L’Office allemand pour les migrations et les réfugiés (BAMF) | Photo: picture-alliance/dpa/D.Karmann
L’Office allemand pour les migrations et les réfugiés (BAMF) | Photo: picture-alliance/dpa/D.Karmann

Le ministre de l'Intérieur, Horst Seehofer, a promis d’agir après l’approbation en masse de demandes d’asile par l’Office allemand pour les migrations et les réfugiés. Mais les Verts disent qu'il fait de l'obstruction et qu’ils menacent leurs actions.

Le ministre de l'Intérieur conservateur allemand, Horst Seehofer, subit des pressions croissantes, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du gouvernement, en raison de sa gestion de ce qui a été décrit comme des "irrégularités massives" dans les cas d'asile.

Le bureau de Brême de l'Office pour les migrants et les réfugiés (BAMF), qui est subordonné au ministère de l'Intérieur, aurait accordé l'asile à plus de 1 200 réfugiés en Allemagne sans examiner correctement leurs cas. Les procureurs de Brême enquêtent actuellement pour savoir si des pots-de-vin ont été remis aux employés de l’Office. Certains se demandent par ailleurs si la responsable du BAMF, Jutta Cordt, s'est assez documentée sur cette affaire et si elle a fait suffisamment pour enquêter sur les prétendues irrégularités.

Mardi 22 mai, Horst Seehofer a déclaré à un journal allemand qu’il allait prendre des "décisions concernant l’organisation et éventuellement le personnel" suite au scandale. Des membres du gouvernement de la grande coalition ont demandé à M. Seehofer de donner plus d’informations sur le scandale, y compris de dire quand il en a eu connaissance pour la première fois.

Horst Seehofer a également confirmé qu'il témoignerait lors d’une réunion spéciale de la commission des affaires intérieures du Bundestag le 29 mai. La réunion est convoquée à la demande du parti d’opposition des Verts. Deux autres partis d'opposition allemands - l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) populiste d'extrême droite et le FDP de centre-droit - appellent à une enquête parlementaire complète.

Jusqu'à présent, les Verts ont rejeté cette idée. Mais ils disent qu'ils pourraient changer d'avis si le ministre ne leur fournit pas des informations de qualité.

Est-ce que Horst Seehofer fait obstruction?

Les votes d'un quart des députés du Bundestag sont nécessaires pour convoquer une enquête parlementaire complète, ce qui pourrait être embarrassant pour le gouvernement de la chancelière Angela Merkel et pour Horst Seehofer en particulier. Avec le soutien des Verts, une telle procédure pourrait aller de l'avant. Pour l'instant, les Verts disent préférer d'autres options.

"Nous ne l'excluons pas catégoriquement, mais une enquête parlementaire prend beaucoup de temps ", a déclaré à la Deutsche Welle Luise Amtsberg, porte-parole des Verts pour la politique migratoire. "Ce n’est pas suffisant d'obtenir des résultats en deux ans. Nous ne pouvons pas nous le permettre. Le BAMF statue tous les jours sur les cas d'asile, et s'il y a des lacunes, elles vont se poursuivre".

Horst Seehofer pourrait faire porter tout le poids du scandale à Jutta Cordt

Luise Amtsberg s'est plainte : malgré ses demandes, Horst Seehofer n'a pas encore donné accès aux Verts aux documents internes du BAMF relatifs à l'affaire, alors qu’une partie de leur contenu a déjà été divulguée dans les journaux.

"C’est le comble", a déclaré la porte-parole, ajoutant que si les Verts estimaient que M. Seehofer faisait de l'obstruction, ils envisageraient de lui soutirer des informations dans le cadre d'une enquête parlementaire.

Jutta Cordt sur la sellette

En plus des plaintes selon lesquelles le bureau du BAMF de Brême et éventuellement d'autres succursales locales n'ont fait qu'approuver les demandes d'asile sans les contrôler, il y a eu des allégations selon lesquelles Jutta Cordt n'a pas enquêté sur les irrégularités après en avoir été informée.

Suite au scandale, elle a ordonné la révision de 18 000 décisions d'asile rendues à Brême. Et son bureau a nié les rapports des médias selon lesquels elle était au courant des allégations d'abus de pouvoir depuis février 2017. 

Les Verts disent qu’il n’en va pas tant de la démission de Jutta Cordt que de la réforme du système d'asile allemand dans son ensemble. Ils sont toutefois d’accord avec le fait que la présidente actuelle du BAMF ne devrait pas être autorisée à diriger l'enquête sur les éventuelles lacunes de l'office. 

"Ce n’est pas à elle de prendre en charge la résolution des déficits internes et des problèmes structurels ", a déclaré Mme Antsberg. "Mais si M. Seehofer destitue Mme Cordt, il sera difficile de tenir qui que ce soit pour responsable politiquement. Nous voulons que Mme Cordt nous donne des informations claires sur ce qui s'est passé au cours des dernières années et des derniers mois. Il ne s’agit pas seulement de révoquer Mme Cordt."

L’Office allemand pour les migrations et les réfugiés a fait l'objet de vives critiques depuis la migration à grande échelle de personnes provenant en grande partie du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord en 2015. Les critiques accusent notamment l’organisme d'être incapable de gérer le nombre de personnes demandant l'asile en Allemagne.

Nombre de demandeurs d’asile enregistrés en Allemagne. Source : ministère allemand de l’Intérieur

Il ne s’agit pas d’un scandale unidirectionnel

Dans cette affaire, les clivages politiques sont clairs. L'AfD et le FDP veulent que le BAMF empêche un plus grand nombre de personnes d'entrer en Allemagne. Pour leur part, les groupes de défense des réfugiés affirment qu'autant, sinon plus d'erreurs sont commises dans le rejet des réfugiés potentiels. Le groupe Pro Asyl, par exemple, demande un moratoire sur les expulsions.

Les Verts disent que toutes les politiques et pratiques du BAMF doivent être examinées de près.

"Ce n’est pas un scandale qui va dans une seule direction ", explique Luise Amtsberg. "C’est caractéristique : le ministre dit que nous devrions examiner toutes les décisions positives en matière d'asile, tandis que Pro Asyl dit que nous devrions examiner toutes les décisions négatives. Nous, les Verts, disons que nous sommes pour la primauté du droit, et que nous devons donc examiner tous les cas."

Néanmoins, si les Verts ne sont pas satisfaits des réponses qu'ils recevront du ministre conservateur de l'Intérieur la semaine prochaine, ils pourraient – ironie du sort- se joindre aux partis d'opposition de droite pour demander une enquête plus large.







 

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