Le CÈDRE, un centre pour migrants, réfugiés, demandeurs d'asile et sans-papiers dans le nord de Paris, accueille des milliers de migrants chaque année. Crédit : InfoMigrants

Des milliers de migrants se pressent au CÈDRE chaque année. Ce centre d’accueil de jour dans le nord de Paris apporte une aide administrative le matin et offre des activités socio-culturelles les après-midis. L’équipe des bénévoles est en grande partie composée d’exilés ayant envie de se rendre utiles et de partager leur expérience. InfoMigrants s’est rendu sur place.

Les journées démarrent tôt au CÈDRE, le centre d’accueil de jour pour demandeurs d’asile, réfugiés et sans-papiers du Secours Catholique à Paris. Dès 8h45, la file d’attente s’allonge à l’extérieur de cet ancien collège situé près de la porte de La Villette dans le nord de la capitale. Juste avant l’ouverture, c’est l’heure du briefing d’équipe : les bénévoles se répartissent les tâches de la journée et s’échangent quelques informations.

À 9 heures, le portes s’ouvrent. En quelques minutes, la vaste salle du “Café Papote” est pleine à craquer : hommes, femmes, enfants, habitués et novices prennent place, certains se servent un café pour se réchauffer. “On accueille entre 150 et 300 personnes par jour sur l’ensemble de nos activités. Au total en 2018, nous avons reçu plus de 7 000 personnes”, indique Aurélie Radisson, directrice du CÈDRE. “Il y a ceux qui viennent pour une question administrative car il y a un blocage ou un déni de droits. Mais aussi ceux qui sont à la recherche d’un endroit un peu sécurisé et chaleureux où rester pendant la journée. D’autres encore viennent suivre des cours de français ou d’informatique, par exemple.”

Aurlie Radisson directrice du CEDRE Crdit  Anne-Diandra Louarn  InfoMigrantsUne partie des bénévoles sont eux-mêmes des demandeurs d'asile et des sans-papiers

Ouvert il y a 30 ans, le CÈDRE a la particularité d’être en partie géré par des bénévoles étant eux-mêmes réfugiés, demandeurs d’asile et même sans-papiers. Ils représentent plus de la moitié de la centaine de bénévoles engagés auprès du CÈDRE. Minkoro, un jeune Ivoirien, est l’un d’entre eux : “En Afrique, on connaît les ONG mais le bénévolat est quelque chose qui n’est pas très développé. C’est en arrivant en France que j’ai découvert vraiment ce que c’était.” Le bénévolat s’est imposé comme une évidence pour Minkoro qui s’occupe, entre autres, du service de domiciliation postale au CÈDRE. Plus de 3 300 personnes y sont enregistrées. “Je ne connaissais pas grand-monde en arrivant. Je voulais rencontrer des gens mais aussi comprendre les réalités de la France. Ce n’est pas en restant à rien faire que ça allait arriver.”

Pour Charles-Patrick aussi l’oisiveté était inenvisageable. Cet ancien sapeur-pompier pendant 20 ans en Côte d’Ivoire est impliqué auprès de plusieurs associations dont le CÈDRE et Aremedia où il est chargé de la prévention et de la sensibilisation sanitaire auprès de publics en provenance d’Afrique. “Ayant été pompier, la plus grande richesse que je peux apporter c’est ma connaissance. Et ça me permet aussi de connaître l’administration française pour pouvoir mieux m’insérer dans le monde professionnel lorsque j’aurai mes papiers”.

Minkoro est un des bnvoles du service domiciliation du CEDRE Crdit  Anne-Diandra Louarn  InfoMigrantsCe matin-là au CÈDRE, Charles-Patrick est assigné aux “Info-Coll” une sorte de réunion d’information collective pour tous ceux qui veulent déposer une première demande d’asile. Les bénévoles proposent aussi des “Info-Coll” spécialement conçues pour les demandeurs d’asile dublinés. Dans la petite salle, une cinquantaine de personnes originaires de Côte d’Ivoire, du Mali, de la Guinée ou encore d’Érythrée, du Bangladesh et d’Afghanistan. Charles-Patrick leur explique qu’ils doivent demander un rendez-vous à l’Ofii pour déposer leur demande d’asile. “Mais il va falloir vous armer de patience car c’est très difficile de les joindre. Cela peut prendre des jours, voire des mois avant d’avoir quelqu’un en ligne”, prévient-il. “Moi je suis arrivé en France le 12 août 2018 et ce n’est que le 21 janvier 2019 que j’ai réussi à obtenir mon rendez-vous.” Quelques soupirs de résignation se font entendre dans la salle.  

