Entre 400 et 500 migrants vivent dans un camp informel, près de Rosarno, dans le sud de l'Italie. Crédit : Peter Manuel Finello
Entre 400 et 500 migrants vivent dans un camp informel, près de Rosarno, dans le sud de l'Italie. Crédit : Peter Manuel Finello

Peter est un étudiant italien de 26 ans. Il a pris contact avec la rédaction d’InfoMigrants pour alerter sur la situation dramatique de centaines de migrants, livrés à eux-mêmes, dans un camp de fortune près de Rosarno, dans le sud de l’Italie. De temps en temps, le jeune homme leur rend visite. Témoignage.

"Je m’appelle Peter Manuel Finello, j’ai 26 ans et je suis étudiant en langues étrangères en Italie. Je vis dans la région de Calabre, dans le sud du pays. J’aimerais alerter la population, les associations et les autorités italiennes sur ce qu’il se passe tout près de la ville Rosarno.

"Faire ses besoins dans un bois à côté"

À 2km de la ville, entre 400 et 500 personnes originaires d’Afrique vivent dans un ‘tendopoli’, littéralement, une ‘ville de tentes’, un campement sauvage. Parmi eux, des hommes mais aussi quelques femmes. La majorité est en Italie depuis environ trois ans et possédait un permis de séjour humanitaire valable deux ans. Ils sont aujourd’hui en attente d’un renouvellement. Normalement la procédure prend 60 jours mais certains attendent depuis des mois, voire des années. Cette situation administrative les rend vulnérables : ils ne peuvent pas travailler légalement et ne peuvent pas non plus prétendre à un logement.

Leurs conditions de vie sont dramatiques. Pour survivre, les migrants ont construits eux-mêmes des abris, faits de bouts de cartons ou de nylon, de tôles. Des sanitaires et des douches ont bien été installés il y a quelques mois par les autorités italiennes mais ces infrastructures ont très vite connu des dysfonctionnements, car personne ne venait les nettoyer.

Les migrants ont construits eux-mêmes des abris, faits de bouts de cartons ou de nylon, de tôles. Crédit : Peter Manuel FinelloLes toilettes sont aujourd’hui bouchées et l’eau de la douche ne coule plus. Les migrants sont donc obligés de faire leurs besoins dans un bois à côté. Une tente aménagée par les ‘habitants’ dans le camp fait office de salle de bains. C’est ici que les migrants se lavent à l’aide de bassines d’eau froide.

En janvier dernier, dans la nuit, une partie du camp a brûlé. Selon les autorités, une femme migrante a mis le feu à sa tente. Avec le vent, les flammes se sont rapidement propagées. Une femme de 26 ans est morte. La personne suspectée a été arrêtée et attend son jugement.

La mafia locale rôde dans le camp

Dans le camp, il n’y a pas d’électricité alors dès que la nuit tombe chacun se sert de son téléphone portable pour s’éclairer - pour recharger les batteries de leurs téléphones, les migrants vont dans des agences de transfert d’argent de Rosarno. Le soir, la tension est palpable et tout le monde a peur. Même la police a peur de venir la nuit !

La situation peut vite dégénérer. D’autant que la mafia locale n’est jamais très loin et rôde aux alentours. Parfois ils viennent dans le camp et proposent aux migrants d’aller vendre de la drogue dans les grandes villes italiennes.

Des détritus jonchent le sol du camp. Crédit : Peter Manuel FinelloPour se faire un peu d’argent, les migrants travaillent dans des exploitations agricoles de la région et participent à la cueillette des fruits et légumes. Mais ils sont sous-payés : environ 20 euros par jour pour des journées de travail de huit à dix heures. Il faut aussi payer le transport pour se rendre dans les champs : 10 euros aller / retour (le transport est organisé par le 'Kapo', le chef des migrants). Ils ne gagnent donc que 10 euros par jour quand ils ont la ‘chance’ de travailler. Certains font aussi la manche devant les supermarchés de Rosarno.

Heureusement que des citoyens viennent de temps en temps pour distribuer de la nourriture et des vêtements. Mais cette situation ne peut plus perdurer, ils ont besoin d’aide"