Près de 600 personnes ont été évacuées du camp du canal Saint-Martin, à Paris. Crédit : InfoMigrants

Moins d’une semaine après le démantèlement du campement de migrants du Millénaire, la police a évacué lundi matin les plus petits camps installés près du canal Saint Martin et à la porte de la Chapelle, au nord de Paris. Parmi les migrants, beaucoup sont des dublinés qui s'inquiètent de leur avenir.

L’évacuation des quelques 550 migrants installés depuis plusieurs mois près du canal Saint-Martin s’est déroulée sans incident lundi 4 juin, moins d'une semaine après le démantèlement du camp du Millénaire. Les forces de police, présentes en nombre, ainsi que des membres de France terre d’asile, de la mairie de Paris, de la préfecture et de l'Ofii (Office française pour l'immigration et l'intégration) ont orienté les migrants vers des bus qui les ont accompagnés en centres d’hébergement temporaires dans la région parisienne. Ils devraient pouvoir y bénéficier d’un "examen complet et approfondi" de leur situation administrative, selon la préfecture.

Au même moment, une évacuation était également en cours au niveau de la porte de la Chapelle, dans le 18e arrondissement de Paris, où vivaient environ 450 personnes.

973 personnes mises à l'abri, selon la préfecture

Au total, 973 personnes ont été mises à l'abri dont 58 personnes vulnérables (couples, femmes isolées, familles, mineurs isolés), a indiqué la préfecture de région dans un communiqué.

Selon Charlotte Boitiaux, journaliste à InfoMigrants, présente sur le campement du canal Saint-Martin, la plupart des migrants présents semblaient soulagés de partir. Beaucoup se montraient malgré tout très inquiets. "J'ai vu des dizaines de personnes demander : 'Si je monte dans le bus, est-ce que je vais être expulsé ?'", raconte Charlotte Boitiaux. Certains redoutent également d'être envoyés dans des CRA (des centres de rétention administratifs) et expulsés vers leur pays d'origine. 

Autre source d’inquiétude pour ces migrants : nombre d'entre eux avaient ce lundi un rendez-vous à la Préfecture et s'inquiétaient donc de ne pas pouvoir l'honorer. France terre d'asile leur a assuré qu'ils pouvaient monter dans les bus et la Préfecture se chargerait de décaler leur rendez-vous. 

La majorité des migrants installés près du canal Saint-Martin étaient des jeunes hommes – bien souvent originaires d’Afghanistan – mais quelques jeunes femmes, parfois accompagnés d’enfants en bas âge, vivaient aussi dans le camp. Près des trois quarts de ces personnes sont des migrants "dublinés" - c'est-à-dire des personnes dont la demande d'asile dépend d'un autre pays européen. Parmi eux, un grand nombre d'Afghans ont déjà effectué une demande d'asile en Allemagne qui a été rejetée. Ils tentent donc leur chance en France.

La prise en charge de ces personnes est compliquée. De plus en plus d’associations et de politiques demandent au gouvernement d’agir pour débloquer leur situation. C’est le cas de Ian Brossat, adjoint à la Maire de Paris, en charge du logement et de l'hébergement d'urgence. "Il faut prendre en charge les dublinés, le gouvernement s’honorerait à le faire. Le risque c’est que si les 'dublinés' ne sont pas pris en charge correctement, ils finissent par grossir les campements parisiens", a-t-il assuré à InfoMigrants.

Didier Leschi, directeur général de l'Ofii, explique de son côté qu’"au bout de six mois, si les pays ne [reprend] pas ses ['dublinés'], ces derniers pourront déposer un dossier à l’Ofpra qui examinera alors leur demande".

La situation des Afghans déboutés de l'asile en Allemagne - et donc encore considéré comme "dublinés" - est d'autant plus délicate que Berlin n'hésite pas à les renvoyer dans leur pays. En octobre 2017, La Cimade et Amnesty international avaient publié un rapport intitulé "Retour forcé vers l’insécurité" dans lequel ces deux associations dénonçaient ces retours. 

 

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