A bord de l'Aquarius, le 12 juin 2018. Crédit : Reuters
A bord de l'Aquarius, le 12 juin 2018. Crédit : Reuters

Lors d’une conférence de presse, mercredi matin, Sophie Beau, la co-fondatrice de l’ONG SOS Méditerranée qui affrète l’Aquarius, a fait part de sa colère face au comportement de l’Italie et de l’Europe en général. "Il faut trouver une solution maintenant, c'est une priorité", a-t-elle asséné.

Après le refus de l’Italie et de Malte de laisser l’Aquarius, le navire humanitaire de SOS Méditerranée, accoster sur leurs côtes, Sophie Beau, la fondatrice de l’ONG a laissé éclater sa colère lors d’une conférence de presse à Marseille, mercredi 13 juin."L’Aquarius va devoir faire 1 500 km depuis la Sicile vers l’Espagne, c’est quand même absurde. Pendant que nous faisons ce trajet supplémentaire, il y a des naufrages au large des côtes libyennes", a-t-elle martelé.

L’Aquarius est en effet en route vers Valence, en Espagne, où doivent être débarqués les quelques 600 migrants qui ont été secourus en mer, au large de la Libye. Une partie des passagers ont auparavant été transbordés à bord de deux navires italiens (le Dattilo et l'Orione) pour que l'Aquarius, surchargé, ne prenne aucun risque pendant la traversée.

La fondatrice de SOS Méditerranée estime que ce trajet est une perte de temps dramatique : l’Aquarius arrivera à destination samedi soir – soit après quatre jours de voyage. "C’est éprouvant. Ces conditions sont inacceptables. Nous sommes soulagés par l’offre de l’Espagne, évidemment, mais nous ne pouvons pas procéder de cette façon […] On ne va pas aller à Valence dès quel'on fait un sauvetage à 1 500 km de là. Notre vocation est de rester dans les zones de naufrages".

"Europe criminelle"

Sophie Beau a rappelé que les migrants embarqués sur des canots en pleine mer Méditerranée ont en moyenne "10 heures de survie devant eux [avant que leur embarcation ne coule]". Quand les bateaux des ONG ne sont pas là, les migrants dont condamnés à une mort certaine. 

"Pendant que nous sommes en route vers l'Espagne, il y a eu un naufrage hier [mardi]. Un bateau pneumatique a coulé", a déclaré Sophie Beau. Un autre bateau humanitaire, le Sea Watch 3, était sur place pour aider les rescapés, mais l'Aquarius aurait dû être là, déplore la fondatrice de SOS Méditerranée. "Quarante et une personnes ont été secourues et douze sont mortes, mais combien ont disparu ? Ce genre de canots compte généralement entre 100 et 150 personnes à bord", a-t-elle précisé. L'Aquarius est le plus gros navire d'ONG actuellement en mer avec une capacité de 500 places. 

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SOS Méditerranée s’inquiète pour l’avenir. "Y aura-t-il ce scénario à chaque fois que nous reviendrons de la zone de sauvetage ? L’Italie va-t-elle à chaque fois refuser d’ouvrir ses ports aux bateaux humanitaires ? C’est inacceptable", a continué Sophie Beau, qualifiant l'Europe de "criminelle" et dénonçant son inertie.

La fondatrice de SOS Méditerranée plaide pour une solution "urgente" de l'UE. L’Italie - en première ligne face à la crise migratoire - ne peut pas à elle seule être une réponse, a-t-elle rappelé. "Il est urgent que l’Europe nous écoute. Il faut mettre en place une flottille adéquate en Méditerranée. Il faut trouver une solution, c’est une priorité. Tous les États européens savent qu’il va y avoir des milliers de morts en mer. Ils le savent très bien. Nous parlons donc de morts annoncées."

Et la fondatrice de l’ONG de rappeler des chiffres dramatiques sur la situation en mer. "Cela fait des années que nous alertons les pays européens sur ce qu’il se passe. Il y a eu au moins 15 000 morts en mer depuis trois ans. Cela a assez duré".


 

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