La gare thématise la mobilité, les départs et les arrivées.  Crédit: DOMID e.V.
La gare thématise la mobilité, les départs et les arrivées. Crédit: DOMID e.V.

C’est cette semaine que le Musée virtuel de la migration sera mis en ligne. Un projet qui présente l’histoire de l’immigration en Allemagne à partir de 1945 et jusqu’à nos jours, et qui entend déconstruire les mythes qui entourent la migration, et contrer les discours racistes.

Prévu pour être lancé le 28 mai, c’est finalement cette semaine que le Musée virtuel de la migration est mis en ligne. A l’origine de ce projet, l’association DOMID, Centre de documentation et musée sur la migration en Allemagne, basée à Cologne. " L’idée de DOMID c’est aussi d’avoir un musée avec de vrais murs, mais c’est quelque chose qui prend du temps à réaliser ", explique Sandra Vacca, l’une des auteures du projet. " On s’est donc dit qu’on allait déjà mettre les choses en ligne. Ce n’est pas un remplacement, c’est plutôt deux types d’utilisation différentes".  Avec le musée virtuel, DOMID compte atteindre un large public, gratuitement, et démocratiser ainsi l’accès à l’histoire de la migration en Allemagne.

Le projet présente les différentes vagues de migration depuis 1945 jusqu’à aujourd’hui, dans un " musée pas tout à fait comme les autres ". "On a décidé, souligne Sandra Vacca, de créer une ville virtuelle. Ce n’est ni Berlin, ni Cologne, ni Francfort, mais un peu toutes les villes en même temps ".

Dans cette ville virtuelle, chaque immeuble représente un thème :  une usine pour le thème migration et travail, une école pour l’éducation et la scolarité, une gare pour la mobilité. Dans chacun des bâtiments, l’internaute peut découvrir plusieurs thèmes illustrés avec les collections de DOMID, autrement dit des objets, des photos, des des documents d’archive, des interviews . Au total, environ 1000 objets seront mis à disposition.

Le logo du Muse virtuel de la migration Crdit DOMID eV

Le public pourra donc se déplacer dans l’espace, mais également dans le temps. " On a défini trois époques qui s’orientent sur des moments historiques : la fin de la guerre jusqu’à la fin du recrutement des travailleurs immigrés en 1973, puis de 1973 jusqu’à la chute du Mur, et de la chute du Mur jusqu’à nos jours ", explique Sandra Vacca.

Des histoires personnelles pour contrer les discours racistes

La récente vague de migration, qui a vu l’arrivée en Allemagne de plus d’un million de réfugiés depuis 2015, est elle aussi documentée. L’association DOMID avait déjà mené un projet sur le thème des nouveaux réfugiés : quatre personnes ont suivi pendant un an et demi plusieurs réfugiés de différentes origines, des familles, des mineurs non accompagnés, des adultes, afin de recueillir leurs expériences, mais aussi de les assister dans le quotidien quand ils avaient besoin de quelque chose.  Une sélection de ces témoignages est présentée dans le musée virtuel, " car ces histoires sont très actuelles, et qu’elles ont beaucoup touché la société allemande. Ce thème a été très débattu. Parfois en bien, souvent en moins bien ", déclare Sandra Vacca. " On s’est dit qu’on devait aussi démonter tous les mythes qu’on a sur les arrivées actuelles mais aussi les discours racistes. Il fallait qu’on trouve un moyen de contrer cela. Et la meilleure façon de contrer ce genre de discours racistes et insupportables, c’est de fournir des faits, des chiffres et des histoires personnelles".

Ceci vaut pour les nouveaux réfugiés mais également pour les précédents mouvements de migration. Ainsi les internautes qui choisissent d’entrer dans l’usine peuvent rencontrer Onur D. originaire de Turquie et qui travaille depuis 1961 pour le constructeur automobile Ford.

 Un musée en perpétuelle construction

Actuellement, le Musée propose 40 entretiens à écouter ou à voir,  mais l’idée de DOMID est d’inclure de nouvelles histoires au fur et à mesure. Si l’équipe de l’association continue de chercher de nouveaux témoins, elle espère aussi que des personnes qui ont envie de partager leur histoire, vont se manifester spontanément auprès d’elle via le site Internet. « Ce n’est pas un projet terminé, c’est un musée qui va grandir », se réjouit Sandra Vacca. DOMID compte également réagir à l’actualité et rajouter des thèmes petit à petit. Actuellement disponible en allemand et en anglais, le site devrait également être traduit en d’autres langues, notamment en turc ou encore en portugais.

Le Musée virtuel est soutenu par l’Agence fédérale pour l’éducation politique, ainsi que par les autorités régionales de la Rhénanie. Quant au futur musée en dur, la ville de Cologne s’est montrée favorable à sa construction. Reste encore à trouver des financements. Mais comme le dit Sandra Vacca, " il y a vraiment un intérêt général de la part de la société et des responsables politiques à avoir un musée central de la migration, qui traite du sujet de manière factuelle, moins dramatique, avec la participation d’immigrés et de leurs descendants".   Selon elle, lorsque le musée réel existera, il ne fera pas concurrence au musée virtuel puisqu’il s’adressera à un autre type de public. Les objectifs en revanche seront les mêmes : démonter des mythes et des stéréotypes, et expliquer comment la société allemande est devenue ce qu’elle est devenue.

 

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