Pour prouver la bonne foi des futurs demandeurs d’asile en cas de contrôle de police inopiné, le CÈDRE distribue et signe des attestations affirmant que la personne essaie, en vain, de joindre l’Ofii. Chaque jour, les bénévoles décrochent eux-mêmes le téléphone pour essayer d’obtenir un rendez-vous et incitent les candidats à l’asile à faire de même. Dans la salle, moins de cinq personnes réussiront, ce jour-là, à décrocher le précieux rendez-vous.

“Il s’agit d’un numéro payant, tout le monde n’a pas nécessairement du crédit pour appeler. Puis il faut attendre plus de 30 minutes. Si au bout de 45 minutes vous n’avez eu personne, ça raccroche. Il faut tout recommencer. On fait cela chaque jour”, raconte Aurélie Radisson. “Lorsqu’on arrive, par miracle, à les joindre, ils nous distribuent deux ou trois rendez-vous à la fois. Comment vous expliquez à une salle avec 40 ou 50 personnes que vous allez en choisir 3 au hasard pour leur donner le rendez-vous ?”, se désole-t-elle.

“La dignité ne passe pas que par les droits (…), c’est aussi sentir qu’on est les bienvenus quelque part”

L’après-midi, les visages tantôt fermés se dérident peu à peu. On discute, on rigole, on se détend… Certains s’essayent même à quelques notes sur le piano disposé au fond de la salle du “Café Papote”. D’autres encore, refont le monde autour d’une boisson chaude et d’une partie de cartes, le temps de recharger leur téléphone. Si les matinées sont réservées aux questions administratives, les après-midis sont consacrées aux activités socio-culturelles allant de l’atelier couture, au foot en passant par le ciné-club. “Permettre aux gens de penser un peu à autre chose, c’est important. La dignité, ça ne passe pas que par les droits administratifs, ça passe aussi par le fait de se sentir humain, de sentir qu’on est les bienvenus quelque part”, souligne Aurélie Radisson.

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C’est dans cette optique que Ferdous, un sans-papiers bangladais arrivé en France en 2011, a lancé le ciné-club du CÈDRE. À ses débuts en 2016, le ciné-club était un rendez-vous mensuel. Devant l'enthousiasme des participants, il s’est transformé depuis 2017 en atelier hebdomadaire avec au moins une dizaine de cinéphiles présents chaque semaine. “Le cinéma c’est trop cher pour les migrants, surtout pour les demandeurs d’asile qui ne peuvent pas travailler. Mon but c’est que l’on puisse tout de même se réunir, discuter sur le film que l’on vient de voir, des émotions qu’il nous a procurées”, explique Ferdous.

Ferdous un sans-papiers bangladais soccupe du cin-club tous les jeudis aprs-midi au CEDRE Crdit  Dana Alboz  InfoMigrantsCe fan de Jacky Chan et d'Omar Sy diffuse chaque semaine des films de tous horizons, avec un petit faible non dissimulé pour les comédies françaises : “J’adore les films français. C’est un moyen de montrer la culture et les villes d’ici. Puis regarder des films en français, ça aide beaucoup pour l’apprentissage de la langue. Même si vous ne comprenez rien, il faut venir et peut-être que vous ne retiendrez qu’un seul mot mais ça sera déjà bien.”

Le CÈDRE est actuellement à la recherche de bénévoles, notamment pour animer un atelier jardinage afin de redonner un coup de jeune au potager situé au fond du jardin de l’établissement. “On ne demande pas aux bénévoles d’avoir des compétences particulières en droit des étrangers ou autre. Il faut juste être à l’aise avec le fait de discuter avec des gens qui viennent des quatre coins de la planète. Pour le reste, on s’occupe de tout”, affirme Aurélie Radisson. Procédure de demande d’asile, interculturalité ou encore comment enseigner le français : les bénévoles se voient proposer des modules de formation afin d’être plus à l’aise. “Ce qu’ils apprennent avec nous peut leur servir par la suite dans leur vie pour mieux comprendre la société française. Ça rejoint également notre volonté de combattre la précarité, l’isolement et de mener une véritable révolution fraternelle”, conclut Aurélie Radisson.

Infos pratiques :

Le CÈDRE est ouvert les lundis, mardis et jeudis de 9h à 17h. L’accueil pour l’accès aux droits se fait uniquement en matinée. Il faut se présenter à 9h.

Adresse : 23 boulevard de la commanderie, 75019 Paris.

Tél. : 01 48 39 10 92

Mail : cedre@secours-catholique.org

 

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