Environ 200 jeunes étaient présents pour la réunion éducative organisée à Yaoundé le 25 avril 2018. Crédit : Adrienne Surprenant/ Collectif Item
Environ 200 jeunes étaient présents pour la réunion éducative organisée à Yaoundé le 25 avril 2018. Crédit : Adrienne Surprenant/ Collectif Item

En parallèle de ses missions de rapatriement depuis la Libye, l’OIM a lancé au Cameroun une campagne de sensibilisation aux dangers de la migration irrégulière avec l’aide d’associations locales. À travers des événements éducatifs et culturels, les jeunes Camerounais sont invités à réfléchir aux risques de l’exil vers l’Europe.

Le centre de formation Don Bosco, dans le quartier de Mimboman, à Yaoundé, s’est animé d’un coup quand les lycéens conviés à la causerie éducative, organisée le 25 avril par l’association SMIC (Solutions aux migrations clandestines) et l’Organisation internationale des migrations (OIM), sont arrivés. En quelques minutes, les rires et les discussions ont envahi la salle principale de ce centre dédié à la jeunesse.

Cet événement est l’une des manifestations prévues dans le cadre de la campagne de sensibilisation aux risques de la migration irrégulière lancée par l’OIM avec l’appui d’associations locales – le SMIC, mais aussi Our destiny, l’association créée par le rappeur Général Valsero – et du gouvernement camerounais.

La campagne a été officiellement lancée quelques jours plus tôt à Bafoussam, dans l’ouest du Cameroun. Ce mercredi après-midi, l’OIM et le SMIC accueillent près de 200 jeunes, dont beaucoup de lycéens des établissements du quartier, pour aborder le sujet de la migration irrégulière. Certains organisateurs ont revêtu le t-shirt de la campagne sur lequel s’affiche le message "Je ne mourrai pas en mer".

Lun des slogans de la campagne de sensibilisation du SMIC a t imprim sur des t-shirt Crdit  Adrienne Surprenant Collectif ItemDevant le centre Don Bosco, plusieurs jeunes hommes attendent que la réunion commence. Le sujet de la réunion les intéresse. "Tout le monde a quelqu’un dans sa famille qui a tenté le voyage vers l’Europe", raconte Luc, 25 ans, sourire malicieux aux lèvres.

Étudiant en philosophie, il s’est découvert à l’université une passion pour Platon mais se fait peu d’illusions sur ses chances de trouver un travail dans son domaine au Cameroun.

"Ne soyez pas prêts à tout pour partir"

La réunion débute par un mot d’introduction des organisateurs et la diffusion du film "Wallah je te jure" réalisé par l’OIM. Des migrants subsahariens y témoignent en Libye, au Niger et en Italie de leurs déconvenues, leurs espoirs et leurs regrets.

Yves Tsala, président du SMIC, insiste sur le message de cette campagne : "La migration n’est pas une mauvaise chose. Nous sommes là pour dire aux jeunes ‘Ne soyez pas prêts à tout pour partir. N’exposez pas votre vie pour partir. Avant de partir, il faut avoir un projet’."

Yves Tsala prsident de lassociation SMIC Crdit  Adrienne Surprenant Collectif ItemAprès la diffusion du film, les jeunes sont invités à prendre la parole. La plupart ont enregistré le message de la campagne. À tour de rôle, ils prennent le micro. "Aller à l’aventure dans un pays, c’est prendre des risques inutiles quand on n’a pas de papiers", avance Chanel, 15 ans.

"C’est mieux de vivre dans son pays que de mourir ailleurs", renchérit Marie, 20 ans, uniforme vert et tresses rouges dans les cheveux. Mais le discours n’a pas le même effet sur tous les participants, notamment les plus âgés. Luc est acclamé par la salle lorsqu’il affirme au micro que le film ne l’a pas découragé de partir, au contraire. "Mais il faut suivre les méthodes légales", ajoute le jeune homme.

"Les gens croient qu’en Italie, on peut ramasser l’argent par terre"

Quand vient le temps des questions, les élèves cherchent à savoir ce qu’ils peuvent faire, à leur niveau, pour lutter contre l’immigration irrégulière. D’autres demandent à la représentante de l’OIM, Serena Pescatore, ce que fait l’organisation pour réinsérer les jeunes quand ils reviennent au Cameroun. "Pourquoi ne pas faire des choses pour aider les jeunes avant qu’ils ne partent ?", s’interroge un jeune homme.


