De gauche à droite : Kakhaber Mchedlishvili, Tofan Dulat Zay (au premier rang), Chaza Sayegh, Nawal Aboubaki, Khulud Mohammad, Rahman Amiri, Yara Alhasbani, Montasser Idhhiba et Ramin Sediqi. La troupe de l'école Pierre Claver qui a joué Britannicus au théâtre des Mathurins. Crédit : InfoMigrants
De gauche à droite : Kakhaber Mchedlishvili, Tofan Dulat Zay (au premier rang), Chaza Sayegh, Nawal Aboubaki, Khulud Mohammad, Rahman Amiri, Yara Alhasbani, Montasser Idhhiba et Ramin Sediqi. La troupe de l'école Pierre Claver qui a joué Britannicus au théâtre des Mathurins. Crédit : InfoMigrants

Les 1er et 2 juillet, les élèves de l’école Pierre Claver ont joué deux représentations de Britannicus à Paris. Réfugiés en France depuis quelques années ou seulement quelques mois, ils ont apprivoisé le texte en vers de Racine pour présenter un Britannicus qui parlait d’eux et de leurs parcours. Dans la pièce, Montasser Idhhiba, un Libyen de 24 ans, incarnait le tyran Néron. Il a raconté à InfoMigrants son expérience d’acteur.

Dans le Britannicus monté par les élèves de l’école Pierre Claver [qui propose des cours de français ainsi que des activités culturelles et sportives aux réfugiés, NDLR] les 1er et 2 juillet 2018 à Paris, Montasser Idhhiba incarnait le tyran Néron, assassin de son frère adoptif Britannicus. Dans la vie de tous les jours, ce Libyen de 24 ans, arrivé en France en 2014, est pourtant un modèle de douceur. Profondément marqué par l’expérience du jeu au sein de la petite troupe qui a monté Britannicus, il est revenu pour InfoMigrants sur ce projet.

"Nous avons commencé à préparer la pièce fin décembre à l'école Pierre Claver avec l’aide des tuteurs de l’école. Ils nous ont bien expliqué le texte pour que nous le comprenions. Bien sûr, c’était difficile au début mais, tout à coup, on était complètement dedans.

Je n’avais jamais vraiment fait de théâtre avant. Je ne connaissais pas du tout Racine et tout ça mais le texte m’a beaucoup aidé à améliorer mon français. Je pense essayer de m’inscrire dans une école de théâtre ou bien au conservatoire à la rentrée.

Quand on a commencé à préparer la pièce, on a vu un film de Britannicus qui datait de 2010-2011, je crois. Je me suis dit que je ne pouvais pas incarner le personnage de la même façon, qu’il fallait que je trouve une autre manière de jouer.

'Néron me fait un peu penser à Kadhafi'

Bien sûr, la pièce parle un peu de chez moi, la Libye, mais aussi de la Syrie, de l’Afghanistan. Avec les autres acteurs, à chaque fois que l’on préparait des scènes et que l’on comprenait ce qu’il se passait, cela nous rappelait ce que nous avions vécu dans nos pays.

Personnellement, Néron me fait un peu penser à Kadhafi, mais il peut représenter tous les tyrans du monde. En fait, chacun de nous savait que cette histoire parlait aussi bien de nous que des autres. Racine parle de tous les humains, pas d’une situation en particulier.

Montasser Idhhiba, dans le rôle de Néron, et Nawal Aboubaki qui jouait sa mère Agrippine. Crédit : InfoMigrantsQuand j’étais sur scène, j’étais totalement dans mon personnage mais je pensais aussi parfois à ma famille. On veut être totalement le personnage que l’on incarne mais, en jouant, on voit aussi parfois des images de choses que l’on a vécues.

'Nous voulions montrer aux autres qu’il ne faut pas avoir peur de se lancer'

Mais on a profité, on a trouvé de la joie et du plaisir dans le fait de jouer. L’objectif de nous tous, en tant que jeunes réfugiés, c’était aussi de montrer à toutes les personnes qui galèrent ici qu’il ne faut pas rester à rien faire, qu’il ne faut avoir peur de se lancer. Nous voulions être une source d’inspiration pour les autres.

Aujourd’hui je suis serveur au restaurant Léon de Bruxelles – que j’ai rebaptisé ‘Néron de Bruxelles’ – et je continue à aller à l’école Pierre Claver. J’ai commencé à fréquenter l’école en septembre 2015 et cela a changé ma vie. Quand j’y vais, je retrouve les autres acteurs de la pièce. On passe du temps ensemble, on donne un coup de main s’il y a besoin.

Je retrouve là-bas par exemple l’acteur qui jouait Britannicus, il s’appelle Tofan Dulat Zay, il est afghan. Lui aussi a adoré jouer la pièce.

On répétait souvent ensemble. On adorait surtout jouer la scène 7 de l’acte III. C’était notre préférée. Dans cette scène, il y a lui, moi et Junie [interprétée par la danseuse syrienne Yara Alhasbani NDLR]. Pendant qu’on préparait la pièce, dès qu’on se voyait, je lui lançais ‘Prince, continuez des transports si charmants […]’ et lui il me répondait.

Je suis un peu triste que tout soit fini. Mais je suis fier de toute la troupe, de tout ce qu’on a vécu, de tout ce qu’on a fait, de ce qu’on voulait faire comprendre aux gens, du message qu’on voulait envoyer.