Un camp de migrants à Paris, en 2020. Crédit : MSF / Bruno Fert
Un camp de migrants à Paris, en 2020. Crédit : MSF / Bruno Fert

Approximations douteuses et fausses promesses. Certains candidats à la magistrature suprême n’hésitent pas – depuis le début de la campagne et depuis plusieurs années - à surenchérir sur la question migratoire. À quelques jours du premier tour de l’élection présidentielle, InfoMigrants revient sur les principaux clichés concernant l’immigration.

Idée reçue numéro 1 : les étrangers coûtent cher : FAUX

Ce qu’il dit : "Savez-vous qu’en plus d’un hébergement gratuit et des soins gratuits, nous donnons à chaque demandeur d’asile pendant près d’un an, une carte bancaire créditée de 430 euros par mois, afin que celui-ci puisse dépenser tranquillement l’argent de vos impôts ?" (Éric Zemmour, Meeting de Lille, le 5 février 2022)

Les aides sociales dont parle le candidat d’extrême-droite font souvent l'objet de fausses informations. En arrivant en France, un demandeur d’asile a le droit à une aide financière appelée ADA et un hébergement (dans le cadre du Dispositif national d’accueil, DNA). Mais souvent, faute de places, beaucoup de personnes (environ 30%) se retrouvent à la rue et dépendent des associations pour avoir un toit.

L’argent n’est pas non plus versé automatiquement. Encore faut-il que la personne concernée enregistre son dossier de demande d’asile auprès des autorités. Le montant de l’aide varie en fonction de la situation familiale. Un homme seul touche par exemple 206 euros/mois. Une somme qui compense le fait que le demandeur d’asile n’a pas le droit de travailler. Cette somme est la seule source de revenus auquel il aura droit.

De plus, la prise en charge des demandeurs d'asile revient à 1,3 milliards d'euros à l'État français, selon les chiffres officiels du budget de l’État en 2021. Cette somme ne représente que 4,8 % du budget total du ministère de l’Intérieur (qui dispose de 28 milliards d'euros). Et le budget de l'Intérieur ne représente, lui-même, que... 3,3 % du budget total de l’État (634 milliards d'euros).

Ainsi, le coût des demandeurs d'asile ne représente que 0,2 % du budget total du pays. Une goutte d'eau dans les finances de l'État.

Idée reçue numéro 2 : les étrangers viennent pour profiter des allocations : FAUX

C'est l'un des thèmes de campagne préférés de l'extrême-droite : réserver les prestations sociales aux Français. Comme expliqué précédemment, les demandeurs d’asile n'ont pourtant le droit qu'à l’ADA. Ils ne peuvent ni bénéficier des allocations familiales ni toucher le RSA (environ 520 euros/mois). Pour prétendre au RSA, il faut avoir un titre de séjour et une autorisation de travail valable depuis cinq ans.

Les migrants, qui sont en situation irrégulière, n’ont droit à rien.

Les réfugiés ayant obtenu une protection internationale (via le statut de réfugié ou la protection subsidiaire accordés par l'Ofpra), peuvent prétendre aux mêmes allocations que les nationaux ou autres résidents étrangers sans ressources. Ils peuvent donc toucher le revenu de solidarité active (RSA), s'ils y sont éligibles, de même que les allocations familiales.

Les retraités modestes dont parlent souvent les candidats d’extrême-droite - et qui seraient "moins bien lotis" que les étrangers - peuvent également obtenir des aides financières. En France, les personnes âgées qui touchent une petite retraite peuvent solliciter l'Aspa, l’allocation de solidarité aux personnes âgées. Elle est de 868 euros/mois maximum pour une personne seule et sans ressources. Elle est de 1 347 euros/mois pour deux personnes sans ressources.  

Au niveau santé, les Français modestes ont également droit à la protection universelle maladie (PUMA). Les plus précaires peuvent aussi prétendre à la CMU complémentaire (CMU-C). Les étrangers en situation irrégulière sont exclus de ce dispositif. Ils peuvent en revanche bénéficier de l’aide médicale d’Etat (AME), sous conditions de ressources et de résidence stable en France.

Idée reçue numéro 3 : les étrangers qui viennent en France sont majoritairement africains : FAUX

C’est le fantasme du "grand remplacement", une invention de l’extrême-droite - et dont le terme a même été repris par Valérie Pécresse pendant la campagne. Pour étayer sa thèse, le candidat Zemmour a affirmé le 9 décembre que "80-90%" des moins de 18 ans étaient "d'origine maghrébine ou africaine" en banlieue parisienne, assurant se fonder sur un rapport de France Stratégie. Cet organisme d'études rattaché à Matignon n'a jamais fait état d'un tel chiffre.