Deux rangs devant lui, Sonia, encadrante au centre de formation de Mimboman, ne semble pas convaincue par le discours de sensibilisation présenté. "Les gens croient qu’en Italie, on peut ramasser l’argent par terre. Que fait le SMIC contre ça ?"

Le mythe d’une Europe-eldorado est difficile à combattre, Yves Tsala le sait. "Pendant que nous faisons cette sensibilisation, il y a une contre-sensibilisation [qui pousse les jeunes au départ] à l’œuvre sur les réseaux sociaux, reconnaît ce professeur de marketing. Le mythe est là mais la réalité est différente. Nous n’avons des nouvelles que de ceux qui s’en sortent mais pas des disparus. Beaucoup de familles ne savent même pas si leurs proches sont encore en vie", explique-t-il alors qu’un silence lourd est revenu dans la salle.

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Mettre en lumière ceux qui ont réussi au Cameroun

Pour le rappeur Général Valsero, dont l’association Our destiny participe à la campagne de sensibilisation de l’OIM, pour démonter le mythe de la réussite en Europe, il faut aussi changer les mentalités des Camerounais et les inciter à trouver "la place qu’ils ont dans la solution à leurs problèmes".

En utilisant les modes de communication dont les jeunes Camerounais sont familiers (Facebook lives, chaînes de discussion sur WhatsApp et bientôt webradio), il entend leur faire prendre conscience que la migration n’est pas toujours la meilleure solution. "Je leur dis, par exemple, ‘L’énergie que vous avez dépensée pour traverser le désert, il ne vous en faudrait que la moitié pour commencer à changer les choses ici’".

Le rappeur Gnral Valsero a lanc sa participation  la campagne de lOIM lors de deux concerts  linstitut Goethe et au Centre culturel franais de Yaound Crdit  Adrienne Surprenant Collectif ItemEn concert le 27 avril à l’Institut Goethe de Yaoundé puis le lendemain au Centre culturel français de la ville, Général Valsero a chanté ses chansons les plus populaires, dont "Je suis jeune et fort". Il a aussi pris le micro pour appeler ses fans à prendre en mains les rênes de leur vie.

Le rappeur veut prouver que "la réussite n’est pas qu’occidentale". Dans le cadre de la campagne de sensibilisation, il envisage de faire monter sur scène à ses côtés des entrepreneurs, des artistes et des hommes politiques camerounais. Une manière de "donner un visage à la réussite".

Impliquer les familles

Daniel Mbarga, médiateur communautaire et leader social du quartier de Mimboman, partage cette idée. Il a assisté à la réunion éducative au centre de formation Don Bosco. Il soutient globalement la campagne de l’OIM mais il la trouve incomplète. "J’aurais aimé que l’on présente aussi des ‘success stories’ de jeunes Camerounais qui sont restés", confie-t-il à la fin de la réunion.

Il faut montrer des success stories de jeunes qui sont rests au Cameroun assure Daniel Mbarga mdiateur communautaire dans le quartier de Mimboman  Yaound Crdit  Adrienne Surprenant Collectif ItemPour lui, les médias détiennent également une part de responsabilité dans l’image idéalisée que nombre de jeunes Camerounais se font de l’Europe. "Il faudrait montrer les tares des pays occidentaux pour que les jeunes comprennent qu’ils peuvent aussi trouver la misère là-bas".

Le travailleur social estime que la sensibilisation devrait également se faire au niveau des organisations religieuses et des familles. "Elles sont concernées car elles se cotisent pour payer les départs".

Dans le public du concert de Général Valsero à l’institut Goethe, il y a beaucoup d’étudiants. Parmi eux, Nasser et Stéphane, 22 ans. Les deux amis se sont rencontrés pendant les cours d’allemands qu’ils suivent depuis octobre dernier à l’institut Goethe.

Nasser et Stéphane se sont rencontrés à l'institut Goethe de Yaoundé. Tous deux aimeraient poursuivre leurs études en Allemagne. Crédit : Adrienne Surprenant/ Collectif ItemLes deux garçons aimeraient poursuivre leurs études en Allemagne. 'Mes parents m’encouragent à partir par la voie légale, raconte Nasser. Mais il faut que j’obtienne un visa, cela risque d’être le plus compliqué', ajoute-t-il.


 

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