Les migrants utilisent des bateaux de fortune ou de simples barques en plastiques pour rejoindre l'Espagne depuis le Maroc. Crédit : salvamento maritimo
Les migrants utilisent des bateaux de fortune ou de simples barques en plastiques pour rejoindre l'Espagne depuis le Maroc. Crédit : salvamento maritimo

Depuis le début de l'année, environ 2 000 migrants ont été secourus par les sauveteurs espagnols. Sans leur travail, nombre de candidats à l'exil auraient péri en mer.

Mamadou et Ibrahim sont Maliens. Avec 18 autres migrants ils viennent de toucher les rives espagnoles et sont accueillis dans un centre de la Croix-Rouge de Malaga, dans le sud de l’Espagne.

Après deux mois d’accalmie dus aux mauvaises conditions météorologiques empêchant les embarcations de fortune de prendre la mer depuis les rives marocaines, les arrivées de migrants reprennent à un rythme effréné depuis début mai. Pour la seule journée du dimanche 6 mai, 110 personnes sont arrivées en Espagne à bord de plusieurs navires. "Nous étions 56 dans le bateau, raconte Mamadou. Nous sommes partis à 4h30 du matin du Maroc et les sauveteurs espagnols nous ont secourus vers 17h".

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Depuis janvier, environ 2 000 migrants ont été secourus par les sauveteurs espagnols

Depuis le début de l’année, environ 2 000 migrants ont été secourus par les sauveteurs espagnols. "Quand nous les sauvons en mer, les migrants sont trempés, fatigués, stressés mais soulagés", constate Adolfo Serrano Solis, le chef du sauvetage maritime de Tarifa (dans le sud de l’Espagne). "La traversée est très dangereuse. Leurs navires ne sont pas équipés pour relier le Maroc et l’Espagne. Il n’est pas rare que certains migrants meurent en chemin", explique-t-il depuis la salle d’opération du centre de secours, d’où on aperçoit les rives marocaines qui ne se trouvent qu’à 14 km de là.

Adolfo Serrano Solis est le chef du sauvetage maritime de Tarifa. Crédit : Leslie CarreteroCar pour rejoindre ces quelques km qui les séparent du rêve européen, les migrants utilisent des bateaux à moteur de fortune, et même parfois de simples barques en plastique qu’ils mènent dans les flots à l’aide de rames.

"Je n’ai pas eu peur sur le bateau, je savais avant de m’aventurer que c’était dangereux. Dieu seul peut décider", affirme, fataliste, Mamadou, 36 ans, qui dit souffrir d’épilepsie. Ibrahim, lui, ne donne pas de détails sur la traversée. Ce jeune homme de 18 ans préfère parler du présent. "Je suis bien ici, je dors bien et je mange bien", sourit le Malien alors qu’il suit avec neuf autres camarades un cours d’espagnol dispensé par une bénévole de la Croix-Rouge.

Dans le centre d’accueil, les migrants suivent des cours d'espagnol. Crédit : Boualem RhoubachiAprès avoir débarqué sur les côtes espagnoles, ils ont été pris en charge par la Croix-Rouge qui prodigue les premiers soins. À leur arrivée, nombre de migrants souffrent de démangeaisons ou de brûlures causées par le carburant du moteur qui se répand dans le bateau.

Environ 40% des migrants qui arrivent en Espagne y reste moins de trois mois

"Ensuite, ils sont envoyés dans les locaux de la police pour des prises d’empreintes et une enquête. Ils peuvent y rester jusqu’à 72 heures. Certains sont relâchés après trois jours, d’autres sont orientés dans les centres d’internement pour étrangers (CIES) pendant 60 jours", précise Lara Cordero de la Croix-Rouge espagnole. À leur sortie, les associations comme la Croix-Rouge, le CEAR ou le CEPAIM prennent le relais et hébergent les migrants dans des centres d’accueil pendant trois mois – six mois pour les demandeurs d’asile.

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Dans les centres, les migrants ont accès à des permanences juridiques, médicales, psychologiques, des cours de langue, des distributions de nourriture et de vêtements.

Mamadou souhaite rejoindre son grand frère en France. Crédit : Leslie CarreteroMamadou est arrivé dans le centre quelques jours plus tôt mais il prépare déjà son départ. Le lendemain il prendra un bus à 20h, direction le nord de l’Espagne afin de rejoindre la France où son grand frère réside. "Mon but n’était pas l’Espagne, mais Paris", déclare-t-il.

Environ 40% des migrants qui arrivent en Espagne y reste moins de trois mois, selon Lara Cordero. Beaucoup ont en effet de la famille en France ou dans d’autres pays européens. "Mais il faut aussi comprendre que les familles restées au pays exigent beaucoup d’eux. Elles comptent sur eux pour envoyer de l’argent donc ils veulent tous travailler au plus vite. Souvent, ils ont l’idée que ce sera plus facile en France ou alors ils vont travailler dans les plantations de tomates de la région d’Almería", explique la bénévole de la Croix-Rouge.

*Le prénom a été modifié

 

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