Manuel a fui l'Angola car il craignait pour sa vie.
Manuel a fui l'Angola car il craignait pour sa vie.

InfoMigrants a reçu le témoignage de Manuel, un opposant Angolais de 46 ans, qui a été renvoyé dans son pays après avoir tenté d’entrer illégalement en Allemagne. De retour en Angola, il dit avoir été arrêté, être enfermé et craindre pour sa vie.

"Je craignais pour ma sécurité alors, cet été, j’ai fui l’Angola. Dans mon pays, je suis persécuté car je suis un activiste, proche de l’opposition. On m’a accusé d’embrigader les jeunes contre le gouvernement.

De 2015 à 2017, j’ai été enlevé deux fois par la police secrète et envoyé en prison. J’ai été torturé et humilié. Parfois, on ne me donnait même pas à boire et à manger pendant des jours. Je garde encore des traces sur le corps et je ressens toujours des douleurs dans le bas du dos.

Le 17 août dernier, j’ai donc décidé de prendre un avion vers l’Allemagne, accompagné de ma femme et de mes enfants âgés de 1 an, 6 ans et 10 ans. Arrivé à Francfort, je suis allé à la rencontre des policiers, et je leur ai dit que je souhaitais déposer une demande d’asile.

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Les autorités nous ont emmenés dans une zone de rétention collée à l’aéroport. Après plusieurs jours, j’ai pu déposer ma demande d’asile. Ma femme et moi avons raconté notre histoire à un officier de l’immigration. Malgré les persécutions dont j’ai été victime et les preuves que j’ai apportées – notamment des documents du tribunal angolais – j’ai été débouté de ma demande. J’ai ensuite fait plusieurs recours mais tous ont été rejetés.

Nous avons passé 78 jours dans ce centre. Les enfants ne dormaient plus, ils ne trouvaient le sommeil que vers 5h du matin. Ils avaient peur et ne comprenaient pas pourquoi nous étions enfermés. Ils sont d’ailleurs restés traumatisés de ce passage en rétention.

"Je peux disparaître du jour au lendemain"

Une nuit, des policiers allemands sont entrés dans notre cellule et nous ont emmenés de force. Ils nous ont mis des menottes, à ma femme et moi. Notre bébé n’arrêtait pas de pleurer, c’était très dur. On nous a fait monter dans un petit avion spécialement réservé pour nous. À l’intérieur, nous étions seuls avec 12 policiers allemands.

Quand nous avons atterri à Luanda [la capitale angolaise] le 2 novembre, nous avons été remis aux mains des autorités angolaises. Ces dernières m’ont demandé de payer une somme d’argent pour permettre à ma femme et mes enfants de ne pas être emprisonnés : j’ai dû débourser 600€.

Mais moi, ils n’ont pas voulu me relâcher. La police m’a emmené dans un lieu qui ressemble à une prison : il y a des gardiens, des barbelés, des cellules, on ne peut pas sortir du centre, les pièces où nous dormons sont fermées avec un cadenas tous les jours de 20h à 10h du matin. Le soir et la nuit, on n’a pas accès à de l’eau ou de la nourriture.

J’ai réussi à garder mon téléphone mais ma famille doit payer 25€ par jour à la police pour que j’aie le droit de le conserver. C’est important car sans contact avec l’extérieur, je peux disparaître du jour au lendemain. Ce genre d’endroit secret en Angola fait peur : je ne sais pas ce qu’il peut m’arriver, je ne sais pas quand je sortirai d’ici… Je suis très inquiet, j’ai besoin d’aide."