Selon les données de l’Insee, environ 6,8 millions d’immigrés vivaient en France en 2020, soit 10,2 % de la population totale. Parmi eux, 46 % étaient originaires d’Afrique, le reste étant essentiellement d’origine européenne, asiatique, américaine et d’Océanie. On est donc loin du "grand remplacement" par les populations africaines.

D’autre part, la proportion d'Africains qui décident de tenter l'aventure vers l'étranger est relativement faible, et surtout, la plupart des migrants ne cherchent pas à aller vers l'Europe : ils restent sur le continent. Les Africains profitent de la libre circulation dans l'espace économique ouest-africain (Cedeao) pour se déplacer. "Aujourd’hui, plus de 70 % des migrations africaines s’opèrent à l’intérieur du continent", explique la chercheuse Sylvie Bredeloup, spécialiste des migrations africaines et directrice de recherche à l'Institut de recherche pour le développement (IRD).

Selon la spécialiste, 8,7 millions de migrants ouest-africains se trouvent en dehors de leur pays d'origine et près de 67 % d’entre eux "circulent à l’intérieur de cet espace régional". "Ils ne sont que 18,6 % à rejoindre l’Europe et 8,2% l’Amérique du Nord, selon les chiffres des Nations Unies en 2015", ajoute-t-elle. Autrement dit, moins de 2 migrants sur 7 se tournent vers l’Europe.

Idée reçue numéro 4 : "40 millions de migrants" sont entrés dans l'UE "sans contrôle" : FAUX

Ce qu’elle a dit exactement : la candidate Les Républicains, Valérie Pécresse, a déclaré le 6 février que "pas loin de 40 millions" de migrants étaient entrés dans l'espace Schengen en 2021 "sans aucun contrôle".

Selon les informations publiques de l’agence Eurostat, il apparaît que la candidate a largement grossi les chiffres. Loin des "40 millions" annoncés par la candidate, ce sont, en réalité, 2,7 millions de ressortissants étrangers qui sont entrés sur le sol européen. Ces chiffres remontent à 2019, les dernières données disponibles sur Eurostat, qui ne précise pas quelle est la proportion de sans-papiers parmi ces personnes.

Ces 2,7 millions de ressortissants étrangers représentent 0,6 % de la population européenne, estimée à 450 millions. Parmi eux, 545 000 sont entrés en Espagne, 209 000 en Italie et 188 000 en France.

D'un point de vue plus général, sur les 450 millions de personnes vivant dans l’UE au 1er janvier 2020, 23 millions (5,1 %) étaient des ressortissants de pays tiers.

D’autres chiffres, plus récents, peuvent aussi contredire les affirmations de Valérie Pécresse. Selon Frontex, l’agence de surveillance des frontières de l’Europe, il y a eu 200 000 franchissements illégaux de frontière en 2021, contre 125 000 en 2020.

Idée reçue numéro 5 : Pour freiner l’immigration, les étrangers pourront demander l’asile depuis l’étranger : IMPOSSIBLE

Défendue par les candidats de l’extrême-droite Marine Le Pen et Éric Zemmour comme par Valérie Pécresse, la mesure est pourtant contraire au droit international, et atteste d’une réelle méconnaissance de la réalité vécue par les exilés dans leur pays d’origine.

D’abord, demander l’asile en dehors des frontières du pays d’accueil est contraire au droit international. D’après le Haut-commissariat aux réfugiés de l'ONU (HCR), le pays d’accueil a l’obligation de fournir "l’accès à des procédures d’asile équitables et efficaces" sur son territoire.

La Convention de Genève de 1951 relative au statut des réfugiés interdit aussi aux États de renvoyer des personnes présentes sur leur territoire vers un pays où elles risqueraient d’être persécutées.

Ensuite, la proposition est inapplicable au regard de la réalité vécue au quotidien par les candidats à l’exil. Tous n'ont pas la possibilité de déposer une demande d’asile dans leur propre pays ou dans un pays voisin, pour diverses raisons : par peur d’être repérés par les autorités, peur d'être identifiés comme souhaitant venir en France, par peur de représailles. Sans compter que dans certains cas, les ambassades sont fermées ou inaccessibles.

Par ailleurs, loin de protéger les demandeurs d’asile d’un parcours d’exil dangereux - obtenir l’asile à l’étranger éviterait par exemple les traversées en mer -, cette mesure ne ferait qu’augmenter les risques. La Haut-Commissaire assistante des Nations unies chargée de la protection internationale, Gillian Triggs, prévenait, en mai 2021, que les dispositifs d’externalisation n’empêcheraient pas "des réfugiés désespérés d'entreprendre de périlleuses traversées maritimes en quête de sécurité". "Au contraire, ils viendront intensifier les risques, inciter à recourir à de nouvelles routes et exacerber les pressions sur les États limitrophes."

 

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