraient les migrants à se rebeller, à ne pas faire confiance aux bénévoles. "Ils parlent arabe. Ils leur disent que les ONG prennent des photos d'eux et les mettent sur Youtube". L'ONG France Terre d'asile (FTA), qui effectue des maraudes quotidiennement dans le camp, n'a pas souhaité commenter les dires de Salamah. L'ONG précise toutefois qu'elle ne compte pas cesser ses activités. "Nous sommes là tous les jours, sur de larges plages horaires de 9h jusqu'à 21h. Ça ne change pas", affirme Pierre Henry, son président.


 

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