Un petit groupe de migrants coupent à travers champs au sud d'Edirne, en 2020 (photo d'archive). Crédit : Mehdi Chebil pour InfoMigrants
Un petit groupe de migrants coupent à travers champs au sud d'Edirne, en 2020 (photo d'archive). Crédit : Mehdi Chebil pour InfoMigrants

Les administrateurs d'un groupe Telegram, qui avaient appelé à la formation d'une "caravane" de milliers de migrants présents en Turquie pour converger vers l'Union européenne, ont annoncé mardi l'annulation de cette initiative, pour des raisons obscures. Ce projet avait rapidement attiré l'attention de dizaines de milliers de personnes, pour la plupart syriennes et irakiennes.

L'initiative de "la caravane de la lumière", ce groupe de dizaines de milliers de migrants qui tentaient depuis plusieurs jours de se rassembler en Turquie dans l'espoir de passer dans l'Union européenne, ne sera finalement restée qu'à l'état de projet. 

"Le convoi a été complètement arrêté", ont écrit les responsables de ce convoi, mardi 20 septembre, dans un groupe créé sur la messagerie Telegram, à laquelle InfoMigrants a pu avoir accès. "Nous demandons à chacun d'entre vous de rentrer chez vous et de ne pas vous laisser entraîner par les rumeurs", est-il écrit, de manière équivoque. "Ceux qui ont soutenu ce convoi sont des gangs avec pour objectif de vous expulser de Turquie vers la Syrie. Dieu merci, nous avons découvert cette affaire avant qu'il ne soit trop tard." 

Ces messages ambigus laissent planer le doute sur les raisons d'une telle décision et apportent ainsi une fin en queue de poisson à ce projet.

Depuis le 4 septembre, cette chaîne Telegram tentait de convaincre certains des 3,7 millions de réfugiés syriens vivant officiellement en Turquie de se joindre au convoi. Le but : prendre d'assaut la frontière, au moyen de plusieurs petits groupes, pour passer dans l'Union européenne, direction le nord.


Le message d'annulation publié sur le groupe Telegram. Crédit : Capture d'écran
Le message d'annulation publié sur le groupe Telegram. Crédit : Capture d'écran


Dans des messages vocaux et vidéos publiés en arabe, les administrateurs de la chaîne avaient appelé les candidats au départ à se munir de sacs de couchage, de tentes, de gilets de sauvetage, d'eau, de conserves et de kits de premiers secours. La date du lundi 19 septembre avait initialement été évoquée pour un rassemblement.

"C'était une fenêtre d'espoir après des années d'obscurité"

L'initiative avait rapidement attiré l'attention de dizaines de milliers de migrants, pour la plupart syriens et irakiens, désireux de fuir la Turquie, ce pays aux conditions de vie difficiles où ils disent subir du racisme.

"Dès que j'ai découvert la caravane, je me suis empressée de m'inscrire" a déclaré Ahlam, une réfugiée irakienne de Bagdad, arrivée en Turquie en 2014, contactée par InfoMigrants. "Je connaissais les risques encourus, et je savais que cela peut être un gros mensonge, mais c'était une fenêtre d'espoir qui s'ouvre après des années d'obscurité."

Cette ancienne professeure d'université, mère de trois enfants, a demandé l'asile et la réinstallation en 2015. Depuis, elle attend toujours une réponse à sa demande. 

>> À (re)lire : Comment fonctionne le programme de réinstallation de l'UE ?

Abdel-Fattah, un Syrien d'Alep, vit lui en Turquie depuis environ huit ans et travaille dans une boulangerie à Istanbul. "Cela fait quatre ans et je change de lieu de travail tous les mois. Je ne peux plus faire ça. Je suis confronté à beaucoup de racisme au travail, et parfois j'ai l'impression d'être responsable de la crise économique que traverse le pays. (...) Je pense que le moment est venu pour nous de continuer notre chemin vers l'Europe."

Portées par ce même espoir, certaines personnes en Syrie avaient même entrepris, ces derniers jours, de former leurs propres convois afin de rejoindre la Turquie, pour rallier la future "caravane", en vain.

Mise en garde contre la "désinformation"

D'autres, en revanche, ne partagent pas cet enthousiasme. Ziyad, un Allemand d'origine syrienne résidant à Istanbul, a pour sa part accueilli ces annonces avec précaution, soucieux qu'il est de protéger ses proches souhaitant rejoindre l'Europe contre les fausses informations. "En 2020, beaucoup sont allés à la frontière avec la Grèce, et nous nous souvenons tous de ce qu'il s'est passé à ce moment-là. Cela s'est soldé par une grande déception pour les participants", a-t-il estimé, ajoutant avoir des doutes sur la fiabilité des organisateurs de cette "caravane".

Fin février 2020, des milliers de migrants avaient convergé vers la frontière turco-grecque, après les déclarations du président turc Recep Tayyip Erdogan sur "l'ouverture" des portes de l'Europe. Cet afflux migratoire avait à l'époque été organisé par Ankara pour faire pression sur l'Union européenne, avait pu constater InfoMigrants sur place. Les migrants qui faisaient partie de ces convois s'étaient finalement retrouvés bloqués, dans des conditions désastreuses, dans cette zone frontalière.

Cette fois-ci, le Haut-commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR) en Turquie avait réagi dès la formation de la chaîne Telegram, mettant en garde la population migrante contre toute participation à ce genre d'activités pour traverser illégalement la frontière turco-européenne. L'agence onusienne avait par ailleurs appelé à la vigilance concernant la "désinformation" diffusée sur les réseaux sociaux.

 

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