REUTERS/Leonhard Foeger | Le ministre de l'Intérieur autrichien Herbert Kickl.
REUTERS/Leonhard Foeger | Le ministre de l'Intérieur autrichien Herbert Kickl.

Une centaine de personnalités autrichiennes a adressé une lettre ouverte au gouvernement la semaine dernière pour critiquer le projet de création d’une agence fédérale, chargée de prendre en charge les demandeurs d’asile. Ils remettent en cause l'indépendance et l'impartialité d'une telle institution.

Ce projet est inscrit dans le programme du gouvernement, fruit des négociations entre le parti conservateur et le parti d’extrême droite, aujourd’hui au pouvoir. La création de cette agence n’est pas encore connue, mais on sait que l’agence devrait prendre en charge l’aide juridique apportée aux demandeurs d’asile. Aujourd’hui, chacun d’entre eux a le droit à un conseil juridique gratuit sur les procédures d’asile. Si un demandeur voit sa requête refusée, il a également le droit à une assistance juridique pour contester la décision. Pour le moment, ces conseils sont dispensés par des ONG, mais cela pourrait changer lorsque cette agence fédérale sera mise en œuvre.

Une indépendance remise en question

Les signataires de la lettre remettent en cause l’indépendance des conseils et de l’assistance prodigués par la future agence fédérale. Ils écrivent dans la lettre que ce projet « contredit tous les principes de l’Etat de droit, car les demandeurs d’asile seraient conseillés et représentés par les fonctionnaires de la même autorité qui a rejeté leur demande ». Le propos de la lettre est renforcé par la diversité de ses signataires. Parmi eux : des personnalités du monde artistique, des experts en droit, notamment l’ancien président de la Cour administrative, l’équivalent du Conseil d’Etat en Autriche, mais aussi des députés du parti social-démocrate et du parti libéral NEOS. Le ministère de l’Intérieur a, de son côté, assuré que « l’état de droit n’était pas en danger » et a jugé ces critiques « prématurées ».

Une opposition ferme pour dissuader le gouvernement

Les signataires de la lettre critiquent l’agence avant que celle-ci ne voie le jour, ainsi, ils espèrent dissuader le gouvernement de mettre en œuvre cette mesure en montrant une opposition ferme, très tôt. Mais c’est aussi parce que le contexte sur la question migratoire est tendu en ce moment en Autriche. Depuis un mois, les discussions sont vives autour de la réforme du droit d’asile présentée par le ministère de l’Intérieur en avril dernier. Une réforme controversée qui prévoit notamment la possibilité de saisir les téléphones portables des demandeurs d’asile ainsi qu’une partie de leur argent liquide, afin, selon le ministère, de financer leur prise en charge par l’Etat. Les réfugiés ne pourront, par ailleurs, demander la nationalité autrichienne qu’après dix années passées dans le pays, contre six actuellement. C’est donc dans ce contexte que la lettre a été publiée, une manière pour les opposants au gouvernement d’alerter l’opinion sur le durcissement de la politique migratoire qui a cours en ce moment en Autriche.

Texte initialement publié sur : RFI

 

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