Image d'illustration dans le camp de Moria. Crédit : Sarah Samya Anfis
Image d'illustration dans le camp de Moria. Crédit : Sarah Samya Anfis

Shahid Ali, un migrant pakistanais, a arrêté ses études parce qu’il rêvait d’une vie meilleure en Europe. Il a finalement découvert que le continent n’avait rien à voir avec ses attentes. De retour au Pakistan, Shahid tente de remettre sa vie sur les rails, et il est sûr d’une chose : tout cela n'en vaut pas la peine.

Après avoir passé près de deux ans et demi en Europe et tenté sa chance dans trois États - la Grèce, la France et l'Italie -, Shahid Ali*, un migrant pakistanais, vient de rentrer dans son pays natal. Il veut reprendre ses études et retrouver sa vie à Daska, une petite ville du Pakistan rural dans le district de Sialkot. Le jeune homme de 23 ans a tiré les leçons de son expérience et veut désormais la partager pour que les jeunes de sa région ne répètent pas les mêmes erreurs que lui. 

Demande d'asile déposée en Grèce, France et Italie 

Shahid Ali arrive à Lesbos, en Grèce, en janvier 2016. Il est détenu pendant trois mois, au moment de la signature de l'accord Turquie-Union européenne (UE). "Pendant que j'étais en détention, certains détenus m'ont dit que pour éviter d'être expulsés vers la Turquie, je devais demander l'asile en Grèce", explique-t-il à InfoMigrants. Shahid n'avait pas l'intention de rester dans ce pays mais les restrictions aux frontières et l'accord Turquie-UE nouvellement signé l'ont fait changé d'avis. 

Des réfugiés à Athènes en Grèce manifestent pour le regroupement familial (novembre 2017)En juin 2016, Shahid Ali est donc convoqué à son entretien de demande d'asile, avancé de quelques jours à la dernière minute. Mal préparé, il échoue et sa demande d'asile est rejetée au mois d’août.

Shahid Ali comprend que son avenir en Europe est compromis. Mais, alors qu'il passe ses journées dans le camp de Moria, deux femmes du village voisin décident de lui venir en aide. Ces dernières aident le jeune pakistanais a rejoindre Athènes, la capitale grecque. "J'ai passé près de quinze heures dans le coffre de leur voiture pour atteindre la Grèce continentale en ferry. Je ne suis pas sorti du coffre même quand la voiture était sur le ferry - il y avait des contrôles stricts et des caméras partout", raconte-t-il. 

Le jeune homme passe alors deux semaines dans un village voisin, cherchant des moyens de migrer vers l'Europe occidentale. Il rencontre un contrebandier africain qui lui vend une fausse carte d'identité française pour 900 euros. Shahid Ali s'est ensuite acheté un billet d'avion pour la capitale française. L'arrivée à l'aéroport d'Orly, à Paris, est encore une déception pour le Pakistanais. Les autorités françaises comprennent qu'il est en possession de faux documents d'identité et ne l'autorisent pas à entrer sur le territoire. Il passe six jours dans un centre de rétention proche de l'aéroport. Avec l'aide d'une avocate venue de Grèce, Shahid Ali est finalement libéré et est autorisé à déposer une demande d'asile en France. 

Une file de migrants à La Chapelle, dans le nord de Paris | Photo: Mehdi ChebilShahid Ali reste un an à Paris, d'octobre 2016 à octobre 2017 mais là encore c'est la désillusion : sa demande d'asile est rejetée par la France.

Il ne perd pas espoir et s'installe en Italie centrale, dans la région de Fermo. Il y dépose une nouvelle fois une demande d'asile mais le jeune homme est encore débouté. "Il est presque impossible d'obtenir l'asile en Italie, surtout pour les nouveaux arrivants ", déclare-t-il. "J'avais le droit de faire appel de la décision, mais je ne l'ai pas fait. L'Italie a un nouveau gouvernement avec des partis de droite au pouvoir. Les politiciens sont racistes.

"J'aimerais que mon histoire puisse aider à sensibiliser les gens à ce sujet"

En Italie, Shahid Ali a rencontré de nombreux migrants pakistanais. "Tous sont là depuis plus de deux ans au moins et ils ne font que déposer des demandes et faire appel des décisions. Il y avait plus d'une centaine de migrants pakistanais dans ce camp et bon nombre d'entre eux étaient malades. Les installations fournies sont médiocres. Ces personnes qui ont choisi de quitter leur foyer et leur famille pour aller vivre en Europe étaient moralement, physiquement et émotionnellement brisées", insiste-t-il.

Après toutes ces déconvenues, Shahid Ali décide finalement de rentrer chez lui, en juillet dernier. "Je suis arrivé à la conclusion que je ne suis pas fait pour cette vie."

Le jeune homme quitte le camp italien où il se trouve pour revenir à Paris, et prend contact avec l'Office français des étrangers (Ofii) afin que l'organisme organise son retour volontaire. Shahid Ali s'achète finalement un billet d'avion pour le Pakistan avec ses propres moyens, ne souhaitant pas attendre trois mois pour qu'il soit pris en charge par l'Ofii. 

En effet, le jeune homme veut reprendre les études au Pakistan et ne veut pas rater la rentrée scolaire qui débute en août dans son pays. Avant de partir en Europe, Shahid Ali suivait des cours d'informatique. "Je sais que j'ai perdu un temps précieux, mais je vais reprendre mes études, obtenir un diplôme et poursuivre une carrière dans mon propre pays. Quand vous passez du temps à l'étranger dans de telles circonstances, même si c'est dans votre propre pays que vous revenez, il faut un certain temps pour trouver vos marques et vous réintégrer, mais ce n'est pas impossible ", déclare-t-il.

Shahid Ali l'assure : s'il avait su avant, il ne serait jamais parti de chez lui. "Je peux vous assurer que si les Pakistanais savaient ce qu'ils allaient endurer en voyageant illégalement et que leurs rêves seraient brisés en Europe, aucun d'eux ne le ferait. J'aimerais que mon histoire puisse aider à sensibiliser les gens à ce sujet. Et je souhaite aussi que les milliers de jeunes pakistanais qui passent du temps sans but dans les camps se demandent - est-ce vraiment la vie qu'ils veulent ?"

*Le prénom a été modifié à la demande de l’intéressé